14ème édition du Medfilm festival | Nathalie Galesne
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Nathalie Galesne   
14ème édition du Medfilm festival | Nathalie GalesneLe Medfilm festival a ouvert les portes de sa 14 ème edition, jeudi 6 novembre, il se poursuivra pendant une dizaine de jours. Le plus ancien festival de Rome, soutenu pendant plus de dix ans par une municipalité de gauche, ne semble pas particulièrement affecté par les soubressauts qui ont récemment secoué la capitale italienne passée à droite en avril dernier, surtout pas en ce matin de conférence de presse où la lumière romaine et la victoire d’Obama innondent le design immaculé des locaux que l’adncronos a mis à la disposition de ses organisateurs.

Et de fait, la nouvelle administration de droite guidée par Gianni Alemanno n’a pas osé ôter son soutien à une manifestation qui a su multiplier au fil des ans les initiatives et enrichir de manière exponentielle sa programmation.

Un excellent bilan que souligne aujourd’hui, non sans fierté, la présidente du Medfilm festival, Ginnella Vocca : “cette année 40 pays seront représentés au Medfilm festival, 177 films -entre courts et longs-métrages- seront diffusés, avec 40 avant-premières nationales”, a-t-elle annoncé, en soulignant l’attention particulière portée au dialogue interculturel: “aux expériences d’hommes et de femmes confrontés sur le sol italien à une intégration souvent conflictuelle et délicate”. Ce festival rendra donc, “un hommage, à travers les films de grands auteurs et de jeunes talents, aux nombreux étrangers qui vivent, travaillent, produisent en Italie, et sont pour une fois protagonistes et témoins directs de leurs propres cultures à travers les merveilles du cinema.”

En devenant pérenne, le festival va aujourd’hui bien au delà de la simple manifestation romaine. Il s’est doté avec le temps d’une dimension internationale qui lui a permis de représenter le cinéma italien dans les pays de la rive sud de la Méditerranée. Il y a trois ans, ce sont 45 films de réalisateurs italiens qui ont débarqué au Caire à la rencontre du public égyptien. Prochainement, trois grands rendez-vous cinématographiques auront lieu en Algérie, Tunisie et en Turquie pour mieux faire connaître la cinématographie italienne.

Mais le Medfilm festival se veut aussi social, politique, inscrit dans le territoire là où on ne l’attendrait pas forcément: une dizaine de vidéothèques ont été installées dans plusieurs pénitenciers de la Péninsule pour proposer, à la population multiethnique des prisonniers, des outils de compréhension d’un monde en mouvement perpétuel auquel elle n’a pas accès. Un jury composé de détenus attribue chaque année le prix Methexis du court-métrage.

Le festival s’articule autour de 5 autres sections: Le prix “Amore e psyche” (concours officiel), Le prix EuroImages-Concours Nouvelle Europe, le prix “Italia nel cinema” (Concours national du long métrage), et enfin le prix du documentaire “Open eyes”.

Les deux pays à l’honneur de cette nouvelle édition sont la Turquie et l’Allemagne, deux cultures qui se sont rencontrées, croisées, influencées et donnent aujourd’hui leur fruit hybrides, manifestent cette fécondité aussi bien au cinéma qu’en littérature d’ailleurs. De nombreux films turcs sont donc à l’affiche, avec une rétrospective très attendue “Crossing The Bridge…”, consacrée au jeune cinéaste turc Fatih Akin, qui obtint l’ours d’or à Berlin avec “La fiancée turc”. L’Allemagne sera également très présente avec une programmation dédiée à un choix de jeunes réalisateurs allemands de talent : “ESTOVEST – visions du jeune cinéma allemand”.

Autre pays européen partenaire, la France et sa prestigieuse Villa Medicis. Avec la projection de “Chaos”, l’Académie de France a rendu un hommage au réalisateur égyptien, Youssef Chahine, disparu depuis peu. Frédéric Mitterand a dit vouloir la Méditerranée au coeur des activités de la Villa Medicis qu’il dirige depuis quelques mois seulement. Les deux films franco-maghrébins sélectionnés en concours officiel “dernier Maquis” du réalisateur algérien Rabah Ameur–Zaïmeche et “Française” du réalisateur marocain Souad El Bouhati vont dans ce sens.

Une fois de plus Medfilm Festival propose une belle manifestation dans une capitale historiquement marquée par le 7ème art, et dont l’industrie cinématographique a repris un vrai coup de fouet en quelques années - cinecittà n’est pas un simple musée mais un lieu où sont tournés et produits des films. Rome reste toutefois assez provinciale et les occasions de se rapporter aux cinématographies méditerranéennes , à savourer en VO, sont dans l’ensemble assez rares.

Enfin, si l’on peut louer la composition multiculturelle des différents jurys du Medfil festival, on regrettera cependant un certain malaise, lors des moments officiels de la manifestion. Celui-ci était sans nul doute provoqué par le discours d’une droite reprenant à son compte avec brio la rhétorique du dialogue interculturel, mais oubliant avec une aisance déconcertante que l’actuel gouvernement compte dans ses rangs ministres et députés racistes.

Mais place aux films!


Nathalie Galesne
(11/11/2008)


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