De 2006 à 2008 Imprimer
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Comme le souligne le chercheur Khaled Hroub dans l’ouvrage qu’il a consacré à cette formation ( Le Hamas , 2008 , éditions Démopolis, avec une préface de Dominique Vidal), la participation aux élections législatives de 2006 représentait, de la part du Hamas, un infléchissement stratégique important. En acceptant d’entrer dans les institutions créées par les accords d’Oslo et de gouverner avec un Président engagé dans la négociation avec Israël, il faisait prévaloir en son sein le point de vue de son aile politique et ouvrait la voie à une recomposition du paysage politique palestinien. Mais il s’est immédiatement heurté à un double refus.
Celui de ses éventuels partenaires palestiniens. Les autres formations et en particulier le Fatah ne participeront pas au gouvernement dirigé par Ismael Haniyé.
Celui, surtout, d’Israël et de la communauté internationale, qui vont purement et simplement boycotter ce gouvernement, pourtant issu du suffrage populaire. Toutes formes d’aide et de coopération sont interrompues. Les mêmes qui, quelques années auparavant, avaient expliqué qu’on ne pouvait discuter avec le Président et lui avaient imposé un Premier ministre, refusaient maintenant de parler au Premier ministre et encourageaient le Président à reprendre ses pouvoirs.
J’ai pu observer directement les conséquences de cette attitude en ce qui concerne la coopération française. Nous avions, à l’occasion d’une mission que j’avais faite en octobre 2005, établi des contacts intéressants avec les services du Premier Ministre palestinien. Un coopérant français allait être désigné pour apporter son concours à leur fonctionnement. On aurait pu penser que son envoi serait considéré comme une occasion utile d’instaurer, à un niveau important, un dialogue avec les nouveaux responsables. Que nenni. C’est le contraire qui s’est produit. Il ne pouvait être question, pour un gouvernement européen, de se mettre à table avec le diable. Ce projet de coopération a été abandonné comme tous les autres.
Je me suis rendu de nouveau en Palestine en janvier 2007. Le boycottage persistait. La division entre palestiniens n’était pas surmontée. J’ai, de ma propre initiative, et grâce à l’entremise d’une amie palestinienne, pu avoir une conversation très libre avec un ministre du gouvernement Hamas : il était sur des positions qui auraient manifestement permis l’engagement d’un dialogue. Mais l’on n’en voulait pas. J’ai aussi discuté avec mes amis palestiniens, lors d’une conférence faite à Bir Zeit, de l’éventuelle constitution d’un gouvernement d’union nationale associant le Hamas et le Fatah : l’observation des expériences françaises de cohabitation ne pouvait-t-elle pas leur être utile?
On a pu penser un moment, quelques semaines plus tard, que ce schéma allait pouvoir se concrétiser. Un gouvernement d’union a effectivement été constitué. Mais il a été immédiatement le siège de très fortes tensions internes, notamment pour ce qui touche au sujet névralgique du contrôle des services de sécurité. Et, une fois encore, les pressions internationales n’ont fait qu’encourager la division : maintien du boycott, refus de discuter avec les ministres issus du Hamas. Si l’on avait voulu encourager l’aile la plus dure de ce mouvement, on ne s’y serait pas pris autrement.
Sur la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza en juin 2007, les versions divergent: action délibérée de la part de la branche militaire du Hamas? Mesure préventive d’une opération similaire préparée contre le Hamas par l’Autorité Palestinienne? Je ne saurais prendre parti. Mais, ce qui est sûr, c’est que l’éphémère gouvernement d’union nationale a volé en éclats et que la division s’est approfondie plus que jamais entre palestiniens, affaiblissant gravement leur capacité d’action vis à vis d’Israël.
J’en arrive ainsi à ma dernière visite, il y deux mois à peine, bien que cela puisse paraître maintenant beaucoup plus loin, compte tenu de ce qui s’est passé entre temps. Trois observations principales en sont ressorties pour moi.Le souhait profond d’un retour à l’unité que l’on ressent du côté de la population, aussi bien dans les couches populaires que parmi les universitaires et autres personnalités que nous avons rencontrés.
Le maintien de positions intransigeantes vis à vis du Hamas parmi une bonne partie des cadres du Fatah en Cisjordanie. Au delà des appels rituels à l’union, les critiques sont acerbes et montrent que la réconciliation n’ira pas de soi.
La confirmation du rôle que jouent les influences étrangères dans la persistance de la division. «L’autorité palestinienne», nous a expliqué l’un de ceux qui préparent pour elle le dossier des négociations, «a été placée, à Annapolis, devant l’obligation de faire un choix entre deux politiques: l’engagement d’une négociation avec Israël sous contrôle américain ou la conduite d’un processus de réconciliation avec le Hamas. Il n’était pas question qu’elle puisse poursuivre simultanément ces deux démarches. Elle a choisi la première solution». Pour déboucher un an plus tard, c’est moi qui reprend ici la parole, sur un résultat totalement négatif….

Et maintenant?
Plusieurs scénarios sont possibles après l’opération de guerre menée par Israël à Gaza : reprise du contrôle de Gaza par l’Autorité palestinienne ; maintien de la division actuelle, avec le Fatah au pouvoir en Cisjordanie et le Hamas au pouvoir à Gaza ; reconstitution durable d’un gouvernement d’union nationale ayant autorité sur l’ensemble des territoires.
Je ne sais lequel de ces scénarios prévaudra.
Le dernier sera sans aucun doute très difficile à mettre en oeuvre. Mais je suis intimement persuadé que c’est le seul qui puisse permettre aux palestiniens, en associant l’expérience de l’OLP et la combativité du Hamas, de recommencer à avancer vers la réalisation de leur objectif, à savoir la création d’un Etat palestinien indépendant et souverain, dans les frontières de 1967, ayant Jérusalem-est pour capitale. Je me propose de revenir sur ce point dans la prochaine et dernière chronique de ce «Retour de Jérusalem».

Jacques Fournier
(07/04/2009)


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