Les terrasses, drame de Marzouk Allouache | Marzouk Allouache, Bab-el-Oued, La Casbah, Notre-Dame d'Afrique, Telemly, Belcourt, Rita Mitsouko
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Djalila Dechache   

Les terrasses, drame de Marzouk Allouache | Marzouk Allouache, Bab-el-Oued, La Casbah, Notre-Dame d'Afrique, Telemly, Belcourt, Rita MitsoukoTout se passe sur les terrasses, tout ce qui est sol est saturé de monde, de familles entassées, de quartiers écroulés par l'usure et l'érosion, le manque d'entretien, sans modernisation…

Cinq quartiers, cinq histoires, cinq prières journalières ; celles-ci sont entendues, expliquées avec un petit encart qui donne son sens et son usage.

Cinq quartiers de la capitale : Bab-el-Oued, La Casbah, Notre-Dame d'Afrique, Telemly et Belcourt. Cinq quartiers au nom qui parle, chargé d'histoires de maintenant et d'hier : 1830 et la colonisation française, 1954 et la guerre de Libération.

Un vieil homme est enfermé dans une niche, on ne le voit pas distinctement, il n’est plus rien, on l'entend raconter des histoires de la guerre d'Algérie à la petite fille qui vient lui porter ses repas. Mais remuer ce passé lui fait mal et il se met à hurler sa souffrance en délirant.

Ailleurs, une chanteuse attend ses amis pour une répétition. Ils se posent la question de la survie du groupe : viser haut en termes de salles ou se contenter de petits concerts par ci par là. Leur chanson en arabe dialectal signée par Merzak Allouache, sur une tonalité légère, est très significative : « on ne s'aime pas, ni d'amour, ni d'amitié, on est toujours en train de nous déchirer, de nous dégommer…… », un peu à la manière des Rita Mitsouko, « les histoires d'amour finissent mal en général ».

Ailleurs encore, dans un immeuble en cours de construction, la torture, la fameuse bassine d'eau trône sur un sol de béton brut, pour faire parler quelqu'un coûte que coûte. Ça finira mal. Il y a aussi les trois personnages venus faire un tournage sur Alger, sa baie, son panorama, en évitant les cimetières chrétien et juif, la réalisatrice sait ce qu’elle veut et insiste pour faire passer ses idées. Ça finira mal.

Non loin de là, un ivrogne occupe une buanderie qu'il prête à un cheikh exorciseur auprès de jeunes femmes en quête de réponse. Un apprenti boxeur fait ses entraînements sur un sac de frappe et se prend pour un champion.

Sur une autre terrasse, une dame et une jeune femme s'évitent, ne se parlent pas : l'une s’en prend à un jeune homme, drogué, sans travail, sans projet, sans argent, sans avenir, qui réapparaît à la maison après trois jours d'errance. Sa mère, mutique, est totalement déréglée par une profonde dépression. Elle était à Oran, souligne le réalisateur.

Le propriétaire de l'immeuble vient déloger la dame avec l'ordonnance d'expulsion du juge qu'il lui lance à la figure. Il se sent fort devant elle, la loi est de son côté et elle, si peu de chose ; et pourtant, elle s'en sortira avec l’aide d'un commissaire de police à la retraite….

Tout se passe sur une unité de temps et de lieu. Chaque terrasse, chaque histoire est âpre, très réelle, difficile, dramatique.

Heureusement, la scène de mariage de la fin avec l'orchestre de Châabi apporte un peu de bonheur, comme pour dire « il nous reste cela pour nous rassembler ».

Tous les comédiens sont bons, efficaces, bien dirigés, convaincants. Tous les personnages sont prêts pour le changement et pourtant: Que faire ? Le cinéaste ne répond pas. Y-a-t-il seulement des solutions réalisables aujourd’hui ? Des solutions qui apporteraient des réponses à une société en pleine mutation, en quête d’un vivre ensemble dignement, décemment, sur des valeurs et un projet commun qui serait le fer de lance d'un idéal où l'amour du voisin, de soi-même l'emporterait. Où chacun aimerait davantage et plus fort cette Algérie inscrite au plus profond des Algériens d'Algérie, de France et des quatre coins du monde.

Les terrasses, drame de Marzouk Allouache | Marzouk Allouache, Bab-el-Oued, La Casbah, Notre-Dame d'Afrique, Telemly, Belcourt, Rita Mitsouko 

 

Les terrasses, film de Merzak Allouache, 2012, sorti le 6 mai 2015 à Paris, drame 1h30.

 


 

Djalila Dechache

25/06/2015