La Fira Mediterrania de Manresa | Nadia Khouri-Dagher, Manresa, Artistes de rue, musiciens itinérants, acrobates, danseurs, comédiens, conteurs, Els Berros de la Cort, Compagnie Karnavires, Duo Tobarich, Kroke
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Nadia Khouri-Dagher   

La Fira Mediterrania de Manresa | Nadia Khouri-Dagher, Manresa, Artistes de rue, musiciens itinérants, acrobates, danseurs, comédiens, conteurs, Els Berros de la Cort, Compagnie Karnavires, Duo Tobarich, KrokeLe Festival des Nouveaux Baladins d’aujourd’hui

La petite ville de Manresa, en Catalogne, a encore célébré pendant 4 jours, du 8 au 11 novembre 2012, les nouveaux baladins d’aujourd’hui. Artistes de rue, musiciens itinérants, acrobates, danseurs, comédiens, conteurs, spectacles pour petits et grands, pendant un long week-end la 15° «Fira Mediterrania de Manresa» a animé toute la ville d’une multitude de spectacles les plus variés, gratuits le plus souvent, comme à l’époque où les salles de concerts n’existaient pas encore, et où les baladins se baladaient de ville en ville...

«Le monde médiéval fait encore partie du quotidien», affirment la demi-douzaine d’artistes qui composent le groupe catalan «Els Berros de la Cort», qui redonne vie aux musiques et aux textes médiévaux. Et en effet, pendant leur concert, on avait le sentiment d’être dans le film «Les visiteurs», copié-collé d’images médiévales et modernes. Vielle à roue, cornemuses, hautbois, et musiciens vêtus de tenues médiévales, et en même temps, batteries du XX° siècle, sons amplifiés par l’électricité, et la puissance sonore d’un groupe de rock ! Le groupe présentait leur dernier album, «Nos vices et péchés», musiques médiévales et textes inspirés de deux ouvrages du Moyen-Age, un livre de cuisine et un livre érotique - car la gourmandise et la luxure étaient deux des péchés les plus commentés à cette époque. Et il était fascinant de voir des jeunes musiciens - la moyenne d’âge du groupe ne dépasse pas 30 ans - totalement «pris» dans leur musique, s’appropriant totalement ces mélodies et rythmes vieux de plusieurs siècles, comme s’ils étaient nés dedans ! Mais est-ce si différent de musiciens classiques qui interprètent Mozart ou Bach, dont les musiques, nées il  y a des centaines d’années, parlent pareillement à des coeurs d’aujourd’hui?

La Catalogne est fière de ses racines - la langue catalane, proche de l’occitan ancien, reste la langue parlée et écrite du pays  - et la Fira Mediterrania, chaque année, invite des dizaines d’artistes, venus de Méditerranée mais aussi d’au-delà, qui valorisent les patrimoines traditionnels. Et comme, avant l’invention des salles de concert, musique, poésie, contes, théâtre, danse, et acrobaties, n’étaient pas forcément des genres séparés, et comme les artistes au Moyen-Age étaient souvent des baladins se promenant de ville en ville, de foire en foire, de château en château, la ville de Manresa, au coeur d’une région montagneuse et agricole qui fut riche et peuplée dès le Moyen-Age, et qui abrite quelques beaux palais et monastères médiévaux, s’est fait une spécialité de créer un festival que nous aimons appeler de «Baladins d’aujourd’hui».

Car la majorité du festival se passe dans les rues, même si de nombreux lieux fermés accueillent aussi des représentations. Ainsi vendredi, déambulant dans le centre-ville médiéval, les musiciens déjantés du groupe français «Complèt’Mandingue», quatre hurluberlus drôlement vêtus de tuniques sahéliennes brodées, et coiffés de tarbouches en plastique orange à plumes, et portant leur balafon à l’épaule, défilaient en faisant résonner les joyeux rythmes mandingues, accompagnés d’un saxo et d’une mini-batterie portative très peu sahéliens ... et d’une foule enchantée qui les suivait, hypnotisée ! Le soir, c’était au tour de la Compagnie Karnavires, française également, d’animer le large cours Pierre III, avec quatre personnages vêtus, comme au temps des Templiers, de robes longues et de hautes coiffes coniques, et qui lançaient sur leur passage des feux d’artifice en un festival de lumières et d’étoiles, sur fond de musique techno et dynamique qui les accompagnait en carriole...

Samedi soir, vers 19h, à l’heure où les enfants ne sont pas couchés, une foule intense était rassemblée sur le parvis et les marches de l’église, place du Christ-Roi, pour assister aux acrobaties incroyables du Duo Tobarich, venu du Chili, deux jeunes gens qui marchaient sur leurs mains, faisaient des pirouettes insensées en l’air, et réalisaient des numéros époustouflants d’équilibre, l’un soulevant l’autre, ou l’un tenant l’autre debout la tête en bas le tout avec une seule main, qui récoltaient des  applaudissements nourris - et mérités !

//La roue: Factoria Circular les acrobates: Duo TobarichLa roue: Factoria Circular les acrobates: Duo TobarichUn peu plus tard, place Saint-Dominique, c’était au tour de l’extraordinaire engin musical des artistes de rue colombiens Factoria Circular de susciter l’étonnement du public : une roue géante de 4 mètres de diamètre, abritant 3 musiciens - deux trompettistes et une batterie - qui l’actionnaient en pédalant, engin mobile et musical tout droit sorti de leur imagination, et qui pareillement, comme toutes les déambulations d’artistes pendant ce festival, suscitait tout un accompagnement de foule à leur suite et à leurs côtés, depuis les bébés juchés sur les épaules de papas jusqu’aux couples de personnes âgées, nous tous retrouvant pour un moment une âme d’enfant...

Pendant ce temps, dans la Taverne, tente dressée Place Saint-Dominique, les musiciens se succédaient, pendant les soirées, pour offrir un concert gratuit aux familles venues s’attabler, sur des bancs et devant de longues tables, en buvant un verre de  vin rouge ou de bière bien fraîche, comme pour une fête de village. Les artistes catalans du groupe Riu, par exemple, tous jeunes également, avec accordéon diatonique mandoline, flûtiau, et violon enlevé, faisaient danser, sur des rythmes européens que l’on retrouve jusqu’en Irlande, jeunes et moins jeunes, des couples, des personnes âgées et de jeunes enfants. Avant eux, les frères Cubero, duo guitare-mandoline, réinventaient la chanson catalane, mariée au bluegrass nord-américain... : car Manresa célèbre les traditions culturelles, mais pas dans une approche muséographique !

De nombreux spectacles et concert avaient également lieu dans diverses salles de concert et lieux fermés: ainsi le concert du groupe de musique klezmer Kroke, venu de Pologne; celui de l’artiste israélienne Noa, qui se produisait avec le quatuor à cordes napolitain Solis; le spectacle de l’artiste andalouse de flamenco Paula Dominguez; divers spectacles de danse; sans oublier les spectacles pour enfants, tels les contes racontés en catalan par Jordi Amenos, ou le spectacle mêlant théâtre, marionnettes et théâtre d’ombre, «L’amour des trois oranges», raconté par la Compagnie Mov-i-ments i la Fornal d’Espectacles, venue des Baléares, où l’on entendait, bonheur rare dans une salle de concert en Europe, des rires de bébé dans la salle...

Fête familiale dans un pays, l’Espagne, où l’on aime sortir et se divertir avec ses enfants - et aussi ses vieux parents ! ; fête de village à la taille d’une ville, avec pendant quatre jours des stands de spécialités régionales, des jambons et gâteaux aux disques et livres, qui animent le cours Pierre III, artère principale de la ville, «paseo» pour la promenade vespérale des familles ; salon professionnel aussi car le festival abrite un salon pour les professionnels ainsi que de nombreux débats et rencontres ; le festival de Manresa démontre ainsi chaque année, malgré la télévision et la médiatisation à outrance d’une poignée d’artistes internationaux, que ’Europe reste riche d’une multitude d’artistes qui travaillent à une échelle micro, avec peu de moyens en décors, costumes ou sono, mais avec une créativité et une imagination folles parfois, artistes qui continuent, comme au Moyen-Age, à se balader de ville en ville, de festival en festival, et à enchanter le quotidien des petits et des grands.

 

//Le groupe musical: RIULe groupe musical: RIU

 

Mieux même: à l’heure de la mondialisation et de l’avion, ces artistes franchissent désormais les frontières de leur région et de leur pays, et se produisent... dans le monde entier !  Car le monde moderne a inventé les festivals, comme celui de Manresa, les subventions publiques, et le sponsoring, qui permettent, plus que les anciennes oboles des passants et les largesses des rois et des seigneurs médiévaux d’antan, de faire vivre, et même se multiplier, les nouveaux baladins d’aujourd’hui. Au moment de prendre notre avion de retour du festival, à l’aéroport de Barcelone, nous avons ainsi croisé le groupe polonais Kroke: avant leur concert à Manresa ils avaient joué à Strasbourg en France, et s’envolaient pour Israël, où ils devaient jouer le lendemain... Merci internet, merci les avions !

 

Le site du festival: www.firamediterrania.cat

 


 

Nadia Khouri-Dagher

15/11/2012