L’art de montrer de Kamel Mennour | Fadwa Miadi
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Fadwa Miadi   
  L’art de montrer de Kamel Mennour | Fadwa Miadi L’ouverture de sa galerie, il y a une dizaine d’années au coeur de Saint-Germain des Près en a fait jazzer plus d’un. «C’est un millionnaire libanais», murmurait-on par ci. «Non c’est le fils d’un scheik riche en pétrodollars», ragotait-on par là.
Kamel Mennour, 39 ans, look bcbg, n’est ni l’un ni l’autre. C’est juste un self-made-man comme on en croise de plus en plus en France. Son parcours est de ceux qui incitent à mettre au placard préjugés et autres idées reçues. A l’inverse de la plupart de ses confrères, notre homme n’a pas été biberonné à l’art. Né en Algérie d’un père peintre … en bâtiment et d’une mère au foyer, il a tout juste quinze mois lorsqu’il débarque en France. Rien ne le prédisposait donc à devenir le propriétaire de l’une des galeries d’art contemporain les plus dynamiques de Paris.
Une fois son bac en poche, il ne s’inscrit pas en histoire de l’art mais en économie. Parallèlement à ses études à Paris I, il cumule des petits boulots. En tant que fils aîné, il prend à coeur d’aider sa mère, divorcée entre temps, et contrainte de faire des ménages ou de s’improviser chauffeur de taxi, pour ne pas tirer le diable par la queue. Au hasard des petits jobs, il sera amené à vendre des lithographies à des comités d’entreprise. Il effectue alors ses premiers pas dans la vente d’œuvres d’art. À 22 ans, il décide de s’en tenir à une maîtrise d’économie et de créer une société de distribution de gravures et de lithographiques au grand dam de sa mère qui s’exclame: «Comment! Tu vas vendre des cadres! T’es devenu un gitan!»,
Et les œuvres qu’il vend alors n’ont rien à voir avec celles que l’on voit sur ces cimaises aujourd’hui. Car aiguillonné par sa curiosité, il finira par tomber dans le virus de l’art contemporain. Il lit tout ce que les librairies spécialisées proposent en la matière. Il écume les musées et autres galeries puis finit par ouvrir la sienne au 60, rue Mazarine en 2000. A ce premier espace qui devient vite incontournable, succèdera trois ans plus tard un autre au 72 de la même rue.
S’il s’est d’abord fait un nom en montrant des photographes internationaux comme Jan Saudek ou le sulfureux Nobuyoshi Araki, Kamel Mennour sait aussi s’enthousiasmer pour de jeunes artistes de sa génération qui comme lui ont leur racine de l’autre côté de la mer. Citons notamment la libertine Lamia Ziadé ou la nostalgique Zineb Sedira.
Et le succès est toujours au rendez-vous. La preuve? Pour la deuxième année, l’un de ses «poulains» est présélectionné au prix Marcel Duchamp décerné à l’occasion de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) qui se tient cette année du 26 au 30 octobre 2006. L’an dernier c’était Kader Attia, un plasticien français d’origine algérienne, dont les travaux thématisent notamment la vie dans les banlieue, l’islam et l’«intégration» aurait largement mérité la récompense. Cette année c’est Adel Abdessemed, artiste également d’origine algérienne et à qui Kamel Mennour consacre une prochaine exposition, qui concourt pour cet équivalent des Césars de l’art contemporain.


Fadwa Miadi
(02/10/2006)
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