Le rapport de force peut-il changer? Imprimer
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Il est clair aujourd’hui que le futur Etat palestinien ne pourra voir le jour qu’à partir de l’établissement d’un nouveau rapport de force.
Comment ne pas mesurer, en effet, l’importance des renoncements que cet événement, s’il se produit un jour, impliquera pour Israël? Entre autres: le démantèlement des colonies existantes et le rapatriement de ceux qui y vivent ; la destruction du mur de séparation dans toute sa partie située au delà de la frontière de 1967; la levée de tous les check points et barrages divers qui jalonnent le territoire de la Cisjordanie ; l’établissement d’une continuité territoriale entre Gaza et la Cisjordanie; la levée des contrôles sur les entrées et sorties de personnes ou de marchandises vers ou en provenance de la Palestine; l’installation du nouveau gouvernement palestinien au coeur de Jérusalem-Est et l’acceptation de son intervention dans la vielle ville. Tout ceci pouvant être résumé en une phrase : il faut qu’Israël accepte de laisser se créer et vivre auprès de lui un Etat égal en droit et authentiquement souverain.
Les concessions à faire pour aboutir à ce résultat sont principalement du côté d’Israël. Elles ne pourront être acquises sans de graves conflits et soubresauts à l’intérieur de ce pays. Ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté que de penser qu’elles pourront être faites sans que d’énormes pressions ne soient exercées pour les obtenir.
Ces pressions peuvent et doivent à mon avis venir de l’intérieur comme du dehors.
De l’intérieur, c’est à dire des palestiniens eux-mêmes. Il faut qu’ils s’unissent et qu’on les laisse s’unir. Ce n’est que dans cette réunification qu’ils pourront trouver les bases et le dynamisme d’un nouveau départ.
Aujourd’hui le jeu n’est pas égal. L’autorité palestinienne s’est laissée progressivement engluer dans une situation où elle n’a plus d’atouts. Sa reconnaissance du droit d’Israël à exister n’a pas trouvé la contrepartie qu’aurait dû être l’acceptation par Israël des frontières de 1967. Sa renonciation de fait à l’usage de la force est restée unilatérale face à un pays qui brandit à tout instant la menace de Tsahal et n’hésite pas à la mettre en oeuvre, comme nous venons encore une fois de le voir à Gaza.
Ce que l’on préconise aujourd’hui comme devant être un gouvernement de «réconciliation nationale» ne peut être, à l’évidence, un simple alignement du Hamas sur les positions de l’ actuelle direction de l’autorité palestinienne. Je ne pense pas que ce puisse être non plus la reprise de positions radicales qui bloqueraient toute évolution. Un nouvel équilibre est à trouver. C’est aux palestiniens et à eux seuls qu’il revient de le définir.
Certains d’entre eux s’y sont essayés et leur tentative mérite d’être rappelée. Je fais référence ici à ce que l’on a appelé le «document des prisonniers». Il s’agit d’un texte élaboré en prison, en juin 2006, par des personnalités appartenant aux différentes factions palestiniennes, Fatah, Hamas, Jihad islamique et FPLP. Marwan Barghouti en est l’un des quatre signataires et probablement l’initiateur.
Il dessine en 17 points, sur une ligne ferme mais ouverte, ce qui aurait pu être une action commune des palestiniens face à Israël. Ce document n’a pas eu le label des formations auxquelles appartiennent ses auteurs et il n’a pas connu de suite immédiate. Mais son existence est précieuse et il peut constituer pour la suite du dialogue interpalestinien une référence utile.
Pour autant, chacun le sait, c’est du dehors que devra venir, pour qu’un Etat palestinien puisse un jour se créer, l’impulsion décisive. Je ne vais pas entrer ici dans l’analyse complexe du jeu des influences extérieures, qu’elles proviennent du monde arabe, de l’Europe ou des Etats Unis. L’Europe est divisée sur cette question. Le monde arabe l’est aussi. Je souhaite évidemment, et je me bats pour cela, que mon pays puisse, tant par son action directe que par son influence sur la politique européenne, faire avancer ce dossier dans la bonne direction. Mais je ne me fais pas d’illusion: c’est d’outre atlantique que devra venir, le moment venu, la pesée déterminante. Un Etat palestinien ne verra le jour que si les Etats Unis l’imposent à Israël.
Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, les huit années des deux présidences Bush auront été catastrophiques. Je guette, avec tous les amis de la Palestine, les premiers pas de Barak Obama. Aura-t-il le courage de rompre, là aussi, avec la politique de son prédécesseur ? Saura-t-il emprunter une nouvelle voie?
A l’heure où j’écris ces lignes, cela reste possible car le nouveau Président paraît avoir adopté sur ce dossier une prudence de bon aloi. Mais c’est encore loin d’être assuré, tant sont fortes les pesanteurs qui s’exercent à ce propos sur tout président des Etats Unis.

Jacques Fournier
(07/04/2009)


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