Théâtre : Rabah Robert, Algérie-France, France-Algérie | Rabah Robert, Djalila Dechache, Théâtre 2 Gennevilliers, indépendance algérienne, Josef Nadj, Stanislas Nordey, Claude Régy, Claude Merlin, colonisation de l’Algérie
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Djalila Dechache   

Une association de prénoms qui prête à question, qui est ce personnage à la double identité ? Un complément de titre qui peut expliquer la démarche.

Rabah Robert, est «un nom qui se partage en là-bas et ici». Libellule, son fils dit de lui: «Rabah il s’appelle et son surnom c’est Robert».

A la disparition du père, une famille de quatre personnages – Ouria-Liberté, la mère, le fils Libellule et ses sœurs, Faïence et Ouistiti – doivent se reconstruire sur les cadavres de l’histoire.

//© Hélène Bozzi© Hélène Bozzi

Dans la pièce écrite par le metteur en scène et comédien Lazare, plusieurs registres de langue s'entrecroisent, avec textes, chansons, tableaux, scènes vécues ou imaginées.

L’histoire de cette famille fait remonter à la surface la colonisation de l’Algérie qui débuta en 1830, les enfumades ordonnées par Bugeaud et bien plus tard la résistance et lutte de libération qui s’organisent…Chacun porte en lui les traces des violences passées. On ne s’en défait pas si facilement. C’est un héritage lourd à porter.

Les personnages, ils sont 9, évoluent dans un rêve éveillé, fait de flashes, de visions, d’apparitions et d’éclairs qui transpercent. Chez lui tout fait sens, le moindre mot, le moindre signe. Y compris son nom, Lazare, le revenant, le ressuscité, un nom qui ressemble au héros de La pluie d'été de Marguerite Duras.

«Rabah Robert est l’évocation de deux pays séparés» dit Lazare, «loin et si proches. La France, un pays soudé à un autre, l’Algérie, qui tantôt disparaît tantôt apparaît à la surface».

Ses personnages, la mère, Ouria-Liberté, en tête, mus par une fraicheur et une naïveté de nouveau monde, redécouvrent, reconstruisent la vie avec une simplicité et une justesse désarmantes.

Crée pour le festival ‘Mettre en scène’ à Rennes en 2012, il a été joué dans un lieu de la ville, un lieu fantomatique, à l'éclairage faible comme pour nous inciter à davantage de présence, froid et sombre comme des souvenirs difficiles.

Pour parvenir à évoquer des sujets aussi difficiles que la guerre, la torture, la mort sans tomber dans le pathos, la haine ou les lieux communs, il faut la distance et l’univers d’un poète de la scène, d’un traducteur au sens proustien du terme : « le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur.»

Lazare a un univers iconoclaste. Il ne cherche pas à l’être, il est ainsi. Son spectacle n’en n’est pas un au sens classique du terme. Formé à l'école du Théâtre National de Bretagne auprès de Stanislas Nordey, il rencontre Claude Régy, il joue des textes de Bataille, de Crimp, avec le metteur en scène Claude Merlin ou encore le chorégraphe Josef Nadj.

Né en 1975 en France, Lazare n’a pas connu l’indépendance algérienne qui a fêté son cinquantenaire en 2012. Il est le fils de ces femmes et de ces hommes encore vivants, mêlés à cette histoire qui n’en  finit pas, de près ou de loin, en France ou en Algérie qui dans leur incapacité à parler, emmurés dans le silence, ont fait passé l’atrocité des faits, la douleur insurmontable, les stigmates invisibles.

 


 

Djalila Dechache

25/01/2014

Informations pratiques:

Théâtre 2 Gennevilliers, du 30 janvier au 15 février 2014, à Gennevilliers

http://www.theatre2gennevilliers.com