Un voyage photo dans l’EUROPE échelle 27 | Marie Medina
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Marie Medina   
Dix photographes français ont traversé le Vieux Continent par ses routes, ses voies ferrées et ses fleuves pour l’exposition "Europe, échelle 27" inaugurée cette semaine à la Cité internationale des Arts, à Paris. En contrepoint, trois photographes européens - un Italien, un Britannique et un Allemand – y livrent leur regard ironique sur la France dans une installation rythmée et bien sentie.

Martine Voyeux et Marie-Paule Nègre ont exploré l'Europe de la Méditerranée par les détroits et les passages. Leur ensemble "Marae Nostra" dépeint une Grande Bleue, qui est tout à la fois lien et frontière. Seulement 14km séparent Tarifa, en Espagne, de la ville marocaine de Tanger, mais la différence de niveaux de vie est d'autant: 14 à 1.

A Tanger, Martine Voyeux explique avoir photographié "le rêve de l’Afrique vers l’Europe". Les gens regardent la mer et, sur l’autre rive, visibles à l’œil nu, les côtes espagnoles. L’outremer des flots n’est brisé que par le gris des bateaux militaires en patrouille. Ensuite, l’artiste est allée à Algesiras pour montrer "l’envers du décor". Elle a choisi des couleurs vives et des cadrages serrés pour dépeindre ce lieu où "on se bagarre beaucoup pour survivre".
En Italie, son objectif a capturé l'ambiance de Naples et de Palerme, ces "villes au passé glorieux et au présent si dur", comme elle les décrit. Ce qui l'intéresse, "c'est la survie dans ces endroits dont on rêve" et "l'énergie propre" qui s'en dégage.

Cela fait 20 ans que Martine Voyeux travaille sur la Méditerranée. "C'est comme la madeleine de Proust pour moi", confie-t-elle. De son enfance partagée entre l'Algérie et la France, elle conserve un attachement fort pour cette "zone de très, très grand métissage".

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© Marie-Paule Nègre/Signatures
Marie-Paule Nègre, de son côté, a photographié des enfants en Grèce, une touriste à Barcelone ou encore un homme d'église à Chypre. Elle a poussé son voyage jusqu'à l'Atlantique. A Madère, elle a surpris cinq femmes en train de broder, adossées contre une maison, et autant de roses qui s'élevaient de leur jardin au dessus de l'océan, comme pour mieux se détacher de ce fond bleu.

Pour cette exposition collective montée par la maison de photographes Signatures, les artistes ont emprunté des itinéraires variés.

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© Marie Dorigny/Signatures
Une "Via Baltica" a conduit Marie Dorigny dans les rudesses d'un hiver nordique. C'est pourtant une impression de douceur qui émane de ses clichés, qu'il s'agisse d'une vue de Tallinn sous la neige, de jeunes mariés à Riga, d'un office religieux à Vilnius ou d'un phare sur une île perdue de l'Estonie. La lumière est si délicate qu'elle enveloppe les paysages de mystère. Quant aux scènes d'intérieur, elles semblent éclairées à la bougie.

Ensemble, Philippe Schuller et Sébastien Erome ont remonté le Danube et le Rhin, de la mer Noire à la mer du Nord. Dans leurs portraits de "Riverains", on voit des gens qui jouent, qui achètent du pop-corn, qui font du sport, qui boivent, qui fument, qui s'embrassent, qui se baignent - dans des fleuves plus ou moins propres - bref, qui vivent.

Patrick Bard, lui, a traversé le continent par la route, d'ouest en est, de la Brest française à la Brest-Litovsk biélorusse. Son "Roadbook" juxtapose des panneaux de signalisation, des aires d'autoroute, et des publicités aux couleurs plus claquantes les unes que les autres, dessinant un paysage urbain uniforme et un peu kitch.

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© Ambroise Tézenas/Signatures
Ambroise Tézenas s'est pour sa part attardé dans les villes reliées par le TGV : Paris, Londres, Bruxelles et Luxembourg. Travaillant de nuit, à l'argentique, avec une chambre grand format, il a capté les lumières des métropoles, leurs bâtiments imposants, leurs rues désertes, pour un ensemble qu'il a baptisé "Megalux".

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© Christophe Beauregard/Signatures


Christophe Beauregard ne s'est pas intéressé aux voies mais aux objets de communication, ces accessoires qui nous font adopter de nouvelles postures. Dans différentes villes, il a fait poser ses "Technomades", leur demandant de mimer la façon dont ils utilisent leur téléphone mobile, leur ordinateur portable, leur PDA ou leur console de jeu. L'objet, lui, est absent.

D'autres photographes sont partis sur les traces d'anciennes frontières.




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© Anne van der Stegen/Signatures
En "Irlande[s]", où n'est plus marquée la séparation entre l'Eire et l'Ulster, Anne van der Stegen a trouvé une tour de guet, les vestiges d'un ancien poste de douane. Pour matérialiser de nouveau la frontière à Ballyconnell, elle a balayé l'ancienne ligne de séparation avec une torche électrique tandis que son appareil réalisait une pose longue.

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© Fouad Elkoury/Signatures










Fouad Elkoury est, lui, allé à "Berlin" pour se pencher sur les cicatrices du Mur, cette frontière dont il ne reste physiquement plus grand chose, et dont la mémoire reste si présente dans l'esprit des Européens.

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© Xavier Lambours/Signatures



Pendant ce temps, un autre photographe de Signatures, Xavier Lambours, a fait un voyage immobile. En résidence à la Cité internationale des Arts, à Paris, il a fait poser des femmes artistes originaires de chaque pays membre de l’UE, pour un portrait de face et un autre de trois quarts dos. Ses 27 diptyques en noir et blanc montrent une sculptrice bulgare, une guitariste maltaise, une peintre slovaque, une pianiste espagnole… D’une pose à l’autre, les modèles révèlent un côté différent de leur personnalité, si bien qu’il est parfois difficile de reconnaître qu’il s’agit de la même femme sur les deux portraits.
Si ces femmes ont abordé le projet de façon différente, c’était beaucoup moins lié à leur pays d’origine qu’à leur art, a remarqué l’auteur de "XElles27" : "Les musiciennes étaient plus intériorisées".

En contrepoint de toutes ces visions françaises de l’Europe, trois photographes européens vivant depuis plusieurs années dans l’Hexagone croquent un portrait amusé des autochtones.
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© Robert Kluba/Signatures
L’Italien Francesco Acerbis, l’Allemand Robert Kluba et le Britannique Andrew McLeish dressent un "1nventaire[s]" des particularismes français. Sur trois murs sont projetées leurs photos de manifestations et de processions religieuses, de musées et de cafés, de rave-parties et de fêtes du 14 juillet, de SDF sous des tentes et de bourgeoises en plein shopping. La bande-son mêle des ritournelles populaires et des témoignages piqués sur YouTube.
Comment les trois artistes, Français d’adoption, voient-ils les natifs? "Obtus", répond Francesco Acerbis. "D’ailleurs, vous avez la seule langue qui peut inventer des mots comme ‘nombriliste’ et ‘franco-français’". Il nous décrit encore comme un "peuple assez formel" obsédé par la paperasse: "Vous grandissez avec l’idée que pour faire quoi que ce soit, il faut un dossier !" Et il s’empresse d’ajouter que cela ne vaut sans doute guère mieux en Italie.
De toute façon, comme le chante Arno en clôture de l’"1nventaire[s]" des trois compères :
"Putain, putain, c’est vachement bien!
Nous sommes quand même tous des Européens!"

Marie Medina
(08/11/2008)
EUROPE échelle 27 à la Cité internationale des Arts, à Paris
accès libre, tous les jours (14h-19h) jusqu’au 29 novembre 2008
http://www.citedesartsparis.net


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