Abou Lagraa embarque sa Baraka à Alger | Fadwa Miadi
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Fadwa Miadi   
Abou Lagraa embarque sa Baraka à Alger | Fadwa Miadi
Abou Lagraa - © Eric Boudet
Sacré meilleur danseur international de l'année 2009, Abou Lagraa recevra cette distinction le 12 mai prochain lors de l'International Movimientos Dance Festival, l'un des rendez-vous phare des professionnels de la danse. Rencontre pleine d'enthousiasme avec le chorégraphe franco-algérien qui a fondé, voilà une dizaine d'années la Baraka, une compagnie qui porte bien son nom.

«Cette consécration me fait très plaisir et m'honore. Il y a maintenant 20 ans que j'ai entamé ma carrière de danseur et dix ans que je signe également des chorégraphie», confie celui qui dit avoir découvert la danse par hasard à Annonay, sa ville natale. «Une amie m'a proposé de prendre un cours de jazz. J'avais 16 ans et au bout d'une heure, j'ai su que j'en ferais mon métier. Ce fut un véritable coup de foudre. J'avais trouvé le moyen de m'exprimer et de m'épanouir», poursuit ce jeune homme de 39 ans.

Pour ce lyonnais d'adoption, né d'un père algérien et d'une mère égyptienne, danser revient à s'interroger sur l'homme, l'existence, la place de l'homme et surtout comment arriver à vivre ensemble avec nos différences, à construire un monde nouveau avec énergie et confiance.

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Abou Lagraa (Photo Michael Cavalca)
Aujourd'hui des projets, Abou Lagraa, qui a déjà une dizaine de chorégraphies à son actif, en a à la pelle. L'un de ceux qui lui tiennent le plus à cœur lui a été confié par Khalida Toumi, la ministre de la culture algérienne, et consiste à développer l'art chorégraphique en Algérie. Cette ambitieuse entreprise, à laquelle il participe en qualité d'artiste associé, devrait démarrer en janvier prochain et visera à « dépoussiérer » le ballet national algérien créé en 1962, juste après l'indépendance du pays. Rien ne pouvait émoustiller plus Abou Lagraa que former une nouvelle génération de danseurs dans le pays de ses racines. Formés au classique, la vingtaine d'artistes qui travaillera avec le fondateur de la Baraka sera initiée au contemporain, au moderne, au hip hop mais aussi à l'écriture Abou Lagraa. Comment la définit-il? «Ma gestuelle est un mélange de toutes ces tendances qui est en même temps très emprunt de mes origines. Il y a, par exemple, beaucoup de mouvements du bassin, des épaules et des avant-bras mais aussi des mains», précise-t-il. «Avec ce projet, j'ouvre un pont culturel entre la France et l'Algérie», confie celui qui se dit très heureux de retourner dans ce pays où il n'a pas eu l'occasion de remettre les pieds depuis 20 ans. «J'entends montrer que les Algériens sont ouverts et casser les barrières», poursuit-il. Le résultat du travail avec le ballet algérien donnera lieu à un spectacle qui sera montré à Lyon en 2010 et qui se poursuivra par une tournée européenne.

«Cette expérience m'apporte un nouvel élan de créativité. Car ici en Europe on tourne en rond. La crise n'est pas seulement économique et financière, il y a aussi une crise en termes de créativité et d'ouverture d'esprit», confie Abou Lagraa qui n'aime rien plus que mixer les genres et les cultures dans son travail chorégraphique.

Les autres projets de la Baraka? La troupe, en résidence de production aux Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux jusqu'en 2011, sera présente aux Rendez-Vous Chorégraphiques à Sceaux les 5 et 6 mai prochains.
Et en attendant de voir comment il métamorphosera le ballet national formé à l'école russe, le public algérien pourra découvrir la surprenante et aquatique Allegoria Stanza, l'une des créations d'Abou Lagraa, le 18 mai à Alger (Théâtre El Mouggar), le 21 au Théâtre Régional d'Oran et le 24 mai au Théâtre Régional Sidi Bellabes. Ou encore lors de la clôture du festival panafricain le 20 juillet à Alger où il montera un nouveau spectacle en collaboration avec le compositeur et metteur en scène Farid Aouamer.
Les autres pourront le regarder danser, en duo avec sa gracieuse femme, Nawal Ait Benalla, le 14 mai à 20h30 sur Arte, qui diffusera à l'occasion de la remise du prix du Meilleur Danseur International un extrait D'Eux Sens, la dernière pièce de La Baraka. Cette chorégraphie sensuelle est inspirée des poèmes souffis d'Omar Khayam qui évoquent «la vie de tous les jours, l'amour, l'espoir, la beauté, la mort et la vie, et de nouveaux commencements...», résume Abou Lagraa.

Fadwa Miadi
(28/04/2009)





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