La nouvelle chanson marseillaise | Radio Babel Marseille, Christina Rosmini, Miquèu Montanaro, Lo Cor de la Plana, Massilia Sound System, Sam Karpienia, Moussu T e lei Jovents
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Nadia Khouri-Dagher   

La nouvelle chanson marseillaise | Radio Babel Marseille, Christina Rosmini, Miquèu Montanaro, Lo Cor de la Plana, Massilia Sound System, Sam Karpienia, Moussu T e lei Jovents

 

Métissée et provençale, populaire et joyeuse, Marseille sera toujours Marseille !

Le 11ème Festival Babel Méd Music se déroule à Marseille du 26 au 28 mars 2015. Ce festival et salon des musiques du monde, qui réunit quelque 2.000 professionnels du monde entier et 12.000 spectateurs, fait toujours la part belle aux artistes et groupes de la région. En effet, sa vocation est double : à la fois de faire entendre des musiques venues d’ailleurs aux Marseillais, et à l’inverse faire connaître les artistes régionaux au reste de l’Hexagone et du monde. L’occasion pour nous de revenir sur le formidable bouillonnement de cette scène musicale marseillaise depuis quelques années, et sur ses caractéristiques : à la fois musiques métissées et fort ancrage dans une identité provençale revendiquée ; à la fois chanson sociale et proche du peuple et paroles qui célèbrent la joie de vivre et l’humour. La nouvelle chanson marseillaise se porte fort bien, et clame à tous les amoureux de cette ville, dans le monde entier, que «Marseille sera toujours Marseille !». Promenade avec une sélection d’artistes... parmi une foule d’autres !

            Un groupe français composé d’un Espagnol, d’un Antillais, d’un Auvergnat, d’un Algérien et d’un Breton, qui chantent en espagnol, en arabe, en français, en occitan ou en anglais, des chansons qui parlent de ports et de voyages, sur des mélodies et rythmes venus d’ailleurs : le premier disque du groupe Radio Babel Marseille, qui vient de sortir, «Vers des docks et des quais», un petit bijou d’inventivité musicale, d’énergies positives, et d’humanisme dans les textes, pourrait résumer à lui seul les dynamiques à l’oeuvre sur la scène marseillaise aujourd’hui : un métissage musical et culturel empruntant à tous les continents ; une identité marseillaise forte et enracinée; une chanson sociale proche du peuple et généreuse avec les étrangers ; mais aussi des textes pleins d’humour et de légèreté.

            Le groupe Radio Babel Marseille, que nous vous avons présenté ce mois-ci (http://www.babelmed.net/muzzika/13778-muzzika-mars-2015.html) est composé - dans l’ordre d’apparition précité du pays de leurs parents ou ancêtres - de Gil Aniorte-Paz, Frédéric Camprasse, Mathieu Jacinto, Mehdi Laifaoui, et Willy Le Corre. Point commun : tous sont Marseillais, et ... aucun n’est né à Marseille ! Ils sont pourtant aujourd’hui plus que «fiers d’être Marseillais» : heureux d’y vivre, et de chanter leur ville :

J’aime les ruelles de Marseille

Qui serpentent vers la mer

Le soir quand l’heure est douce...

            Car Marseille est une ville qui a ce pouvoir magique d’intégrer ses migrants à un point tel que très vite, ceux-ci se revendiquent comme Marseillais. Et ce métissage culturel est ce qui frappe d’abord lorsque l’on observe la nouvelle scène musicale de cette ville.

 

Radio Babel Marseille : «Barquito de Papel» :

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Des musiques et des rythmes venus du monde entier

            C’est même par cette ouverture à des rythmes et sons venus d’ailleurs que la ville s’est taillée une réputation sur la scène française, et internationale : dès 1984 Massilia Sound System, l’un des précurseurs de ce renouveau musical marseillais, et qui s’est produit dans le monde entier, chantait en occitan sur ... les rythmes jamaïcains du reggae ! Du reggae en occitan, Bob Marley aurait-il jamais pu en rêver ?... (http://www.babelmed.net/muzzika/6655-muzzika-mai-2011.html )

            C’est ce même mélange de musiques venues de divers pays qui irrigue les disques de Christina Rosmini, auteur-compositeur-interprète qui écrit ses chansons dans plusieurs langues de Méditerranée, et chante même en roumain et en hindi, sur des rythmes cubains, tahitiens, orientaux... ou parisiens, comme la java ! Marseillaise, elle revendique dans ses chansons ses origines familiales espagnoles, italiennes et corses, et son goût des voyages - voyages et cosmopolitisme qui caractérisent à peu près tous nos artistes, en cette ville portuaire... (http://www.babelmed.net/muzzika/4472-muzzika-juillet-ao-t-2009.html )

 

Christina Rosmini : «La fiesta del amor» :

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            Mélange de traditions venues d’ailleurs : c’est ainsi que Miquèu Montanaro, l’une des grandes figures de la chanson occitane, qui vit à une heure de Marseille, dans le village de Correns, aime marier son galoubet-tambourin (duo traditionnel d’instruments provençaux que l’on joue ensemble : la flûte dans une main, et l’autre frappant le tambourin) à des rythmes venus d’Afrique, de Cuba ou du Maroc, comme dans son disque «Un pont sur la mer». «Ce qui m’intéresse, c’est la rencontre avec les autres cultures, tout en affirmant une identité occitane ou provençale : ça n’est pas une identité CONTRE les autres cultures, mais AVEC», explique l’artiste, qui a créé dans son village les «Joutes Musicales», un festival de musiques du monde, musiques dont il se nourrit aussi au cours de ses nombreux voyages... (http://www.babelmed.net/muzzika/6232-muzzika-d-cembre-2010.html )

 

Miquèu Montanaro, «Festa» :

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L’occitan, une réappropriation d’un patrimoine local

            A la fois identité ouverte sur le monde et affirmation d’une forte identité locale : les deux ne sont pas perçus comme contradictoires par nos artistes, mais complémentaires. Et cette ouverture au monde s’accompagne d’une réappropriation de son patrimoine culturel local, dont le renouveau de la chanson occitane est sans doute la meilleure expression. Massilia Sound System, Miquèu Montanaro, mais aussi des groupes comme Lo Cor de la Plana, Sam Karpienia, Moussu T e lei Jovents ouChin Na Na Poun (http://www.babelmed.net/muzzika/6232-muzzika-d-cembre-2010.html ) pour ne citer qu’eux, redonnent une nouvelle vie, dans le sillage de l’Arlésien Jean-Marie Carlotti, qui fut l’un des précurseurs dans la région, à une langue qui était tombée dans l’oubli. «Je suis né dans un hameau où tout le monde parlait le provençal, et j’ai toujours entendu cette langue enfant. Je me souviens de veillées où les villageois confectionnaient des bouquets d’anémones en chantant des chansons en provençal...», se rappelle Miquèu Montanaro, qui a tronqué le «Michel» de son état-civil pour le prénom occitan...

 

Lo Cor de la Plana : «Canalha» :

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            Pour d’autres artistes, la maîtrise de l’occitan est le fruit d’un apprentissage délibéré. Ainsi pour Tatou, aussi dit Moussu T, l’un des fondateurs du Massilia Sound System et des Moussu T e lei Jovents, né à Paris et qui décide de s’installer à La Ciotat à 18 ans. «Pour être vraiment Marseillais il faut posséder cette culture qui a été celle de Marseille pendant des centaines d’années, avant que la France ne nous l’extirpe. Pour comprendre d’où vient notre accent aussi : il ne vient pas du soleil ! C’est que nous parlions une langue étrangère !», explique l’artiste (http://www.babelmed.net/muzzika/13337-muzzika-mai-2013.html).

            Et il démontre pourquoi c’est précisément cet enracinement dans une identité locale qui est la source d’une ouverture au reste du monde : «Quand on est bilingue, on a un double regard sur la vie et le monde, comme si on avait deux caméras pour filmer. Et cette habileté mentale à maîtriser deux langues aide grandement à en apprendre une troisième, une quatrième, et donc à s’ouvrir sur le monde...». Explication que la Libanaise que je suis, bilingue de naissance, capte tout de suite...

 

Des chants sociaux et rebelles

            Dans son livre «Le sens du son - Musiques traditionnelles d’expression populaire» (Fayard, 2007), le musicologue Etienne Bours explique comment les chansons populaires, sur toute la planète et de tout temps, ont toujours eu pour fonction, outre de distraire et de faire danser les gens, d’exprimer leur vécu, leurs revendications, et parfois leurs colères, et donc pas seulement leurs amours, comme la chanson commerciale née au XX° siècle veut le laisser croire... C’est la raison pour laquelle artistes, poètes et musiciens ont souvent été marginalisés par les sociétés - des griots en Afrique aux Roms en Europe de l’Est en passant par les comédiens comme Molière en France - et redoutés, ou exécutés, par les dictatures...

            Et ce qui frappe aussi dans la chanson marseillaise d’aujourd’hui, c’est son caractère éminemment social, c’est-à-dire engagé. Ainsi en1997, en pleine période d’élections législatives pendant laquelle l’extrême-droite tentait de séduire les électeurs en brandissant le «péril immigré», les Massilia Sound System chantaient, dans «Ma ville est malade» :

«La grande ville où je suis né (...)

Elle fut construite par des immigrés

Depuis bien longtemps elle vit en paix

Dans le respect de toutes les communautés

Mais depuis dix ans dans la tête des gens

De drôles d’idées commencent à germer

Ma ville tremble, ma ville est malade...»

 

Massilia Sound System, «Ma ville est malade» :

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            Plus récemment, en 2012 dans leur album «Marcha !», Lo Cor de la Plana, dans «Masurka mafiosa marselhesa» dénonçait les politiciens locaux qui s’enrichissent (http://www.babelmed.net/muzzika/13055-nadia-khouri-dagher.html ) :

Nous on est les rois de la combine

On a choisi le beau métier

De politiciens......

            «Un occitanisme cosmopolite, libertaire, anti-raciste, anti-fasciste» : c’est ce que revendique Sam Karpienia, Marseillais d’adoption - il vient de Lorraine ! - qui chante en occitan tout en s’accompagnant d’une ... mandole turque ! Pour tous, il s’agit d’être proche du peuple - du peuple marseillais, constitué en grande majorité d’enfants d’immigrés, comme les artistes eux-mêmes. Les Moussu T e lei Jovents portent ainsi, sur scène et dans leurs clips musicaux, la blouse bleue et la casquette des travailleurs manuels d’autrefois, claire revendication de ce caractère «populaire» qu’ils revendiquent : des chansons qui parlent des gens ordinaires et à ces gens, à ce «peuple» en somme, que certains appellent les «petites gens», se croyant sans doute «plus grands» (?!) qu’eux...

 

Sam Karpienia : «Les voyageurs» :

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Retour à l’esprit des années 30 et 40 :

            C’est précisément parce qu’elles mettent en scène le «petit peuple marseillais» que les Moussu T et lei Jovents ont eu envie de redonner vie aux opérettes marseillaises d’avant-guerre, en reprenant, dans leur dernier album, «Opérette», quelques airs parmi les plus célèbres : «Dans ma petite calanque», «Entre Marseille et Toulon», «Adieu Venise Provençale»...» (http://www.babelmed.net/muzzika/13636-muzzika-septembre-2014.html ) .

            «Plus marseillais tu meurs, peut-on dire de ces chansons célèbres», explique Tatou. «Et pourtant, cette musique considérée comme venant du «terroir» provençal était très métissée : Vincent Scotto et René Sarville, dont le vrai nom était Crescenzo, étaient tous deux d’origine italienne, et leur musique était imprégnée d’influences napolitaines, de jazz et d’autres influences étrangères. Donc quand on parle de «pureté»...».

 

Moussu T e lei Jovents : «Dans ma petite calanque» :

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Plaisir de vivre et humour, Marseille sera toujours Marseille !

            L’esprit d’avant-guerre : les chansons de ces opérettes étaient pleines de gaieté, et souvent drôles, comme une bonne partie des chansons françaises de l’entre-deux-guerres (de la littérature et du cinéma aussi) : reflet d’une époque où plus de gens qu’aujourd’hui avaient «le coeur à rire», car le travail, la carrière et les objectifs professionnels n’avaient pas l’importance qu’ils ont pris aujourd’hui (même si les gens travaillaient, en horaires, bien plus qu’aujourd’hui !). Mais on avait encore, en ce temps d’avant la télévision, des longs trajets en transports en commun qui épuisent, et des rythmes stressés de la vie moderne, ou bien on prenait encore, «le temps de vivre»...

            Or ce «temps de vivre», s’il est parfois difficile à trouver dans la capitale, on peut encore le trouver en province, et notamment à Marseille, avec son climat doux. Plaisir de vivre célébré également par la presque totalité des artistes marseillais, comme Moussu T et lei Jovents, qui chantent, dans «Il fait beau» :

Il fait beau

C'est un temps à cigale

Il fait chaud

Envie de faire que dalle

Le vent rend les oliviers argentés

Le temps s'arrête un peu pour respirer

Le ciel est clair

C'est le retour

Des beaux jours...

            Et l’humour - corollaire du plaisir de vivre car dans une vie stressée et surmenée, nulle place pour la gaieté - irrigue également les textes de cette nouvelle génération d’artistes. Ainsi Christina Rosmini dans «Harem», qui imagine d’inverser les rôles hommes/femmes :

240 garçons

Alanguis sur des coussins

Pas de nom pas de prénom

Rien que leur peau de satin

Ce sera bien...

 

            Ou les Moussu T - encore, dans « Quand je la vois, je fonds» :

Je suis son petit sucre

Quand elle est mon café

Je suis sa céréale

Quand elle est mon bol de lait

Je suis flocon de neige

Quand elle est mon soleil

Et je suis son savon

Quand elle est de Marseille

 

Des grands qui chantent pour les petits aussi

            De l’humour à l’enfance il n’y a qu’un pas, car ne pas se prendre au sérieux c’es garder un peu de son âme enfantine. Et donc aimer dialoguer avec les enfants. Autre caractéristique des artistes marseillais donc : leur goût pour le jeune public, vers lequel ils aiment se tourner, c’est-à-dire pour lequel ils aiment écrire des chansons et concevoir des spectacles. Ce qui était courant il y a quelques décennies, quand Tino Rossi chantait «Petit Papa Noël» ou Henri Salvador «Zorro est arrivé», mais qui est totalement délaissé aujourd’hui par les grandes vedettes nationales - et à fortiori internationales - de la chanson française...

            Ainsi le duo Catherine Vincent, couple à la scène comme à la ville, et parents de trois enfants - vient-il de créer un spectacle et album, «Les contes de Malmousque», du nom d’un quartier maritime de la ville, où leur imagination - et leur humour - leur font inventer mille histoires drôles, censées se passer autour de la grande baie de Marseille. Et nos artistes y chantent, bien entendu, dans diverses langues de Méditerranée, prenant prétexte de récits évoquant des marins de tous pays venus accoster ici. Faut-il le préciser ? Ni Catherine ni Vincent ne sont nés à Marseille, installés là depuis une dizaine d’années, Catherine née en Argentine d’une famille hispano-franco-levantine, et tous deux ayant vécu des années au Moyen-Orient avant de choisir une ville aussi métissée que leur histoire...

 

Les contes de Malmousque :

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            Ainsi encore de Ahamada Smis, Marseillais d’origine comorienne, slammeur connu pour la grande qualité poétique de ses textes. Artiste engagé sur le terrain social car il mène des actions pédagogiques dans les écoles toute l’année, il en est naturellement venu à concevoir un spectacle musical pour enfants : «Les chants de la mer», créé en 2011, racontait la vie d’un petit garçon nommé Twamaya et de son village aux Comores, où les veillées du soir se passent à raconter de belles histoires destinées grands comme aux petits. Par ce biais, l’artiste, qui retourne souvent dans son pays natal, faisait découvrir à des petits Marseillais des comptines et berceuses venues de l’Océan Indien... «J’ai besoin de ce rapport avec les enfants. Ils me nourrissent et m’inspirent énormément», nous confie l’artiste.

 

Les chants de la mer :

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Une effervescence musicale soutenue par les pouvoirs publics locaux

            Ce bouillonnement musical, et cet ouverture à toutes les musiques du monde, sont activement soutenus par les autorités locales, Région et villes. «La musique est l’un des axes prioritaires de la Région, qui a toute une politique d’aide à la création, à la production, et de soutien à des lieux et événements culturels. En France, on est juste talonné par la Bretagne...», explique Marie-José Justamond, responsable du festival «Les Suds» à Arles, l’un des plus anciens festivals de musiques du mondes en France, créé il y a 20 ans. De fait, les résidences d’artiste de Ahamada Smis dans l’Océan Indien, par exemple, ont été rendues possibles par une aide de la région, tout comme les nombreux festivals et événements musicaux de la région.

            Et la création à Marseille, il y a 11 ans, de Babel Méd Music, important salon professionnel et festival de musiques du monde, qui rassemble des programmateurs, directeurs de festivals, et artistes du monde entier, et qui programme chaque année une sélection d’une demi-douzaine d’artistes de la région qui bénéficient ainsi d’une promotion internationale, a certainement favorisé à la fois le métissage musical qui caractérise la scène marseillaise et provençale, et la reconnaissance de ces artistes à l’international. Car savoir que les chanteurs marseillais font danser les foules de New York (comme Lo Cor de la Plana, qui a effectué une tournée aux Etats-Unis l’an dernier) au Brésil comme Christina Rosmini, en passant par le Japon comme le Massilia Sound System, est une grande fierté, et ouvre la voie à d’autres artistes dans leur sillage (http://dock-des-suds.org/babelmedmusic2015/)

            «Les artistes marseillais s’inspirent des musiques du monde, mais produisent des musiques tout à fait nouvelles - et c’est ça qui intéresse le reste du monde», explique Bernard Aubert, co-responsable avec Sami Sadak du Babel Méd Music. «La Compagnie Rassegna chante en italien mais dépasse la tradition ; les «Chants sacrés gitans» s’inspirent des chants provençaux gitans et andalous pour créer du neuf ; Sam Karpienia s’empare du chant occitan mais le transforme...».

            Et Sami Sadak de revendiquer : «La scène marseillaise, c’est aussi tous ces artistes venus d’ailleurs et devenus Marseillais, comme Françoise Atlan qui chante l’ancienne Andalousie, Tarek Abdallah et son ‘oud égyptien, Juan Carmona avec sa guitare flamenca, Bijan Chemirani et ses percussions persanes, ou Ba Cissoko venu de Guinée avec son balafon. Et Marseille et la région, à cause de leur histoire sans doute, sont particulièrement riches en artistes venus de tous les pays».

            Pour Miquèu Montanaro, «il s’est toujours passé énormément de choses sur le plan musical à Marseille. Toutes les époques ont vu Marseille vivre de grandes influences culturelles venues d’ailleurs, et irriguer toute la France. La musique exprime ce qui se passe dans la société, et parfois elle pressent ce qui va se passer. Ce métissage musical pressent une civilisation mondiale mais où la civilisation serait préservée. Ensemble, nous les artistes essayons de résister à cette mondialisation par l’argent, en continuant à faire vivre nos traditions».

            A quoi lui répond Tatou : «Le génie de Marseille est d’être une ville métisse et ouverte sur le monde, depuis son mythe fondateur qui est celui d’un Grec venu de loin, qui tombe amoureux d’une jeune fille locale, l’épouse, et reste ici...»

                                                         

 


PARMI LES NOMBREUX AUTRES ARTISTES ET GROUPES MARSEILLAIS ET DE LA RÉGION QU’IL FAUT DÉCOUVRIR :

D’Aqui Dub

Dissonantes

Fanfare Vagabontu

Fora Bandit

Goldenberg & Schmuyle

Kabbalah

Louis Winsberg

Oneira

Saboi

Sissi Zhou

Spiky The Machinist

Temenik Electric

Tony S

Imhotep

Urban swing Sound System

Mosaica

Wilaya 49

Zaman Fabriq

etc.


 

  Nadia Khouri-Dagher

n.khouri@orange.fr

Mars 2015