Eté 2000 | babelmed
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Ma première mission en Palestine, au cours de l’été 2000, a été accomplie en collaboration avec l’un de mes collègues du Conseil d’Etat français, Terry Olson. Elle s’inscrivait dans le cadre de la coopération administrative entre la France et l’autorité palestinienne et elle avait pour thème: «état de droit, coordination gouvernementale et contrôle juridictionnel de l’administration dans les territoires palestiniens».
Le processus lancé par les accords d’Oslo poursuivait alors son déroulement. La rencontre du camp David, qui visait à permettre de franchir une nouvelle étape, n’avait certes pas abouti. Mais tout restait encore ouvert. Les pourparlers continuaient. Au niveau qui était le mien, il s’agissait d’aider à la mise en place des bases juridiques et administratives du futur Etat palestinien. Une «Autorité» avait été installée. Son Président et un Conseil législatif avaient été régulièrement élus. Un projet de loi fondamentale avait été adopté par le Conseil législatif mais il n’avait pas encore été promulgué par le Président. Beaucoup restait à faire pour faciliter l’instauration d’un réel état de droit. Nous avons, mon collègue et moi, relevé sur ce point un certain nombre d’insuffisances: concentration excessive du pouvoir, obscurité des processus de décision, chevauchements de compétence entre ministères, absence d’une culture administrative de base. La transition des méthodes de travail de l’OLP, organisation de libération nationale agissant hors des frontières et dans la clandestinité, vers celles du gouvernement démocratique en charge des intérêts du pays et des besoins de sa population, que préfigurait l’Autorité palestinienne, n’était visiblement pas achevée. Mais nous avions noté aussi de nombreux aspects positifs, en particulier la qualité des ressources humaines, attestée par un niveau élevé d’éducation et une large ouverture culturelle et la vitalité de la société civile au sein de laquelle plusieurs organisations oeuvraient à la défense des droits de l’homme.
Politiquement, à l’époque, le prestige du Président Yasser Arafat n’était pas entamé, non plus que la prééminence de son parti, le Fatah. Certes le désenchantement était déjà grand, au sein de la population palestinienne, qui constatait que la mise en oeuvre des accords d’Oslo n’avait pas amélioré, et qu’elle avait même sur certains points aggravé, les conditions de la vie quotidienne: la colonisation continuait, les check points s’étaient multipliés. Mais Arafat, certes non dépourvu de défauts, n’en était pas moins un homme politique d’envergure. Il a toujours senti les aspirations de son peuple, veillé à maintenir son unité et gardé sa capacité de résistance vis à vis d’Israël.
Arafat n’était pas seul. J’avais notamment rencontré au cours de ma mission deux responsables du Fatah qui allaient au cours des années suivantes jouer un rôle important, sur des registres différents: à Gaza, Ahmed Qurei, qui était alors président du Conseil législatif avant de devenir plus tard Premier ministre et qui est aujourd’hui en charge de la négociation avec Israël; à Ramallah, Marwan Barghouti, qui était à l’époque responsable du mouvement pour la Cisjordanie.
J’ai été particulièrement impressionné par l’entretien que nous avons eu avec Marwan Barghouti, un homme de la seconde génération des dirigeants palestiniens, ceux qui ont commencé leur carrière en luttant de l’intérieur contre l’occupation israélienne, Il nous est apparu comme un homme énergique, lucide, ne pratiquant pas la langue de bois. Sans remettre en cause son allégeance, il s’était clairement démarqué de certaines des méthodes de gouvernement pratiquées par Yasser Arafat, en particulier ce qu’il appelait la «short way», permettant aux privilégiés qui pouvaient aller jusqu’à lui d’obtenir directement des décisions relevant du bon plaisir du Président. Marwan Barghouti incarnait au sein du Fatah une ligne ferme que je crois juste. Il condamnait les attentats suicides sur le territoire d’Israël mais il n’excluait pas la lutte armée contre l’occupation dans les territoires palestiniens. Il a été arrêté par Israël en 2002 et, pour faire bonne mesure, condamné en 2004 à cinq peines de prison perpétuelle.
Quant au Hamas, créé en 1987, il occupait déjà une place importante dans la vie palestinienne, notamment à Gaza. Il ne faisait pas partie de l’OLP et n’était pas entré dans le mécanisme institutionnel mis en place par les accords d’Oslo. Il avait à sa tête un chef respecté, le cheikh Yacine, qu’Israël devait assassiner en 2004 avec neuf membres de sa famille. Mais l’opposition qu’il constituait, comme celle d’autres formations moins importantes, n’offrait alors en aucune manière une alternative à l’autorité du Président Arafat et de son parti le Fatah.

Jacques Fournier
(07/04/2009)


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