L’Ours d’or de Berlin à un film bosniaque | Grbavica, Jasmila Zbanic, Ours d'or de Berlin, Hannane Bouzidi
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Hannane Bouzidi   

L’Ours d’or de Berlin à un film bosniaque | Grbavica, Jasmila Zbanic, Ours d'or de Berlin, Hannane Bouzidi Grbavica, c’est une histoire sur Sarajevo de nos jours... Esma, une mère célibataire, élève sa fille de 12 ans. Sara veut participer à une excursion scolaire, et doit fournir, pour avoir droit à une réduction, un certificat prouvant que son père est un martyre de guerre. Mais Esma continue d’éluder la demande de Sara, et ne lui fournit pas le certificat. Elle préfère payer le prix fort pour l’excursion plutôt que de dire la vérité à sa fille : Sara est le fruit d’un viol, et son père n’est pas un martyre mais un criminel de guerre...

Lors de la cérémonie, Jasmila Zbanic, réalisatrice qui signe ici son premier long métrage, s'est montrée surprise et émue. Elle en a profité pour rafraîchir la mémoire de son auditoire: «Je veux profiter de cette opportunité pour rappeler qu’alors que la guerre est finie depuis 13 ans, les criminels de guerre (l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko) Mladic et (l’ex-leader politique des Serbes de Bosnie Radovan) Karadzic courent toujours. (...) Ils ont organisé le viol de 20.000 femmes en Bosnie, tué 100.000 personnes et chassé de leurs foyers un million d'individus. Nous sommes en Europe et j’espère que cela changera », a conclu la jeune femme, longuement applaudie.

Depuis la fin de la guerre, son pays a été rayé de l'actualité. C’était donc un acte militant que de faire un film sur Sarajevo aujourd'hui. «J'espère que ce prix va attirer l'attention sur les énormes problèmes que nous vivons et va aider le sort de ces femmes violées et oubliées qui viennent seulement d'être reconnues comme victimes de guerre et qui vivent dans l'indigence la plus extrême tant elles ont été détruites psychologiquement».

La réalisatrice a ajouté: «J'espère surtout qu'en revenant avec moi en Bosnie, mon ourson d'or ne sera pas trop découragé par ce qu'il y trouvera.»

En effet, Ratko Mladic et Radovan Karadzic sont toujours recherchés par le Tribunal Pénal International. L’un d’eux, Ratko Mladic a d’ailleurs perçu sa retraite jusqu’en novembre 2005. Elle est désormais bloquée, certes, mais pas à cause de ses actes criminels. Seul un problème administratif - la procuration qu’il avait fait à sa famille avait une validité de 6 mois - l'a rendue désormais caduque.

Amnésie? Espérons que cette soudaine visibilité dont profite la Bosnie, grace à la victoire remportée par Grbavica à Berlin, permettra de rappeler aux opinions publiques européennes l’existence meurtrie de ce petit pays. Qui sait si cela n'aidera pas à retrouver les criminels à la retraite...

 


Pour en lire plus sur la Bosnie:
- Sur la disparition du paysage médiatique européen de la Bosnie:
La nouvelle capitale de la Bosnie-Herzégovine?  Article d’Eloy Santos.

- Sur la vie et les arts à Sarajevo après la guerre, le dossier préparé par Eloy Santos :
Sarajevo. Elégie pour la ville perdue

- Sur les massacres perpétrés en Bosnie:
Juillet 1995: 8000 musulmans massacrés au coeur de l’Europe  Article de Hannane Bouzidi. 

 


Hannane Bouzidi
(22/02/06)