Des formes et des couleurs au féminin | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Samia Merzoug: je m’amuse avec les couleurs
Des formes et des couleurs au féminin | Ghania Khelifi
Il y’a sept ans, Samia Merzoug faisait sa mue. Changement de look d’abord pour un visage sans maquillage et des vêtements simples et confortables. La jeune fille qui revenait d’une formation d’esthétique et maquillage à Paris cédait la place à la céramiste. «Je savais qu’être esthéticienne n’était pas mon avenir. J’aime dessiner depuis mon enfance et je cherchais sans réellement savoir quoi, un moyen d’en faire mon métier. Un jour un ami me propose de travailler dans un atelier de céramique qui était «en panne» de décorateur. J’ai été prise et j’ai peint des motifs sur des poteries pendant trois ans. J’ai appris ainsi le métier sur le tas mais je commençai à m’ennuyer. J’avais des idées et j’avais envie de faire mes modèles. J’ai décidé de me lancer et de créer mes propres objets». Les parents lui prêtent alors le garage de la maison familiale et aidée de sa sœur diplômée des Beaux-Arts, Samia laisse libre cours à son Des formes et des couleurs au féminin | Ghania Khelifiimagination. «j’ai eu des périodes flashy avec des couleurs éclatantes puis je suis passée aux tons bruts, des bruns et des ocres. Et j’ai ensuite compris qu’il fallait écouter la pièce parce que c’est souvent elle qui décide de sa couleur, de ses dessins. Moi je m’amuse avec les couleurs au moment de l’émaillage. On a parfois de magnifiques surprises! Et selon l’inspiration j’utilise d’autres matières sur l’argile, du bois, des clous, du métal et même des grains de riz! Ce n’est jamais la fonction de l’objet qui dicte son aspect.». L’atelier de Samia qu’elle a appelé «Soupçon d’Art» parce que ce «n‘est pas un atelier d’art quand même!» est à présent connu et compte une bonne clientèle, particuliers et entreprises. Dans les grosses commandes, les objets ne sont jamais réellement identiques car «il est difficile de reproduire la même pièce, on se laisse aller à des petites améliorations ou modifications». Samia ne parle pas d’argent ou de rentabilité, mais toujours de ses futures créations car «je suis loin d’avoir fait le tour de la céramique». Pourtant elle a tout appris de la difficulté à s’imposer comme artiste dans un domaine où l’on croit encore qu’il faut la force d’un homme pour tourner le tour. Samia nous montre justement le sien de tour «je le tourne très bien! et d’autres femmes aussi». Celle que l’on appelait dans sa famille «l’avocat du diable» quand elle était petite est contrainte aujourd’hui de jouer à la «naïve» pour arriver à ses fins «avec les importateurs d’argile, et les fournisseurs d’autres matières je fais presque la débile pour obtenir ce que je veux. Une jeune femme qui a les mains dans l’argile et qui sait de quoi elle parle, ça dérange». Samia a de qui tenir, sa grande sœur a fait la grève de la faim plusieurs jours pour obtenir de ses parents qu’elle s’inscrive à l’école des Beaux arts. Après un long moment de silence elle dira comme si elle venait juste de le réaliser «finalement ce métier c’est quelques déceptions mais beaucoup de bonheur».


Des formes et des couleurs au féminin | Ghania KhelifiSouad Delmi Bouras: nos formes dérangen
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Sous des airs de douce jeune fille, Souad, est une vraie battante, une révoltée. Par coquetterie ou provocation, on ne sait, elle joint à son CV une photo d’elle quand elle avait six ans. A la médecine, souhait de sa mère, elle préfère des études de designer aménagiste. Elle ne savait pas alors toutes les difficultés à travailler dans l’art en Algérie. Catégorique elle affirme que «l’artiste ne peut pas s’exprimer librement dans notre pays parce que l’environnement n’aide pas à la création. En dépit d’un patrimoine culturel riche, il n’existe pas de vraie politique culturelle. Les industriels sont réticents et ils n’investissent pas dans le design et la création. Il n’existe pas de lien entre les créateurs et les fabricants.». Dans l’entrée de ses bureaux, une très belle pièce, un portemanteau en wenge témoigne du talent de Souad. Cette pièce appelée «la Petite dame» attend encore un fabricant inspiré pour une production en série. Sa dernière création «TAM» un tabouret qui s’inspire des formes d’un instrument de percussion maghrébin a eu un grand succès dans les expositions locales ou étrangères. Mais rien de concret pour sa production. C’est cela pourtant pour elle la véritable consécration même si elle est lauréate du premier prix du concours des Nations Unies pour la création d’un logo pour la lutte contre le SIDA. «Il ne suffit pas d’imaginer si la main d’œuvre qualifiée fait défaut ne cesse de répéter la jeune fille. «J’avais exposé quelques uns de mes objets à l’Expo bois et j’entendais les gens qui disaient c’est futuriste! A certains j’ai pas pu m’empêcher de répondre non c’est nous qui sommes en retard! je crois vraiment que nos formes dérangent». Les gens, continue Des formes et des couleurs au féminin | Ghania Khelifil’artiste avec des éclairs dans les yeux, confondent artisanat et art. Ce n’est pas du tout pareil, l’artisan reproduit et l’artiste innove, crée». Souad est ce que l’on appelle une artiste engagée si l’on entend par engagement ses efforts pour libérer la création et donner de la visibilité aux artistes. Membre fondateur de l’association Action et Culture et de la fondation Asselah Hocine, du nom du directeur de l’Ecole des Beaux arts d’Alger assassiné avec son fils en 1994 par les islamistes armés à l’entrée de l’établissement, elle ne rate aucune opportunité pour réhabiliter la création et l’imagination tragiquement mises à mal ces dernières dix années en Algérie. Elle fait partie de ces jeunes algériens qui refusent de céder à l’appât du gain par une production médiocre et kitch si appréciée par les nouveaux riches. Une chose est sûre, Souad n’est pas prête à faire des concessions sur son exigence d’innovation et d’esthétique. Nul doute que son rêve de créer «un showroom» pour réaliser tous ses projets d’objets et de mobiliers finira par voir le jour.

Ghania Khelifi
(02/06/2008)

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