Les bases possibles d’un accord: Taba, Beyrouth, Genève Imprimer
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Voici de nouveau, après la trêve intervenue à Gaza, les diplomates à l’oeuvre. Avec toujours autant d’aplomb. Et après avoir fait beaucoup de dégâts. Je ne parle pas ici des hommes et des femmes dont j’ai pu, notamment au niveau de la représentation française à Jérusalem, apprécier la lucidité et le dévouement. Je vise en revanche la politique qui a été suivie par l’Union européenne, dans le sillage d’Israël et des Etats Unis.
«L’isolement du Hamas est jugé aujourd’hui contre-productif par plusieurs pays à commencer par la France » nous apprend le journal Le Monde daté du 27 janvier 2009. Que ne s’en est-on pas aperçu dés après les élections législatives de 2006 en Palestine ! On aurait sans doute pu faire l’économie de ce qui vient de se passer à Gaza. J’attends maintenant une prochaine manchette qui pourrait être: «La mansuétude vis à vis d’Israël n’est plus de mise, estiment les chancelleries occidentales ». Mais la verra-t-on jamais paraître?
De fait, ce qu’il est convenu d’appeler la communauté internationale porte une lourde responsabilité dans le déroulement des évènements en Palestine car, en particulier sous l’administration Bush, elle a presque inconditionnellement pris parti en faveur des positions israéliennes.
Les lignes possibles d’une solution commençaient à se dessiner au début des années 2000. Mais on n’a rien fait pour s’en approcher. On a , au contraire, laissé se dégrader la situation. Aujourd’hui il ne sera possible de trouver le chemin de la paix que sur la base d’un nouveau rapport de forces, qui reste à établir.
Sur l’objectif, à savoir l’établissement d’un Etat palestinien indépendant et souverain, dans les frontières de 1967, ayant Jérusalem-Est pour capitale et s’accompagnant d’un règlement raisonnable du problème des réfugiés, les données sont relativement claires. Trois documents, me semble-t-il, éclairent le chemin. Ce sont, dans l’ordre chronologique, les conclusions du sommet israélo-palestinien tenu à Taba en janvier 2001; l’ «initiative de paix arabe» adoptée le 28 mars 2002 par l’ensemble des Etats de la ligue arabe réunis à Beyrouth; enfin le texte dit «accord de Genève» rédigé en décembre 2003 par un groupe de personnalités israéliennes et palestiniennes en recherche de la paix.
Le sommet de Taba a constitué le dernier effort de Clinton pour arriver à un résultat avant sa cessation de fonction. Il a permis de préciser bien des points qui étaient restés dans le vague lors de la rencontre de Camp David en juin précédent. Mais il est intervenu trop tard, par rapport au changement d’administration aux Etats unis et aux élections alors prévues en Israël, pour qu’en puisse sortir un accord en bonne et due forme.
L’initiative arabe est un acte important sur le plan politique en ce qu’elle ouvrait la voie à un règlement d’ensemble des problèmes de la région. Elle proposait à Israël la normalisation de ses relations avec l’ensemble des États arabes en échange d’un retrait intégral des territoires conquis en 1967, d’une solution juste et agréée de la question des réfugiés palestiniens, et de l’acceptation de la création d’un État palestinien indépendant et souverain avec Jérusalem-Est pour capitale.
L’accord de Genève n’a aucun caractère officiel. Mais il s’inscrit dans le prolongement de la négociation de Taba. Certains de ses points font débat, comme j’ai pu le constater lors d’une rencontre à Ramallah fin 2003, où les discussions furent animées. C’est notamment le cas pour ce qui concerne le problème du droit au retour, que beaucoup de palestiniens lui reprochent d’abandonner. Mais, de l’avis de la plupart des observateurs de bonne foi, l’équilibre d’un accord final entre israéliens et palestiniens, à supposer qu’il puisse un jour se réaliser, a toute chance de se révéler assez proche de celui qu’il esquisse.

Jacques Fournier
(07/04/2009)


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