Gaza: cantonnement sécuritaire | babelmed
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C’est à Gaza que la situation sur le terrain a le plus évolué au cours des dernières années. Y sont survenus deux évènements majeurs : le retrait des colonies israéliennes et la prise de contrôle de la zone par le Hamas.
Je reviendrai sur ce second aspect dans une prochaine chronique, consacrée à la division du camp palestinien.
S’agissant du retrait des colonies il montre le réalisme de la politique israélienne. Gaza est, on le sait, une zone extrêmement dense qu’habitent environ un million et demi de palestiniens dont le niveau de vie est particulièrement bas et dont la moitié ne vit que grâce aux subsides de l’UNWRA. 30% de ce territoire étaient occupés par une infime minorité de 6000 colons israéliens. Cette situation, grosse de provocations, était intenable sur le long terme. Ariel Sharon a eu le courage d’y mettre fin en 2005 et il faut lui en savoir gré. Mais il l’a fait unilatéralement, sans intégrer ce geste dans la recherche d’une solution négociée du conflit. Ce faisant il a continué à affaiblir l’Autorité palestinienne et ce n’est pas resté sans conséquence sur la suite des évènements.
La victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes en 2006 puis sa prise du pouvoir dans la bande de Gaza en 2007, ont créé une situation nouvelle, à laquelle Israël ne s’attendait pas et qu’il gère dans une relative incertitude.
La bande de Gaza a été décrétée «entité hostile». Il n’y a à son propos ni litige territorial ni problème de colonisation. Mais Israël considère que le pouvoir qu’y exerce le Hamas constitue une menace pour sa sécurité. Il cherche en conséquence à y mettre fin, par le blocus du territoire et par des actions armées.
La frontière est fermée. Les migrations quotidiennes de palestiniens venant de Gaza pour travailler en Israël, que j’avais pu observer lors de mes premières visites, ont complètement cessé. On ne peut entrer à Gaza que muni d’une autorisation israélienne qui, à l’heure actuelle, est systématiquement refusée aux palestiniens et n’est accordée qu’au compte goutte aux ressortissants étrangers. Les marchandises, les carburants, les aliments ne passent plus. Il faut multiplier les appels et les pressions pour que, de temps à autre, les denrées de première nécessité distribuées par l’UNWRA puissent entrer, en quantité tout juste suffisante pour éviter une catastrophe humanitaire.
Dans le même temps, les armes parlent, des deux côtés. Les attaques ciblées contre les militants du Hamas ou du Jihad Islamique se poursuivent non sans provoquer ce que l’on appelle pudiquement des «dommages collatéraux», c’est à dire des victimes civiles. Si l’on se réfère à une comptabilité atroce, mais qu’il faut bien utiliser, le bilan de ces attaques est beaucoup plus lourd que celui des tirs de roquettes en provenance de Gaza qui s’abattent en désordre, le plus souvent sans faire de victimes, sur les localités israéliennes les plus proches de la frontière, Sdérot et Ashkelon.
En tous cas cette situation d’hostilité perdure. Elle a connu un certain apaisement en 2008 avec la trêve de six mois conclue entre les deux parties par l’intermédiaire de l’Egypte. Mais le blocus israélien n’a pas été levé pour autant. Au moment où j’écris ces lignes, la trêve est arrivée à expiration. Israël paraît encore hésiter sur la conduite à tenir. Maintenir la pression comme aujourd’hui? Chercher un compromis avec le Hamas? S’engager dans une opération de grande ampleur, avec tous les risques qu’elle comporte? Je ne lis pas dans le marc de café et me garderai bien de faire un pronostic.
Je souhaitais aller à Gaza lors de ce dernier voyage comme lors des précédents: afin de pouvoir prendre sur place une vue plus directe de la situation et aussi pour retrouver une ambiance à laquelle je suis attaché. J’aime cette ville. J’y ai retrouvé bien des traits des cités côtières de la Méditerranée, Oran, Alger, où j’ai vécu autrefois, Alexandrie visitée il y a peu. J’ai toujours été heureux d’y passer quelques heures au centre culturel français et de discuter avec ses hôtes du moment, sous la tonnelle de son jardin, sorte de havre de paix dans ce lieu tourmenté. J’ai eu plaisir à y rendre visite à Raji Sourani, infatigable animateur de la ligue palestinienne pour les droits de l’homme et observateur lucide de la réalité gazaouie. Mais cela n’a pas été possible cette fois-ci.
Le consul général de France à Jérusalem qui, dans le cadre de la Présidence française, se rendait à Gaza le 13 novembre, avec ses collègues des autres pays de l’Union européenne, pour une journée de rencontre sur des projets de développement, avait bien voulu que je prenne place dans son convoi. L’autorisation nécessaire dénommée «coordination» avait été obtenue en temps utile. Mais nous n’avons pas pu aller bien loin. Les grilles du poste frontière d’Eretz se sont fermées à notre approche et après discussion à travers les barreaux et une heure et demie d’attente, la consigne de blocage «pour raisons de sécurité» a été confirmée. Les consuls européens ont dû rebrousser chemin. Gaza reste décidément bien cadenassée.
Jérusalem-est, Cisjordanie, Gaza: trois morceaux de territoire pour un futur Etat. Est-il encore possible de les voir regroupés, hors de toute colonisation ou contrôle étranger, et sous une autorité commune?
Encore faudrait-il qu’une telle autorité existe et soit unanimement reconnue. La division actuelle du camp palestinien, sur laquelle je me propose de revenir dans une prochaine chronique, vient à cet égard compliquer encore une situation hélas particulièrement sombre.

Jacques Fournier
(07/04/2009)


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