«Photographies, œuvres récentes» d’Anabell Guerrero | Maria Nadotti
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Maria Nadotti   
La peau, la carte et l’autre
«Photographies, œuvres récentes» d’Anabell Guerrero | Maria NadottiAnabell Guerrero, née à Caracas, et émigrée il y a vingt ans, à Paris. De son travail plastique, on pourrait dire qu’elle écoute avec les yeux et regarde avec les mains. Ce doit être cela qui lui permet de percevoir le non-dit et de révéler l’invisible

Comment y parvient-elle ? Littéralement en s’introduisant dans les plis de la peau de ses merveilleux “sujets“ photographiques ; en enquêtant à partir d’un proche/lointain sur les signes que le temps et les mouvements dans l’espace ont gravés dans la graine de l’épiderme.

Le corps-univers intime que Guerrero a choisi de mettre au centre de son aventure artistique n’est toutefois pas un corps de nature privée, mais plutôt d’ordre publique ou politique qui parcourt les géographies contemporaines. Celui de l’émigré, du réfugié ou de l’exilé forcé par les réalités économiques de notre temps à se réinventer un ailleurs, loin de sa maison plongé dans un non-lieu linguistique et culturel qui détruit la communication et le place entre amnésie et silence.

Déjà, avec le projet réalisé dans le centre de rétention temporaire de Sangatte (évoqué dans le livre Aux frontières , 2002), sa photographie avait exprimé avec force et tendresse certaines interrogations de notre époque : qui sont “les autres“ ? et qui sommes-nous, nous-mêmes ? A quel territoire appartenons-nous ? Qu’est-ce qui fait d’un lieu un chez-soi ? Qu’est-ce qui pousse à partir ? Le retour est-il possible ?

Aujourd’hui, Guerrero a créé sa propre Voix du Monde , une mosaïque de présences fragmentées, d’identités explosées, d’émigrations rigidifiées.

Son regard n’est toutefois pas dirigé exclusivement vers le passé, vers ce qui est perdu, pas plus que vers le présent, vers la précarité d’un lieu sans histoire partagée, et moins encore vers une promesse d’avenir meilleur. On trouve plutôt une manière particulière d'étudier les lignes de la main, les rides autour des yeux, les plis des vêtements, la texture de la peau, la direction et l’intensité du regard, la volonté d’explorer des parcours différents à la recherche de toutes les directions possibles pour tracer une carte qui permettra de s’orienter dans le temps du souvenir et de l’imagination et à travers l’horizon de l’affect.

Le corps, tel qu’il est exprimé par les images de Guerrero avec ses assemblages est une carte géographique qui permet de retrouver son chemin, celui de la vie unique ou de la vie collective. Dans un environnement peuplé d’objets qui dissimulent ou dévoilent - une parure, une étoffe, un rouge à lèvres – formant une deuxième peau, tout aussi réelle, sur laquelle ont peut inscrire et graver, sans besoin de continuité, les lignes merveilleuses et mystérieuses qui sillonnent les cartes nautiques en exprimant des distances inimaginables, des frontières traversées, des points à relier, des trames à tisser.

Maria Nadotti
(18/10/2007)



Anabel Guerrero, «Photographies, œuvres récentes»
25 octobre au 11 décembre 2007

GALERIE LINA DAVIDOV
210, Boulevard Saint-Germain – 75007 Paris
tel : +33 (0) 1 45 48 99 87
fax : +33 (0) 1 42 22 36 70
www.linadavidov.com

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