Souad Massi chante sa Méditerranée | Souad Massi, Hannane Bouzidi
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Hannane Bouzidi   

Souad Massi chante sa Méditerranée | Souad Massi, Hannane Bouzidi Aujourd’hui, presque deux ans après la sortie de votre deuxième album solo, vous êtes une star consacrée (nomination aux Victoires de la Musique, aux World Music Award, Disque d’or, prix de l’Académie Charles Cros)...
Ah non, il faut enlever ces mots! (rires).
Bon, reconnue si vous préférez...

Avec le recul, comment percevez-vous aujourd’hui Deb? Est-ce pour vous un album plus abouti que Raoui? Y changeriez vous quelque chose?
Non, je n’y changerai rien. Les deux albums sont des expériences différentes qui m’ont énormément enrichie. Il faut tout prendre, tout en prenant du recul. C’est ce que je m’efforce de faire en réalisant et produisant moi-même mes albums.

Dans une interview donnée en 1999 à Mondomix, vous avez dit ne pas avoir de style propre. Pourriez-vous dire aujourd’hui que vous avez trouvé votre style ? Ou êtes-vous toujours à sa recherche?
Non, je ne l’ai pas encore trouvé, je le cherche encore. Je finirai bien par le trouver...(rires). Je n’ai pas envie de m’enfermer dans un style, vous verrez mon 3e album, il est très éclectique.
(sortie prévue à l’automne)

On retrouve dans votre musique de nombreuses influences (indienne, flamenca, reggae, rock...), et à la fois une tradition de la chanson d’auteur algérienne (chaâbi), avec des textes poétiques parlant de l’amour, de l’amitié, du déracinement. A ce sujet, comment est perçu votre succès par le public algérien ? Y-a-t-il des critiques?
Le peu de critiques dont j’ai écho, c’est à travers ma famille et mes amis. La presse algérienne fait de très bonnes critiques, je passe régulièrement à la radio. Ils sont un peu fiers, quand même (rires). J’ai le projet d’aller tourner en 2006 en Algérie. D’ailleurs, mon propre frère est musicien, ses critiques sont importantes pour moi.

Poutant, ce succès n’a pas toujours dû être facile à porter: je fais référence à Ya Kalbi, votre chanson sur les mauvaises langues, et à Bab el Madhi, sur une amitié qui finit mal.
Oui, bien sûr. J’ai eu beaucoup de difficultés au début, j’ai dû me battre. Mon arrivée en France a beaucoup favorisé les choses. Ces chansons étaient effectivement très personnelles. Ya Kalbi, c’était surtout pour ma mère qui a dû affronter les mauvaises langues, c’est elle qui les a endurées. J’ai répondu pour elle, à ma façon. Souad Massi chante sa Méditerranée | Souad Massi, Hannane Bouzidi En Algérie, vous avez été censurée et victime, avec d’autres, des doubles préjugés sociaux à l’encontre des femmes et des artistes, surtout après avoir soulevé à la télévision algérienne la question du «code de la Famille». Depuis vous vous êtes installée en France où vous jouissez, dites-vous, d’une plus grande liberté artistique. Ne vous sentez-vous pas malgré tout coupée de votre source d’inspiration, de votre pays?
Je ne me sens pas coupée de ma source d’inspiration, je retourne dès que je peux en Algérie. Et même ici en France, j’ai de nouvelles sources d’inspirations: j’ai connu ce que c’est d’être étrangère, de ne pas avoir sa famille, ses amis. Je connais l’exil.

Vous avez dit «adorer l’Europe» et vous sentir aujourd’hui chez vous en France ; pourtant, dans Yemma (Maman), vous vous demandez «comment ai-je fait pour rester, comment ai-je fait pour tenir», et évoquez le froid, la solitude...
Oui s’exiler, ça commence par être loin de sa famille, de ses amis, de sa langue. C’est se retrouver seule du jour au lendemain dans un petit studio. Or, j’ai grandi dans une grande famille. Et puis j’ai du mal a m’adapter au climat...Le soleil me manque, et pas seulement lui, cela représente bien plus: c’est tout une culture.

Souad, cette interview sera publiée sur un site dédié aux cultures méditerranéènnes. Que représente pour vous la Méditerranée?
La Méditerranée, c’est ma mère! j’adore les différentes musiques, les cultures de la Méditerranée. Lorsqu’on me sollicite pour aller chanter en Espagne, en Italie, au Liban ou en Grèce, je ne réfléchis même pas, je dis oui tout de suite et je suis toujours contente. Vous savez, les pays où le soleil se couche à quatre heures de l’après-midi, c’est dur tout de même...

Vous sentez-vous représentative d’une jeunesse algérienne en mal d’avenir? (référence aux chansons Le bien/le mal, Theghri (SOS) et Houria (liberté))
Non, c’est une grande responsabilité vous savez. Je ne voudrais pas faire cela, je fais mon métier avec beaucoup d’amour et comme je le sens. C’est lourd de représenter une génération. J’essaie de donner une bonne image de l’Algérie, de la jeunesse, je parle de ce que j’ai vécu. Ensuite, il est vrai que des personnes se retrouvent dans mes chansons.

Aujourd’hui, artiste reconnue en Algérie, en France, en Angleterre, vous préparez votre 3e album. Quelles sont les choses que vous avez envie d’y exprimer?
Dans le 3e album, je parle de la nostalgie, j’évoque mon enfance, ainsi que d’autres thèmes plus personnels.

Avez-vous encore besoin de rêver pour vous échapper d’une réalité algérienne encore difficile?
On a toujours besoin de rêver, je rêve toujours de l’Algérie. J’ai mal pour ce pays. Je sens qu’il y a un changement. Il y a tellement de choses négatives en Algérie, mais on est en train de reconstruire le pays.

Comment les chansons d’amour que vous écrivez et chantez en public sont-elles percues par votre famille, dans un contexte culturel ou l’amour est parfois tabou?
Non, ce n’est pas tabou, ce sont des chansons que je peux chanter chez moi, que je peux exposer. Je les chante sans aucune difficulté.

Souad, pour finir sur une touche plus légère! quel disque écoutez-vous en ce moment?
Ah, en ce moment j’écoute Marcio Faraco*, chanteur brésilien, un super guitariste.

*“Exilé poétique” à Paris depuis plus de dix ans, Marcio Faraco sort son 3e album. C’est un des chanteurs les plus singulier de la nouvelle musique populaire brésilienne. Auteur-compositeur-interprète, il a grandi à Brazilia. Dans la lignée de Chico Buarque, il alterne ballades et sambas, choeurs et mélodies mélancoliques et légères. Son album “Com tradicao” est un jeu de mot entre “avec tradition” et “contradiction”, référence au carrefour culturel dans lequel évolue l’artiste.


 

Hannane Bouzidi