A la table des trois monothéismes | Nathalie Galesne
A la table des trois monothéismes Imprimer
Nathalie Galesne   
  A la table des trois monothéismes | Nathalie Galesne L’année 2005 est dédiée à la Méditerranée. A dix ans de la Déclaration de Barcelone qui enfanta, non sans douleur, le partenariat euro-méditerranéen, les réjouissances et les commémorations vont déjà bon train. Une grande manifestation, née dans ce contexte, ouvrira du 29 septembre au 1er octobre les portes de l’Université La Sapienza (Rome) à quelques centaines de spécialistes de l’alimentation méditerranéenne.

Ces trois journées s’articuleront autour de deux moments forts: une conférence internationale (du 29 au 30 septembre), avec toutefois une majorité d’intervenants italiens, sur «La tradition alimentaire dans les religions monothéistes de la Méditerranée» , et un forum (du 30 au 1er octobre) centré sur le dialogue entre les civilisations et les peuples de la Méditerranée à partir d’une réflexion sur leurs cultures alimentaires.

La conférences internationale est sans nul doute le pôle le plus attractif de la manifestation. De nombreux universitaires, des représentants des trois religions, de la FAO et de la Commission européenne feront état de leurs recherches et de leurs réflexions sur le partage des traditions alimentaires contenus dans les Ecritures saintes des trois religions monothéistes juive, islamique et chrétienne. A signaler notamment la présence de Lilia Zaouali et Khaled Fouad Allam, deux universitaires et auteurs extrêmement dynamiques.

On le sait de nombreux aliments sont codifiés non seulement dans leur consommation mais également dans leur production, leur transformation et leur préparation. Dans la religion juive, l’ensemble des préceptes qui gouvernent l’alimentation («casherut») est à la base des pratiques casher. L’islam possède aussi de nombreuses règles, en particulier celles qui régissent l’abattage des bêtes (halal). Dans la religion chrétienne, c’est entre autres le pain, devenu rituel, qui assume une valeur sacrée: «Il prit le pain, le rompit et le distribua à ses disciples», une valeur de partage qui transcende la simple fonction nutritive pour devenir «partage du verbe».

Si l’on prend la triade d’aliments à forte teneur symbolique: Le blé, la vigne et l’olivier , il apparaît clairement que les trois religions monothéistes ont en commun des pratiques culinaires qui traversent de part en part la Méditerranée. C’est ce patrimoine immatériel dans toutes ses diversités et similarités qui sera questionné lors de la conférence.

Le style de vie méditerranéen n’est cependant pas une réalité immuable puisqu’il est lui aussi soumis aux injonctions du marché et de la globalisation. En effet, l’organisation actuelle des sociétés impose de nouvelles règles et proposent de nouveaux modèles alimentaires qui mettent à rude épreuve les traditions culinaires méditerranéennes.

La publicité, servie par des moyens de communication toujours plus puissants, se charge de conditionner les goûts et les coutumes alimentaires. Il n’est pas rare de voir dans les restaurants de la péninsule de jeunes familles accompagner la «pizza» ou la «pasta» d’un litre de coca bien frais.

C’est précisément le haut niveau technologique des pays les plus riches qui est en train d’orienter les processus de transformation et de distribution des produits alimentaires vers la globalisation., entraînant dans le même mouvement un développement inégal dans le monde. Résultats directs: si la consommation des aliments est plus sûre (nouvelles normes d’hygiènes dans la confection et la distribution), elle devient en même temps beaucoup plus vulnérable aux nouvelles pressions du marché. Ainsi les identités culinaires sont de plus en plus menacées.

Cette érosion du patrimoine alimentaire sera au centre du 3éme Forum euro-méditerranéen dont les participants, ainsi que les membres du comité scientifique, représentent pratiquement tous les pays riverains de la «grande bleue».

On sera en droit de s’étonner de l’insuffisance de cette représentation lors de la précédente conférence internationale sensée nourrir d’idées et de propositions le Forum. On déplorera également la maigre représentation d’associations, ONG qui exercent en Méditerranée un vrai travail de terrain, comme par exemple l’organisation internationale Slow Food.

Avec ses huit points quelque peu volontaristes, essentiellement axés sur la constitution d’une nouvelle méga structure: «Le réseau euro-méditerranéen sur les cultures alimentaires», ce forum semble concocter, dans les casseroles de Barcelone, un ragoût dont les morceaux choisis seront une fois encore les ministères et les universités, mais où risque de briller la sempiternelle grande absente du partenariat euromed: la société civile méditerranéenne.

Faut-il rappeler pourtant que son fumet a des saveurs autrement plus authentiques?

*La conférence internationale et le 3° Forum sont organisés par «La sapienza», avec le soutien de la Commission Européenne, de la ville de Rome et du Ministère de la santé italien.

Nathalie Galesne
mots-clés: