Univers… l’Afrique | Nathalie Galesne, Abou Lagraa, Nina Simone, Nawal Lagraa, Compagnie La Baraka, Ballet Contemporain d’Alger, Eric Aldea
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Nathalie Galesne   

Des corps qui s’effleurent, s’enlacent, s’abandonnent à l’Autre…Des corps traversés par une énergie fluide qui se désarticulent soudain sur les plus beaux chants de Nina Simone… deux couples africains, deux générations, deux manières de danser, de dire l’amour, une plus suave, plus grave, l’autre plus impétueuse.

//Trois danseurs de la Compagnie la Baraka dans Univers…l’AfriqueTrois danseurs de la Compagnie la Baraka dans Univers…l’Afrique

Parfois les couples se défont et se refont autrement. « Black is the colour of my thrue loves hair » continue de chanter Nina Simone sur l’arrangement musical d’Eric Aldea. Rythme et voix font vibrer les quatre danseurs dont les costumes et les postures désignent la double appartenance. Afrique et Occident, origines et présent se mêlent dans cette première partie dansée par la compagnie La Baraka. En résidence de production à Sceaux depuis 2009, elle y restera jusqu’en 2013.

Diversité culturelle, mémoire, métissage étaient une fois de plus convoqués par le chorégraphe Abou Lagraa dans Univers…l’Afrique, sur la scène de Sceau en première mondiale du 3 au 5 mai.

«Les Africains ne sont pas uniquement ceux qui vivent en Afrique, ce sont aussi ceux qui vivent aux Etats-Unis, en Europe. C’est de ces générations dont  je parle. Les danseurs de ce quatuor sont français mais originaires du Cameroun, des Iles Comores, de la Jamaïque, des Caraïbes. Ils portent en eux ce même désir que moi, faire partie du monde sans jamais oublier leurs racines profondes, leur couleur», explique Abou Lagraa pour éclairer sa démarche.


Le spectacle articulé en deux temps, en deux « quatuors dansés » de 30 minutes sur les musiques de Nina Simone, et des groupes Organica Remix et Master at Work va en crescendo. La seconde partie, encore plus prégnante que la première, met en scène quatre danseurs du Ballet Contemporain d’Alger. Quatre jeunes hommes aux physiques très différents les uns des autres : corps petit et nerveux, large et massif (l’exceptionnel Nassim Fedal), ou encore grand et sculpté, corps qui finissent par n’en former qu’un quand leurs mouvements convergent dans un hip-hop mâtiné de contemporanéité.

//Univers…l’Afrique. Ballet contemporain d’AlgerUnivers…l’Afrique. Ballet contemporain d’Alger

Parfois un danseur se détache du groupe et sa performance se fait unique, singulière, acrobatique, solitaire. Lorsque la cohésion des corps s’interrompt, on a la sensation d’un éclatement violent : d’«un groupe dépossédé de son identité, comme le peuple algérien par le passé » lit-on dans le programme. Cependant, le foisonnement des influences reprend vite ses droits, les codes et les gestuelles interfèrent en un ballet explosif et inventif pour dire l’Afrique ouverte et plurielle.

« Sensible à la richesse de son patrimoine culturel, virtuose de la danse hip-hop, cette jeunesse insolite, curieuse d’apprendre, est en elle-même une force » déclare à propos des danseurs algériens Nawal Ait Benalla-Lagraa, responsable pédagogique du Pont Culturel Méditerranéen ... Un vaste projet de coopération de développement de la danse et d’échanges artistiques entre la France et l’Algérie. La portée hautement symbolique de ce programme de formation et de création, en ce cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, n’échappera à personne. (http://www.numeridanse.tv/channels/Lepont/)


Univers…l’Afrique est une création à la fois envoûtante et intrigante. Chacun y puisent de quoi nourrir ses propres sensations et interprétations, quelque chose d’impalpable dans le spectacle, comme une liberté à prendre, nous dit que c’est permis. La musique noire-américaine raconte pour certains les racines et les chaînes d’antan, pour ma voisine, qui s’extasie, la danse collective des jeunes algériens a des accents de West side story.

//Nawal Lagraa et Abou Lagraa. Photo Caroline Velle-LimonaireNawal Lagraa et Abou Lagraa. Photo Caroline Velle-Limonaire

« J’ai envie que les spectateurs s’identifient aux danseurs, qu’ils sortent de la salle et qu’ils aient envie, tout de suite, de tomber amoureux » confie Abou Lagraa (1). S’abandonneront-ils si facilement à l’amour ? Ce n’est pas certain, ce qui est sûr en revanche c’est l’enthousiasme et le bonheur qui crépitaient dans les applaudissements et les « bravos » du public, à la veille d’élections présidentielles dans une France où une fois de plus la multiculturalité avait été malmenée.

Un chorégraphe français d’origine algérienne, une directrice pédagogique native du Maroc, des danseurs venus d’Afrique, un spectacle réussi sur une scène française, le pont culturel raccordait bien les deux rives de la Méditerranée, en ce début de mai à sceaux.



Nathalie Galesne
15/05/2012


Chorégraphe et responsable de la Compagnie La Baraka: Abou Lagraa
Assistante artistique et responsable pédagogique du Ballet contemporain d’Alger: Nawal Lagraa
Danseurs de la compagnie La Baraka: Sarah Cerneaux, Richild Springer, Freddy Strachan, Bernard Wayack Pambe
Danseurs du ballet Contemporain d’Alger : Abderraouf Bouab, Oussama Koudria, Nassim Feddal, Zoubir Yahiaoui

(1) Pour mieux connaître le travail et la pensée d’Abou Lagraa : www.aboulagraa.com
Pour les prochaines dates du spectacle, consulter le même site

Pour retrouver les vidéos de la Compagnie La Baraka et du Pont culturel Méditerranéen:
www.neridanse.tv (rubrique Channels)