“Trans-culturelle”, la nouvelle musique en Egypte | Michaela De Marco
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Michaela De Marco   
“Trans-culturelle”, la nouvelle musique en Egypte | Michaela De Marco« Nous nous sommes connus à Cape Town (Afrique du Sud), pendant un festival de musique. Nous, “Ressala”, groupe de musique égyptienne indépendante, eux, “Napalma”, groupe sud-africain de cross over (musique mélangeant des styles et des univers musicaux différents), composé d'un chanteur mozambiquais, et de percussionistes brésiliens. Nous avons commencé à nous amuser dans les coulisses, et en fin de compte, nous avons décidé d’improviser ensemble sur scène. La foule a adoré, et c'est comme ca qu'est né le Transproject. Les Napalma sont ensuite venus au Caire plusieurs fois, et nous avons enregistré un disque avec la Vodafone. ‘Trans-project’ signifie ‘Trans-culturel’, ‘Trans-national’ ».
La musique égyptienne est en train de se dégager de ses frontières. Elle se pare de jazz, de blues, de rock, de musique électronique. Elle communique avec tous les continents, elle se mêle à d’autres âmes, elle se cherche dans la fusion. De nouveaux centres culturels, de nouveaux festivals musicaux et des nouveaux événements artistiques colorent la capitale égyptienne des dernières années. Des groupes nouveaux et « innovateurs » ont réussi à s'imposer avec énergie dans le panorama musical arabe.
Nour, saxophoniste des Ressala, nous parle de la musique égyptienne contemporaine “indépendante”.

Comment a commencé votre carrière?
J’étais joueur de basket, suite à un accident, j’ai dû abandonner mes rêves. Mon père était musicien, et il m’a appris à jouer du saxophone pour me sauver de la dépression. La musique m’a sauvé, et est rapidement devenue une passion; j’étais évidemment prédestiné à cet instrument. Au départ, mes parents étaient contents de ma réaction, puis ils ont commencé à s’inquiéter. Ils sont très religieux et ils ne veulent pas que je me consacre à la musique; ils la considèrent comme un péché (haram). A Alexandrie, il n’y avait pas d’endroit où jouer, c’est pour cette raison qu’en 2004 j’ai déménagé au Caire. J’ai presque immédiatement commencé à jouer pour Ressala, un groupe égyptien de musique “alternative”, mais encore sensible à la musique traditionnelle. Notre premier album “Qasar Isela” (Expulsion) est sorti en 2006. Dans l’album, nous avons abordé des thèmes différents de ceux de la musique arabe commerciale : notre société, ses lacunes, ses hypocrisies, le système politique qui la sous-tend et les répercussions que tout cela a sur l’existence des gens ordinaires, des jeunes égyptiens.L’objectif est de transmettre nos réflexions aux gens, et nous devons donc “y arriver”. Pour cela, nous privilégions une mélodie plus traditionnelle/commerciale.

“Trans-culturelle”, la nouvelle musique en Egypte | Michaela De Marco Avec d’autres musiciens égyptiens, vous avez créé un nouveau groupe, qui se produit aujourd’hui dans les principaux centres culturels de la ville : Dor el Awal (Premier Etage). Cette fois-ci, la musique que vous proposez est loin d’être « traditionnelle/commerciale ». Vous proposez plutôt une mélodie exprérimentale et entraînante, qui naît de la fusion de genres divers. Sans paroles...
Nous étions au premier étage d’un vieil immeuble du Caire, chez un ami, quand nous avons commencé à jouer pour nous amuser. L’improvisation nous a enthousiasmés, et nous avons décidé de nous mettre à travailler ensemble. La musique de Dor el Awal est un mélange des diverses expériences et origines musicales de chacun de nous. A l’intérieur du groupe, j’apporte le jazz, mélangé à la musique arabe traditionnelle. Fadi est du Caire, avec une longue expérience au Koweit, où la scène musicale est à l’avant-garde. Ahmad Omar est érythréen, et mélange les rythmes égyptiens avec ceux de la Corne de l’Afrique. Mizo est un percussionniste nubien, et il nous apporte les rythmes de sa terre. Bob est un connaisseur passionné de la musique égyptienne traditionnelle, mais aussi de la musique espagnole. Mohammad Sami, violon des Bleak Theama, est un expert reconnu de musique orientale. Meshal est professeur de musique au Koweit, amoureux et fin connaisseur de la musique indienne.

Que représente pour vous Dor el Awal ?

Un moment de défoulement. Nous ne devons pas transiger avec les exigences du marché, parce que l’objectif n’est pas de vendre le cd, mais d’arriver aux gens avec la musique qui est vraiment la « nôtre », celle qui nous passionne et nous amuse le plus, celle qui naît de notre exigence d’expérimenter de nouvelles voies, de nouveaux parcours.

Est-ce que ca plaît au public?

Au début, il est resté perplexe, parce que nous mélangeons des genres vraiment très divers, mais ensuite, il s’est pris de passion pour notre musique et en a reconnu la dimension novatrice. Notre produit n’est pas commercial, et s’avère plus “populaire”. Les grosses maisons de disques promeuvent des ordures, parce qu’elles sont convaincues du fait que seules les ordures peuvent vendre et enrichir. Elles se trompent, et nous sommes en train de le démontrer.

Vous jouez dans des salles fréquentées par les couches sociales les plus aisées. Pourquoi ne faites-vous pas de la musique pour tous les Egyptiens?

On aimerait bien jouer dans la rue, pour les gens, pour les jeunes des quartiers plus pauvres, qui sont abandonnés à eux-mêmes. Nous avons joué dans les environs du Khan el Khalili (le plus grand souk du Caire), lors d’un festival organisé par les autorités : ca a été un grand succès, vraiment très émouvant. Les gens sont venus nous complimenter et de nombreux gamins nous ont demandé d’y retourner tous les jours...

Pourquoi votre recherche du “neuf” passe-t-elle par le mix inter-culturel?

Notre musique veut prouver que les cultures doivent se mettre en relation et interagir pour croître et apprendre l’une de l’autre. Le percussionniste brésilien de Napalma a enseigné ses rythmes à notre percussionniste égyptien et vice-versa. Tous deux continueront d’utiliser leurs propres rythmes, mais en les faisant alterner ou en les mélangeant avec ceux de l’autre. De leur “mariage” artistique est né un rythme nouveau.

Michaela De Marco
Traduction de l’italien Marie Bossaert
(26/11/2009)


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