Festival Panafricain d’Alger, le pari du rêve | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
En ce mois de mars à Alger, rien n’indique qu’un événement culturel d’envergure africaine se prépare activement, à moins d’aller sur la côte où se construit un village pour l’accueil des délégations ou sur les hauteurs pour constater la grande réfection de l’hôtel Aurassi. La deuxième édition du Festival panafricain est pourtant prête à démarrer le 5 juillet prochain. Le premier festival du genre organisé en 1969 est désormais entré dans la légende.

Festival Panafricain d’Alger, le pari du rêve | Ghania Khelifi
Hôtel El-Aurassi, Alger © Louis Colli

Cette coupure de 40 ans a alimenté le mythe et la nostalgie de ce temps d’insouciance de l’Algérie ivre de sa toute nouvelle indépendance. Les jeunes algériens, en fait tous les moins de 50 ans, montrent plus de curiosité que d’engouement. L’Afrique pour eux se résume aux africains sans papiers sur le square Port- Said, ce sont les guerres ethniques, la misère. C’est un continent que l’on tente de quitter à tout prix même s’il faut y laisser sa vie dans les eaux de la Méditerranée.
Manil, étudiant de l’INC, la très chic école de commerce, le Panafricain «comme leur truc là de la culture arabe? Bof». Nous lui apprenons que Kamel Ouali (le chorégraphe franco- algérien de la StarAC l’émission de télévision française) est prévu au programme. «S’il y’a des gens comme ça c’est intéressant. PArtie Shepp, Manu Dibango, il connaît pas. Myriam Makeba est pour lui une relique de vieux. Le premier pas de l’homme sur la Lune en cette année 69 est «normal». Pour les aînés c’est «ya hasrah!» que l’on peut traduire à peu près par le «bon vieux temps».
Rabah, un expert comptable de 60 ans, a une mémoire très sélective: «je me souviens des jeunes femmes africaines qui se promenaient les seins nus au marché de mon quartier d’alors. Tous les matins on les attendait avec les copain». Moins osé son ami Tewfik soupire après «l’Algérie du défunt président Houari Boumediene - Allah ya rahmou - (Dieu ait son âme). On nous appelait la Mecque des révolutionnaires, Eldridge Cleaver habitait ici, les chefs palestiniens, les sud-africains de Mandela, tous venaient ici demander de l’aide. Il faut dire que nous avions des vrais hommes à la tête du pays». Tewfik, comme beaucoup d’algériens de son âge, gomme volontiers les défauts d’une époque où il fallait une autorisation pour sortir du pays et un bon de l’administration pour s’acheter un réfrigérateur et ne retient que sa grandeur supposée et son aura internationale.
L’édition de 1969 avait banni la langue berbère et des artistes kabyles avaient été interdits de participation. Malgré tout le festival panafricain de 69 reste dans les mémoires, imbriqué aux souvenirs d’une extraordinaire ambiance de convivialité, de découverte des autres peuples africains encore sous domination coloniale pour certains, du rêve d’un monde sans frontières qui animait la jeunesse d’alors. La voix de Myriam Makeba s’est tue depuis, la Lune n’est plus qu’une banlieue de la terre, les mouvements de libération sont rentrés sagement dans les manuels d’histoire, l’Algérie n’est plus socialiste, le tamazight reconnu par la Constitution comme langue nationale.
Le pari à relever n’est pas tant au niveau de l’organisation matérielle, 5 milliards de dinars algériens (environ 75 millions de dollars) ont été débloqués par la loi de finances 2008. Aucun obstacle politique majeur au succès de l’entreprise (en dehors du conflit entre le Maroc et le Sahara Occidental) non plus. L’initiative algérienne a été approuvée par les présidents de l’Union Africaine à Khartoum en 2006, et 44 pays du continent ont déjà confirmé leur participation. Théâtre, musique, cinéma, danse ….tous les arts seront représentés, l’Afrique dans toutes ses couleurs. Il reste aux organisateurs le plus difficile; faire partager ces moments à la population, l’impliquer dans le retour de la convivialité et de l’émotion, rappeler aux jeunes leur dimension africaine et leur rappeler, l’espace de ce festival, qu’au sud de la Méditerranée la beauté existe.


Ghania Khelifi
(06/03/2009)


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