Une réalisation de plus en plus compromise: de la «feuille de route» au processus d’Annapolis Imprimer
babelmed   
Encore aurait-il fallu que l’on se dirige effectivement vers un tel équilibre. Ce fut, théoriquement, l’objet de la «feuille de route» mise en place en 2003 sous le contrôle du «Quartet » (Etats Unis, ONU, Union européenne, Russie).
Lorsque l’on relit ce texte aujourd’hui, on est frappé par son irréalisme et sa partialité.
Irréalisme d’un document qui fourmille de détails et définit pour sa réalisation trois phases dont la seconde aurait dû permettre, dés la fin 2003, de remplir les conditions nécessaires à la création de l’Etat palestinien tandis que la troisième aurait débouché en 2005 sur un accord définitif. On sait ce qu’il est advenu de ce beau calendrier.
Partialité d’un encadrement qui fait peser l’essentiel des obligations de la période sur l’autorité palestinienne à qui l’on impose d’assurer la sécurité sans lui en donner les moyens et vis à vis de laquelle on formule tout un ensemble d’exigences présentées comme des facteurs de démocratisation mais qui visent en fait à mettre à l’écart Yasser Arafat, dont les israéliens ne veulent plus comme interlocuteur.
A ces derniers, on demande certes de démanteler les colonies postérieures à 2001. Cette injonction, de portée pourtant bien limitée (nous sommes, je le rappelle, en 2003), ne sera jamais suivie d’effet. Bien au contraire , comme je l’ai indiqué dans une précédente chronique, l’extension de la colonisation va se poursuivre tout au long de la période.
Le quartet (c’est à dire, vu par l’un de nos interlocuteurs palestiniens, trois fois les Etats Unis, dont les points de vue s’imposent à l’Europe comme à l’ONU, plus une Russie qui ne s’investit pas vraiment dans cette opération) se réunit rituellement. Il se dote en juillet 2007, avec Tony Blair, d’un envoyé spécial décoratif, mais qui se révèlera à l’usage parfaitement transparent. L’action qu’il mène, (il faudrait plutôt dire qu’il laisse se dérouler), est celle que couvrent les Etats Unis.
Le point d’orgue de cette gesticulation sans effet concret sera la conférence d’Annapolis, en décembre 2007. On annonce à son de trompe la relance de la négociation. On convie Ehud Olmert et Mahmoud Abbas à se rencontrer chaque mois sous le contrôle vigilant de Condolezza Rice qui multiplie les aller-retours au Proche Orient. Tout cela pour déboucher un an plus tard, comme nous le confirmait en novembre l’un des collaborateurs de Tony Blair, sur un bilan totalement négatif.

Jacques Fournier
(07/04/2009)

mots-clés: