Retour de Palestine | Marc Mercier
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Marc Mercier   
Retour de Palestine | Marc Mercier
J’ai longtemps supposé que le plus important, le plus incroyable, le plus difficile était fait : accompagner la naissance d’un festival d’art vidéo et performance en Palestine en mai 2009. Il en va d’un engagement artistique comme pour une relation amoureuse ou une pratique révolutionnaire, le plus périlleux est de durer. C’est avec ce sentiment que j’ai vécu l’ouverture du 2e festival d’art vidéo et performance dans le jardin de la Qattan Foundation de Ramallah ce 6 juin dernier. Dans le contexte d’une occupation cruelle et usante qui dure depuis 1948, cette manifestation est en soi un acte politique et poétique dont on peine à mesurer l’ampleur.

Depuis le commencement de cette aventure, je me suis toujours donné comme règle de conduite de ne rapporter que ce que j’ai vu ou entendu de sources sûres. Il y a la laideur du mur, celle des colonies, celle des champs d’oliviers arrachés, celle des regards arrogants des colons armés que l’on croise dans Hébron… Il y a les grilles suspendues au-dessus des rues de la vieilles villes d’Hébron pour se protéger des jets de pierres ou de détritus, l’inscription sur une porte « il faut gazer les Arabes », les enfants contraints à traverser un cimetière pour se rendre à l’école, les check points où l’on vous réduit à l’état animal…Il y a ces hommes qui parfois dès l’âge de 13 ans ont connu la prison, ces mères qui ont pour repères géographiques les noms des prisons où sont enfermés leurs enfants…Et je ne parle pas des 1300 morts de Gaza de l’hiver 2007…Non, je n’en parle pas, pour laisser la haine sur sa faim, et les larmes derrière les yeux…Je veux ressembler à ce petit personnage que l’on voit un peu partout ces temps-ci à Ramallah : Handala. Un petit bonhomme, les mains dans le dos, qui ne se retournera que quand il pourra retourner chez lui. Vous vous attendez à voir des affiches sur les murs appelant à une lutte sans merci contre l’occupant, ce qui serait tout à fait justifié, et vous découvrez un personnage aux cheveux hérissés imaginé par le caricaturiste palestinien Naji Al-Ali, il est vrai assassiné en 1987.

Malgré tout, donc, la vie est plus forte que tout. Et c’est sur ce versant incroyable et joyeux que se situe certainement ce festival dédié aux arts vidéo et à la performance. On dirait que le peuple palestinien est du parti de la rose dont parle Claudel, celle qui dit que ce ne sont pas ses épines qui la défendent, mais son parfum. Je comprends chaque jour un peu mieux pourquoi Jean Genet disait soutenir la lutte des Palestiniens parce qu’ils sont beaux.
Pendant une semaine, des artistes palestiniens ont côtoyé des artistes français, espagnols, allemands, belges, croates, colombiens, kirghizes… Le public a pu apprécier des œuvres (films d’une trentaine de pays, installations, performances), écouter des conférences, débattre sur des questions esthétiques, techniques, poétiques et politiques, participer à un workshop…Et ce dans une quinzaine de lieux répartis dans les villes de Ramallah, Jérusalem, Birzeit, Bethléem, Gaza…(Pour plus de détails et quelques images, je vous invite à consulter les pages Face book des Instants Vidéo, celui de /si :n/festival of video and performance ou le blog du Centre Culturel Franco-allemand de Ramallah). Prochainement, un catalogue sera édité.

J’ai la chance de servir les Instants Vidéo depuis sa création en 1988. Des aventures époustouflantes, j’en ai vécues. Mais celle-ci est à part. Que la Qattan Foundation, et l’ensemble des structures partenaires de Palestine, récidivent leur confiance en l’équipe des Instants Vidéo pour accompagner l’épanouissement de ce festival, je le vis comme un honneur, une chance, une responsabilité inouïe.

La troisième édition de ce festival se déroulera en 2013. L’année où nous voulons célébrer le 50e anniversaire de l’art vidéo. Ce sera aussi l’année où Marseille sera capitale européenne de la culture. Notre ambition sera de jumeler Marseille et la Palestine pour que les Etats GénérEux Mondiaux des Arts Vidéo que nous allons organiser affirment avec force que la poésie électronique est une puissance d’émancipation, que les révolutions poétiques des langages (écrits et audio-visuels) sont des conditions indispensables pour penser le monde autrement et le transformer.

D’ici là, du 7 au 13 novembre, à l’occasion des 24es Instants Vidéo à Marseille, nous ne manquerons pas de faire un « retour de Palestine » haut en couleurs…

Ce n’est qu’un début, continuons le combat poétronique!

Marc Mercier
(01/07/2011)

Instants Vidéo Numériques et poétiques
Friche la Belle de Mai
13331 Marseille Cedex 3
France
Tel administration : 04 95 04 96 24
Tel Marc Mercier : 06 64 16 96 30
www.instantsvideo.com



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