Journal de bord: Lundi 27 novembre 2006 Imprimer
babelmed   
 
Journal de bord: Lundi 27 novembre 2006 | babelmed
C’est une journée un peu particulière: aujourd’hui, le jury planche pour le Grand Prix du CMCA «Enjeux Méditerranéens». Les œuvres présentées sont toutes d’une qualité indéniable, elles traitent toutes de sujets graves qui ont trait à l’actualité méditerranéenne mais dans des régions très différentes les unes des autres:
«Mur» de Simone Bitton (France-Israël). L’Etat israélien a décidé d’ériger un mur pour se protéger des attaques kamikazes palestiniennes, une façon de créer une frontière artificielle enfermant une population entière, qui se retrouve dans une situation ingérable: le simple fait de vouloir aller travailler devient quelque chose d’insurmontable.
«Les reines du roi» de Hicham Ayouch (France). La promulgation d’un nouveau code de la famille a donné beaucoup d’espoir aux femmes au Maroc. Mais les traditions ont la dent dure… Les filles mères sont toujours rejetées par leurs famille, les femmes ont toujours du mal à divorcer sans le consentement de leurs maris.
«Canto per Cheikh» de Fulvio Toffoli (Italie). Une ode à un jeune africain qui a perdu la vie en voulant sauver d’une mort certaine un jeune italien pris dans la tourmente de la mer. La municipalité italienne se rend au Sénégal pour rendre un hommage au jeune homme et aider sa famille.
«Oyun» de Esmer Pelin (Turquie). Des femmes du sud de la Turquie qui n’ont jamais eu droit à l’éducation pour la seule et unique raison qu’elles sont nées femmes, décident de se regrouper pour monter une pièce de théâtre dans laquelle, pour la première fois, elles osent raconter leurs vies faites de contraintes, coincées entre leurs belles-familles et leurs maris qui souvent boivent. A travers ce documentaire, c’est la condition de la femme en méditerranée qui est mis en exergue.
«Men on the Edge» de Avner Faingulernt et Macabit Abramzon (Israël). Une histoire de fraternité. A la frontière entre Gaza et Israël sur une plage abandonnée et isolée, des pêcheurs palestiniens et israéliens ont vécu et pêché ensemble. Pendant quatre ans, les réalisateurs les ont suivis.
«La traversée» de Elisabeth Leuvrey (France). Un paquebot entre Marseille et Alger. Des histoires intimes, un no man’s land en mer entre les deux villes méditerranéennes. La parole qui se libère, pour se raconter, pour raconter l’immigration.
A la fin de la journée de projection, un débat s’est engagé entre les membres du jury sur les critères qui doivent présider à la sélection de ce Prix sur les enjeux méditerranée ns. La question est de savoir si les documentaires présentés doivent correspondre dans leur format aux cases documentaires existantes dans les télévisions, Se sont opposés les points de vue différents entre diffuseurs et producteurs, réalisateurs. Pour le producteur tunisien Habib Attia ou la réalisatrice espagnole Carolina Tubau, «le but de ce genre de manifestation est bien d’offrir une visibilité à des documentaires qui sortent des habitudes de diffusion des chaînes de télévisions». Pour Alexandre Cazères de France 3. «les réalisateurs primés dans les festivals sont souvent malheureux quand les chaînes leur ferment la porte car leur documentaire ne correspond pas au format souhaité».La présidente du jury Maria Donzelli estime quant à elle que «le jury ne doit pas penser en terme de productivité mais que les documentaires doivent être capables de nous montrer les problèmes dans leur complexité; que ça soit projeté à la télévision ou au cinéma ne doit pas nous conditionner».

L’interview du jour

Giuseppe Saladini, vous êtes, depuis les élections de juin dernier en Italie, le nouveau maire de Civitavecchia. Que signifie pour vous accueillir cette année le Prix du Documentaire et du Reportage Méditerranéen?
Nous souhaitons opérer un changement radical. La ville est endormie depuis 20 ans, les gens ne font que passer par Civitavecchia. Notre ambition est double. Faire venir les Romains à Civitavecchia, et inciter les 300.000 passagers (sur les 1,5 million de passagers annuels) qui ne se rendent pas à Rome à séjourner dans notre ville. Et pour cela nous nous sommes engagés dans une politique culturelle très volontariste. Notre ambition est que Civitavecchia devienne, en tant que port de Rome, une référence en matière de festival de documentaires. Nous allons également organiser en 2007 deux prix littéraires, l’un sur les livres scolaires et l’autre sur le roman noir. Nous travaillons également pour l’été prochain, sur un festival des musiques méditerranéennes. Et lorsque vous reviendrez l’an prochain, ce que nous espérons fortement, nous organiserons une manifestation autour des cuisines méditerranéennes.

Qu’est-ce-qui a incité un brillant criminologue enseignant à l’Université de Rome, spécialiste de médecine légale et écrivain de polars, à s’engager en politique?
C’est vrai que mes différentes activités professionnelles ne me destinaient pas forcément à «rentrer» en politique. Mais la cinquantaine venant, j’ai ressenti l’envie de me mettre au service des autres, au sens de l’engagement de Jean-Paul Sartre. Je suis très attaché à cette ville et à son port. Mon grand-père travaillait sur ce port où il déchargeait les marchandises: il m’a très jeune fait partager son amour de la mer, de la Méditerranée.
La Méditerranée est ce berceau où différentes cultures se côtoient, parfois difficilement et avec violence, mais c’est pour moi l’unique lieu au monde où - tout en restant ce que l’on est et en préservant ses différences - la confrontation avec l’autre permet de s’enrichir.
Ah oui, une dernière chose, c’est le printemps en Décembre à Civitavecchia, la température est de 22°

Rédaction CMCA
Suite du journal de bord demain.

mots-clés: