Cannes: fin d’un festival social, cohérent et sans enthousiasme... | Mehmet Basutçu
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Mehmet Basutçu   
 
Cannes: fin d’un festival social, cohérent et sans enthousiasme... | Mehmet Basutçu
Les Dardennes et la Palme 2005
Voilà, c’est fini. La bulle s’est évaporée rapidement, sans trop d’éclat. Les applaudissements ont été juste nourris ou polis. Sans grand enthousiasme. Le cinéma social, qui dénonce l’injustice, la violence sous toutes ses formes, l’horizon bouché des vies précaires, l’oppression sournoise, les blessures historiques et la dérive globale qui nous menace, a été à l’honneur. Tant mieux! Tout ce cinéma-là, est en effet important, utile à questionner les consciences, donc indispensable.

Mais alors, d’où vient cette impression de frustration indicible? Ce manque d’exaltation? Tout simplement parce qu’il y a rien de vraiment nouveau dans ce palmarès ; aucun souffle cinématographique, aucun pari pour l’avenir, enfin, presque... Aussi, parce que la liste des récompenses est à l’image de la sélection. Trop de maîtres, trop de cinéastes certifiés auteur, quelques poids lourds déjà primés, tous étaient présents… Une impression de déjà-vu, s’est alors installée au fil des jours, inévitablement. Nous connaissions tellement bien l’univers cinématographique de chacun, que même les œuvres les plus abouties, comme le très sobre et cohérent Manderlay de Lars von Trier, ne nous ont pas ému outre mesure.

Il est vrai que peu de cinéaste pouvait nous étonner dans cette compétition sans doute un peu trop solide. Le seul à nous surprendre fut le turbulent jeune mexicain, Carlos Reygadas. Le jury n’a pas jugé utile de le primer, en évitant ainsi de se voir reprocher une attitude résolument provocatrice. Dommage! Cela aurait été un choix aussi radical que les décisions prises en 1999 par le jury, présidé par un certain David Cronenberg... Nous nous souvenons très bien du tollé général que la consécration des frères Dardenne et de leurs comédiens amateurs, avait soulevé…

Les cinéastes belges ne doivent-ils pas leur succès d’aujourd’hui, en partie à cette première palme décernée à Rosetta? Certainement. Cette consécration suprême très contestée il y a six ans, ne l’est plus du tout. L’honneur en revient aux jurés qui appuyèrent où se laissèrent convaincre, il y a six ans, par leur président canadien subtilement provocateur pour le grand bénéfice du cinéma d’auteur à caractère social. Nous nous souviendrons longtemps de ce « palmarès Cronenberg » tant décrié. Alors que les choix de ce jury du 58ème festival, aussi nobles soient-ils, seront sans doute assez vite oubliés. Ce sera pourtant injuste, tant il existe une cohérence dans ce palmarès. La volonté de privilégier le cinéma qui s’intéresse au sort des plus démunis, aux laissés pour compte de nos sociétés modernes, ainsi qu’aux blessures des guerres passées et présentes, avec réalisme et lucidité, doit être saluée avec respect, même si l’enthousiasme est absent.

Les deux prix d’interprétation soulignent également ce souci de privilégier un cinéma qui regarde les tragédies de notre monde contemporain, sans concessions, à travers les drames d’individus broyés par ces réalités qui les dépassent. Ce sont eux qui doivent bâtir, en résistant et en luttant pour un futur meilleur.

Amos Gitai, encore un cinéaste qui vient de la tradition documentaire, ne souligne-t-il pas, lui aussi, l’importance capitale du dialogue interethnique pour trouver une issue au conflit israélo-palestinien?
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Jim Jarmusch
Palmarès secret dévoile sur la toile…
La révolution informatique galopante bouscule tout sur son passage. Dopée par la rapide extension de la toile tendue par l’Internet, elle nous engloutit chaque jour davantage. La mode bog en est le dernier témoin. Le journal intime est désormais proposé à tous, via Internet. Dans le meilleur des cas, c’est de la transparence et l’accès à une information multicolore. Cannes en est également victime ou bénéficiaire, c’est selon. Les fuites relatives au palmarès, inévitables pour des raisons pratiques –un maximum de lauréats doit se trouver là, le soir de la remise des prix- fleurissent ainsi jusqu’aux pages très officielles des médias «en ligne».
Par exemple, le samedi 21 mai, quelques dizaines de minutes avant le début cérémonie de clôture, il était possible de lire sur le site du quotidien français Libération, les lignes suivantes:

21 mai 2005
Dardenne II
par Antoine De Baecque
A l'heure qu'il est, nous sabrons le champagne, fin de festival. Dans quelques instants, le palmarès, que l'on suit d'un œil distrait à la télé. De toute façon, cela fait bien deux heures qu'on sait. Il n'y a pas un palmarès sans une fuite, tout à fait précise, plusieurs heures à l'avance. La preuve, il est 19h26 et je vous l'annonce: ce sont les Dardenne qui ont la palme d'or, leur seconde.

Rédigé par Antoine De Baecque le 21 mai 2005 à 19:33 | Lien permanent | Commentaires (4)

Last day
par Antoine De Baecque
Journée bizarre, dont l'étirement du temps est encore accentué par le rythme adopté par le festival de Cannes depuis l'année dernière: aucun film projeté le samedi. Le palmarès ce soir à 19h30 ! Faut-il vivre cette journée dans l'attente, ce qui est quand même assez dérisoire, ou passer déjà à autre chose, mais ce n'est guère facile. Cet entre deux est étrange, et finit par miner les festivaliers qui errent sans but tout au long de cette journée sans consistance.
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Rédigé par Antoine De Baecque le 21 mai 2005 à 19:13 | Lien permanent | Commentaires (0)



En attendant que ce palmarès se dévoile avant l’heure, il me faut me désintoxiquer du cinéma, sans trop tarder. Rien de mieux que d’aller changer de bulle, en s’immergeant dans d’autre univers artistiques. Je réponds alors volontiers aux invitations de théâtre qui m’attendaient sagement à Paris.
La veille de la proclamation du palmarès à Cannes, je me plonge dans l’univers d’Henrik Ibsen. La mise en scène très épurée de <>Brand par Stéphane Braunschweig, au théâtre de la Colline, me fait inévitablement penser à Manderlay. La même simplicité dans la forme, la même richesse philosophique dans le propos. La même quête de l’absolu, les mêmes souffrances, les mêmes impasses… L’univers cinématographique et intellectuel de Lars von Trier qui agace plus d’un, trouve ici toute sa riche parenté. Le lendemain, le trait d’union entre cinéma et théâtre passe par Jean-Pierre Bacri. Cet excellent acteur et scénariste, un habitué de Cannes, campe un extraordinaire Schweyk dans la mise en scène de Jean-Louis Martinelli au Théâtre des Amandiers. La faiblesse, la grandeur, la lâcheté, la soumission ou l’esprit de résistance de l’être humain, tout est là…

Le lundi 23 mai, à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, il y a le vernissage de l’exposition de deux peintres: Ziad Dalloul et puis Farid Belkahia qui présente ses œuvres sous le titre poétique de «La Dérive des continents»…

Ainsi est-il bon de se rappeler que le cinéma est le septième des arts…
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Hanna Laslo
LE PALMARES DU 58ème FESTIVAL DE CANNES
Palme d'or: L'enfant de Jean-Pierre et Luc Dardenne (Belgique).
Grand prix: Jim Jarmusch pour Broken Flowers (Etats-Unis).
Prix d'interprétation féminine: Hanna Laslo pour Free Zone (Israël).
Prix d'interprétation masculine: Tommy Lee Jones pour les Trois Enterrements de Melquiades Estrada (Etats-Unis).
Prix de la mise en scène: Michael Haneke pour Caché (France).
Prix du scénario: Guillermo Arriaga pour les Trois Enterrements de Melquiades Estrada (Etats-Unis).
Prix du jury: Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai (Chine).
Palme d'or du court métrage: Podorozhni d'Igor Strembitskyy (Ukraine).
Caméra d'or: Moi, toi et les autres de Miranda July (Etats-Unis) et la Terre abandonnée de Vimukthi Jayasundara (Sri Lanka), ex-æquo. Mehmet Basutçu
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