Exposition “Le Mur & les Check Points”, par des artistes palestiniens | Hannane Bouzidi
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Hannane Bouzidi   
 
Exposition “Le Mur & les Check Points”, par des artistes palestiniens | Hannane Bouzidi
Photo de Dana Erekat
Ouverte depuis le 2 février 2006 à la Darat El Funun de Amman, en Jordanie, cette exposition plurielle présente des installations, photographies, une vidéo-art et un documentaire d’artistes palestiniens autour du thème des check-points et du Mur, avec un «m» majuscule. Autant de lieux de passage et de contrôle du pouvoir militaire israëlien qui symbolisent, au delà de la souffrance quotidienne des Palestiniens, toute l’incompréhension d’une société incapable de trouver une solution de cohabitation digne.

“D’où venons nous" installation d’Emily Jacir
Cette exposition de 32 photos, accompagnée de 30 textes, a été construite à partir de la «liberté de mouvement» d’Emily Jacir, Palestinienne munie d’un passeport américain. Ce document lui permet, contrairement à ses compatriotes, de bénéficier des droits humains élémentaires. L’artiste a utilisé son passeport pour accéder aux territoires palestiniens, alors que ces semblables sont interdits de mouvement sur leur propre terre. La question qui est toujours posée aux frontières, “est-ce que quelqu’un vous a donné quelque chose à transporter?» sert aussi d’inspiration à l’installation.

Cette exposition a été tirée de son expérience personnelle et de ses constantes allées et venues entre la Palestine et les autres pays où il lui est arrivé de vivre. Emily Jacir témoigne: “Chaque fois qu’il nous était donné de retourner chez nous en Palestine dans les années 70, 80, et 90, nous prenions acte de la prolifération inéxorable des colonies, checkpoints/frontières, et de la fragmentation calculée de notre peuple et de notre terre en des espaces de plus en plus réduits. Israël a organisé ce morcellement à partir de nos cartes d’identité et de nos lieux de provenance: Jérusalem Est, la Cisjordanie, Gaza, Israël, la Jordanie, les Etats-Unis, etc».

“Israël, poursuit-elle, a imposé une des plus draconienne et violente tactique de l’histoire pour empêcher les Palestiniens d’entrer sur leur propre terre ainsi que de s’y déplacer librement. Aucun Palestinien est en mesure de se déplacer librement à Gaza ou en Cijordanie. Des checkpoints, tanks et soldats armés de M-16 ont encerclé chaque ville ou village. Les palestiniens sont abbattus lorsqu’ils tentent de passer ces frontières. Ceux qui ont la permission de se déplacer sont sujets aux pires formes d’humiliation à chaque passage, afin de les décourager d’entreprendre toutes sorties des territoires où ils sont confinés. Ces mesures ont été créées et mises en place afin de fragmenter et de détruire l’identité de notre peuple entier. La situation est maintenant si extrême qu’aller à Jerusalem est un rêve impossible autant pour un Palestinien de Syrie que pour un Palestinien vivant à 8 km, à Beit Jalla.».

La situation n’aurait fait qu’empirer au point que désormais même le passeport américain ne permet plus de se déplacer librement. Aujourd’hui la réalisation de «D’où venons nous» serait impossible parce qu’Emily Jacir n’est plus autorisée à entrer à Gaza ou en Cijordanie.

“En traversant Surda”: souvenir d’un aller-retour au travail (vidéo-art), Emily Jacir
Cette vidéo retrace l’allée et venue de l’artiste pendant 8 jours, entre sa maison et le travail. «Toutes les personnes, meme les handicapés, vieux et enfants, doivent marcher sur 2 km environ, cela dépend des décisions de l’armée israëlienne. Lorsque les soldats israëliens décident qu’il ne doit plus y avoir de passage, ils tirent avec de vraies balles, projetent des gaz, et font exploser des bombes pour éloigner les personnes des check-points.» (Emily Jacir)
Exposition “Le Mur & les Check Points”, par des artistes palestiniens | Hannane Bouzidi
Photo de Rula Halawani
Images du “Mur”, par Rula Halawani
Rula Halawani a commencé à photographier le Mur dès que les israëliens ont commencé à le construire. Lorsqu’il développait les photos, seules la laideur du mur et la colère de l’artiste apparaissaient. Puis le Mur a atteint le checkpoint de Qalandia.
“Ils ont commencé à le construire en plein milieu de la route que j’emprunte pour aller au travail. J’avais toujours imaginé qu’un jour nous planterions des arbres au milieu de cette route. Lorsqu’il a atteint Qalandia, le Mur m’a atteint et il a trouvé ma peur. » (Rula Halawani)

“Séries sans titres et autoportraits” installation et photographies de Tarek al Ghoussein
Cette série d’autoportraits veut commenter les représentations des médias occidentaux contemporains qui dépeignent le Palestinien comme un terroriste. Ce projet est né de l’indignation grandissante de l’artiste face à la manière dont sont représentés les Palestiniens et les Arabes dans les médias occidentaux.

“Corps traversant les fontières”, photographies de Dana Erekat
Dans “Comment traverser une frontière"
Une femme défie les barrières physiques qui séparent son corps de sa destination. Dana Erekat raconte: «Dans les camps de réfugiés, les enfants attisent l’espérance en courant, en souriant, en se comportant tout simplement comme des enfants aux checkpoints, ou dans les maisons détruites par les bulldozer au bord de rivières polluées. Je marche à côté d’eux, appareil photo à la main, les enfants courent autour de moi et à travers moi. Je suis Palestinienne Américaine. Je suis eux et ne suis pas eux. (...). “Pourquoi n’es-tu pas voilée?” Me demande une petite fille de 4 ans; et je ne tarde pas à m’entendre dire “fumer est un pêché en Islam” par un enfant de 9 ans, debout à mes côtés. Je souris à ce commentaire, témoignant de la naissance du fondamentalisme dans le contexte de la colonisation.».
Ailleurs, une mère voilée attend à un checkpoint de Jericho; dans son attente, elle caresse tendrement un enfant, geste maternel qui défie la colonisation... (Dana Erekat, architecte et photographe). Hannane Bouzidi
(13/02/2006)
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