Les cinéastes algériennes célèbrent la journée de la femme au Forum des images | Antonia Naim
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Antonia Naim   
 
Les cinéastes algériennes célèbrent la journée de la femme au Forum des images | Antonia Naim
Yamina Benguigui
C’est la cinéaste et documentariste Yamina Benguigui qui eut la bonne idée de réunir les cinéastes et les actrices des deux rives de la Méditerranée pour trois jours de débats et de films autour de la femme. Française d’origine algérienne, cette belle femme à la gentillesse méridionale, a signé le documentaire lumineux Mémoires d’immigrés, et réalisé récemment son premier long-métrage, Inch’Allah dimanche.
Le Forum des images, à Paris, a accueilli la manifestation (du 7 au 9 mars). Agnès Varda, Catherine Breillat et Tonie Marshall se sont associées à cette initiative et ont témoigné leur admiration pour ces femmes dont le parcours a parfois été très douloureux.
Les cinéastes algériennes célèbrent la journée de la femme au Forum des images | Antonia Naim
Etre femme cinéaste en Algérie…
«J’ai mis un an pour faire mon film Démons au féminin, tiré d’un fait divers, qui dénonce la haine que les intégristes vouent à la femme. Il a été projeté en Algérie seulement deux fois, à la cinémathèque d’Alger en 1994 et dans un village, à portes fermés. Il est toujours interdit», explique avec amertume Hafza Zinai-Koudil, cinéaste et romancière. Pour Yamina Bachir-Chouikh, d’abord monteuse puis cinéaste, le succès énorme que connaît son film Rachida (sorti en Algérie en 2002 et toujours en salles), la console des efforts qu’elle a du investir pour réaliser son premier film.

Et du temps aussi, car elle est passée à la caméra après 30 ans de montage. «C’était plus facile de commencer par le montage, et plus accepté à l’époque car les monteuses faisaient aussi le ménage et classaient les chutes de pellicule!» Pour tourner Rachida, elle a du aussi apprivoiser la peur: le film parle du drame d’une jeune institutrice d’Alger dont la vie bascule lorsque des terroristes lui demandent de poser une bombe dans une école et, devant son refus, lui tirent dessus, sans réussir à la tuer. «Nous avions très peur, à cette époque. Puis la colère a pris le dessus sur la peur. Le film est né dans ma tête à ce moment là».
Côté comédiennes, le parcours a souvent été plus violent. Beyouna, magnifique dans le rôle de la femme folle et libre du Harem de Madame Osmane, de Nadir Mokneche, raconte ses débuts comme danseuse puis comme actrice. Longtemps battue par son père et son frère, les scènes et les studios étant, on le sait, le lieu de toutes les débauches (voir Molière). «Je me suis mariée pour me libérer. A cette époque-là, on se mariait, on divorçait, et on était enfin libres!». Très populaire à Alger, Beyouna joue en ce moment dans le nouveau film de Mokneche, Viva Laldjérie!.


Cinéastes de là-bas, cinéastes d’ici…
Les cinéastes de «là-bas», les pionnières telles que Assia Djebar qui signait le premier film de femme en Algérie avec La nouba des femmes du mont Chenoua, ont vite trouvé une relève en France, grâce à une nouvelle génération issue de l’immigration. Cinéastes ou comédiennes, elles se sont imposées en ayant le courage de briser des interdits, ou en travaillant sur des thèmes douloureux comme le choc des cultures, l’exil, le difficile dialogue générationnel, le racisme. Rachida Krim, Fejria Deliba, Malika Tenfiche, Zaida Ghorab-Volta, Yamina Benguigui font partie de cette génération. Le déclic est venu de diverses façons: «Je suis né en France, j’était peintre et je n’avais pas mis le pied dans le pays de mes parents, l’Algérie», explique Rachida Krim, «ce pays était un rêve pour moi: mon père, communiste, me parlait de Boumediène comme d’un homme génial, les bus algériens étaient fantastiques, climatisés… Finalement j’y suis allée, pour assister à un mariage, dont j’ai tiré l’envie d’écrire un film sur l’histoire des femmes et de l’Algérie. Je suis sortie du fantôme de mon père pour entrer enfin dans le mien.» Résultat, un remarquable court-métrage La femme dévoilée (1998) et un long, Sous les pieds des femmes, sorti en 1997. Fejria Deliba, comédienne et réalisatrice d’un court-métrage il y a une dizaine d’années, Le petit chat est mort, évoque ses débuts, chez Antoine Vitez. Son court-métrage, primé à plusieurs reprises, est né d’un rêve: voir sa mère algérienne, analphabète, lire Molière.

Elle a toujours alterné ou mêler le théâtre et le cinéma: récemment, elle était la parfaite réincarnation de Oum Khalsoum dans la mise en scène de Oum au Théâtre d’Ivry; sa dernière interprétation au cinéma, dans Inch’Allah dimanche, est en même temps subtile, froide et bouleversante. Elle y incarne Zouina, arrivée en France avec ses trois enfants pour rejoindre son mari ouvrier, qu’elle n’a pas vu depuis 10 ans.
Les cinéastes algériennes célèbrent la journée de la femme au Forum des images | Antonia Naim
Yamina Benguigui, quant à elle, est très discrète sur ses qualités de cinéaste, pourtant reconnues, et elle met en avant sa comédienne, puis son propre cheminement pour arriver au cinéma, non sans ruptures familiales.
«Je vivais dans une ville de province et c’est au ciné-club de la ville que j’ai vu pour la première fois America, America de Elia Kazan. Cela a été un choc, on pouvait donc raconter l’immigration.» Dans sa famille le silence régnait sur ces questions. Son père, ancien membre du Mouvement national algérien, le concurrent malheureux du FLN dans la guerre de libération, n’avait qu’une obsession, le retour au pays. «C’est moi qui suis partie. Ma rencontre avec Jean Daniel Pollet a été déterminante, nous avons travaillé sur plusieurs films, puis j’ai monté une société avec Rachid Bouchareb et nous avons produit ses films, Bâton rouge, Cheb… Le thème de l’immigration était toujours présent.

C’est ainsi que j’ai réalisé mon premier documentaire, Femmes d’Islam, puis Mémoires d’immigrés. Je me considère comme une cinéaste militante, qui navigue entre l’Algérie et la France, ou plutôt l’Europe. La Zouina de mon film aurait pu être grecque, juive, italienne…». L'Algérie au féminin, c’est finalement la Méditerranée des femmes des deux rives. Et la rencontre avec le cinéma lui offre un bel avenir.


Les films projetés lors de la manifestation L’Algérie au féminin au Forum des Images:
Le vent des Aurès, de M. Lakhdar Hamina, 1966
Premier pas, de M. Bouamari, 1978
Samia, de P.Faucon, 2000
Inch’Allah dimanche, de Yamina Benguigui, 2001
Le petit chat est mort, de Fejria Deliba, 1991
La femme dévoilée, de Rachida Krim et Hamid Tassili, 1998
Chemin de traverse, de Malika Tenfiche, 2000
Pimprenelle, de Yamina Benguigui, 2000
Dounia, de Zaida Ghorab-Volta, 1997
La Nouba des femmes du Mont Chenoua, de Assia Djebar, 1977 Antonia Naim
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