Le Liban meurtri de Samir Kassir | babelmed
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  Il y a peu, Babelmed commentait le dernier livre du Libanais Samir Kassir, Considérations sur le malheur arabe. Les idées du journaliste et écrivain beyrouthin refont surface dans le contexte du drame qui secoue le Liban, à travers un article paru le 17 février dans Libération. Aujourd’hui comme hier, Samir Kassir nous livre son analyse acérée, lucide, limpide.

Dans un commentaire à chaud rapporté par Libération daté du 17 février, Kassir commente ainsi les manifestations géantes de Beyrouth à l’occasion des obsèques de Rafic Hariri: «Nous n’avions jamais vu ça. Les slogans étaient très violents. C’est la première fois que la communauté sunnite bascule ainsi du côté de l’opposition». (www.liberation.fr)

Du régime syrien, Kassir estime qu’il «joue son avenir au Liban et qu’il sera beaucoup plus vulnérable s’il en est chassé». Dans le même journal, l’auteur de l’article, le journaliste Christophe Boltanski, commente les luttes de clans internes en Syrie: «La réalité du pouvoir repose plus que jamais sur les appareils de sécurité, pour qui le départ du Liban signifierait une perte de puissance et la fin de juteux trafics».

Cette double analyse à chaud de Samir Kassir conforte celle parue dans son livre Considérations sur le malheur arabe, paru en novembre 2004 chez Actes Sud/Sindbad. (www.actes-sud.fr) et dont nous avions publié une note de lecture il y a quelques semaines. Extraits:

«Placée sous l’éteignoir depuis quarante ans par une dictature qui, pour être relativement moins sanglante que celle de l’Irak, n’a pas moins épuisé le pays, mise en coupe réglée par les réseaux mafieux qui structurent le pouvoir, asséchée par une culture de la peur, la Syrie est désormais dans une situation presque sans équivalent dans le monde arabe – à l’exception de la Libye, mais sans le pétrole – combinant la corruption des ex-républiques soviétiques avec une fermeture policière à la chinoise.

Sur son flanc ouest, et dans son ombre portée - par les services de renseignements -, le Liban a entamé un singulier voyage à reculons. A peine sorti d’une guerre qui, en plus d’avoir déchiré sa société, a privé le monde arabe de l’un de ses laboratoires de modernité, le Liban a perdu en quinze ans d’après-guerre la plupart des atouts qui l’avaient longtemps distingué. A commencer par la liberté d’expression et l’inventivité médiatique. Certes, il peut se targuer d’avoir libéré son territoire de l’occupation israélienne par la résistance de son peuple - ou d’une partie de son peuple - mais même cette résistance a été récupérée au profit de l’immobilisme syrien et de l’activisme islamiste. Sans parler d’une tradition républicaine qui, si incomplète qu’elle ait été, avait pu survivre à la guerre qui l’avait grièvement blessée».

Quelques quatre mois plus tard, et à la lumière du carnage de Beyrouth, les propos de Samir Kassir fournissent une grille de lecture utile pour les évènements du Liban. Rédaction Babelmed
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