“Tunisie. Portrait d’une révolution" | Tahar Bekri, Augustin Le Gall
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“Tunisie. Portrait d’une révolution" | Tahar Bekri, Augustin Le GallLa Ville de Bédarieux, précurseur par sa solidarité avec le « Printemps arabe » se distingue depuis longtemps en favorisant, non seulement des échanges entre les peuples des deux rives de la Méditerranée, mais en offrant aussi à ses concitoyens des moyens de compréhension de leurs cultures.
Aussi, l’exposition « Tunisie. Portrait d’une révolution » est-elle une occasion unique de rencontrer des visages d’insurgés dont surgissent des émotions vives révélées grâce à l’oeil avisé du jeune et non moins talentueux photographe Augustin Le Gall.
A l’occasion du vernissage de cette exposition le samedi 8 octobre 2011 à 18h30 à l’Espace d’Art Contemporain, le poète Tahar Bekri partagera ses réflexions sur cette révolution ainsi que la lecture de ses poèmes.
En effet, sa poésie, saluée par la critique, est traduite dans différentes langues (russe, anglais, italien, espagnol, turc, etc.). Parole intérieure, elle est enracinée dans la mémoire, en quête d’horizons nouveaux, à la croisée de la tradition et de la modernité. Elle se veut avant tout chant fraternel, terre sans frontières. Tahar Bekri est considéré aujourd’hui comme l’une des voix les plus importantes du Maghreb. Il est actuellement Maître de conférences à l’Université de Paris X-Nanterre.


Augustin Le Gall

A l’aube de l’année 2011, où les premiers pas d’une révolution allaient embraser le monde arabe, je suis (re)parti à Tunis pour sentir ce vent de révolution qui soufflait dans les ruelles de la ville. J’y ai vu une jeunesse assoiffée de liberté et d’espoir. J’ai été marqué par cette parole libérée dont l’écho trouvait enfin sa place dans l’espace public.
Cette liberté d’expression, durement conquise, sans concession, faisait ses premières armes sur les visages de cette jeunesse venue des quatre coins de la Tunisie. A travers cette série de portraits de jeunes qui manifestaient pacifiquement sur la désormais symbolique place de la Kasbah au coeur de Tunis ou plus violement , contre les gouvernements de transitions accusés de trahir la révolution populaire, j’ai voulu mettre un visage sur cette jeunesse et cette parole aujourd’hui libérée du joug de l’ancien régime.
Une série en hommage à la conscience d’un peuple que les pouvoirs en place réprimaient {OEil fermé} et qui aujourd’hui regarde l’avenir de son pays dans les yeux, {OEil ouvert).
L’exposition entremêle des portaits de ces jeunes anonymes qui manifestaient au risque de leur vie et une série de photographies de traces, signes et slogans inscrits sur les murs de la place de la Kasbah de Tunis.

(Augustin Le Gall*)


*Augustin Le Gall est né en 1980 et s’est initié à la photographie en parallèle de ses études en anthropologie. Portant un vif intérêt pour l’aire méditerranéenne, l’Homme et ses pratiques sont au coeur de son travail. Son approche s’oriente vers une photographie documentaire, narrative, poétique, où la fiction se mêle à la réalité. Depuis 2005, il travaille sur des enjeux de société liés à la Méditerranée. Il a réalisé de nombreuses expositions individuelles et collectives ainsi que de nombreuses publications.


Texte inédit de Tahar Bekri à propos de la Tunisie.

“Tunisie. Portrait d’une révolution" | Tahar Bekri, Augustin Le Gall
Portrait par © David Mc Ewen
Il me semble important de dire que la révolution tunisienne, rapidement appelée du jasmin, est celle des figuiers de barbarie, je veux dire, qu’elle est partie des régions les plus arides, pauvres, déshéritées et oubliées du développement et de la croissance économique. On ne s’immole pas par le feu avec du jasmin ! Mais de désespoir et d’humiliation.
Le courage de ces régions, rebelles de toujours, rejointes après par l’ensemble de la population, qui défendait son honneur bafoué, méprisé par le parti-Etat, par la confiscation du pouvoir et des richesses du pays, la censure médiatique,
l’interdiction des libertés, a permis ce grand soulèvement pacifique et citoyen pour la justice, la dignité et la liberté. Il s’agit vraiment d’une révolution populaire où le besoin de démocratie, depuis des décennies et non seulement depuis Ben Ali, est réel et pour lequel le peuple était prêt à se sacrifier : plus de 300 Tunisiens sont morts en martyrs ! Le miracle de la Tunisie est d’avoir chassé un régime policier et dictatorial avec deux vers du grand poète Aboulkacem Chabbi (19091934), scandés matin et soir par les manifestants :
Si le peuple décide un jour de vivre/Force est au destin de répondre Force est à la Nuit de se dissiper/ Force aux chaînes de se briser
La révolution tunisienne, dont le succès est du à la conjugaison de deux phénomènes (la lutte virtuelle par Internet interposé et la lutte dans la rue) illustre tout simplement l’attachement aux valeurs fondamentales et universelles de tous les peuples : le respect des droits humains, le respect du citoyen, le partage équitable des richesses nationales, le rejet de la tyrannie et de la corruption. C’est une révolution pour la démocratie, au-devant de laquelle il y avait la jeunesse, la femme tunisienne, le mouvement syndical ouvrier et celui de l’avant-garde civile : avocats, journalistes, enseignants, intellectuels, fonctions libérales, etc.
Aujourd’hui, en attendant les élections du 23 octobre prochain pour l’avènement d’une Assemblée Constituante qui sera chargée de la rédaction d’une nouvelle Constitution pour le pays, et ce, en vue de la 2ème République Tunisienne, la démocratie tunisienne n’est pas totalement à l’abri de forces religieuses conservatrices qui profitent de la libéralisation de la vie politique (plus de 100 partis!). Les forces laïques et démocratiques semblent moins présentes au sein des classes populaires marquées, il faut le reconnaître, par le retour du religieux. En réalité, elles ont peu de pratiques du pouvoir politique, car elles ont toujours été marginalisées ou interdites.
L’apprentissage démocratique est laborieux et difficile. La difficulté, bien réelle, sera de trouver des solutions rapides à tous les problèmes économiques et sociaux : crise du tourisme, la situation à la frontière avec la Lybie, l’héritage lourd de l’ancien régime, les milliards volés au peuple tunisien qu’il ne reverra jamais probablement… Tout cela fragilise une révolution qui dérange plus d’un régime arabe rétrograde et attaché au pouvoir. Au point où le premier ministre du gouvernement provisoire a fait remarquer que la révolution tunisienne n’a reçu les félicitations d’aucun gouvernement arabe ! Mais cela ne m’étonne pas, personnellement.
Plus que jamais, la poésie d’Aboulkacem Chabbi est d’actualité. Car il s’agit avant tout de la volonté des peuples et de leurs luttes contre la tyrannie. Et là, je fais confiance à la Tunisie, à son intelligence, sa modernité, son émancipation, sa volonté de vivre libre.
Malgré tous les obstacles, elle réussira à bâtir sa démocratie. Dans l’Avenue Bourguiba, au centre de Tunis, trône la statue du grand historien Ibn Khaldoun (14ème s). C’est lui qui a écrit : « Le fondement de la société est la justice ». Plus personne n’acceptera de se soumettre à l’injustice en Tunisie. J’en ai la ferme conviction et c’est en soi une des plus grandes victoires…

(Tahar BEKRI*)

* Poète né en 1951 à Gabès, en Tunisie. Après son arrestation en 1972, puis son emprisonnement en 1975 pour activités estudiantines, il prend le chemin de l’exil et s’installe en France en 1976 où il a le statut de réfugié jusqu’en 1989. Son oeuvre poétique,en français et en arabe, marquée par l’exil et l’errance, engagée dans la mêlée du siècle, se veut parole fraternelle, sans frontières. Actuellement, Maître de conférences à l’Université de Paris Ouest-Nanterre. Dernier ouvrage : « Je te nomme Tunisie », Ed. Al Manar, Paris, 2011



Informations pratique
. Exposition “Tunisie. Portrait d’une révolution”
du samedi 1er octobre au mardi 18 octobre 2011 à l’Espace d’Art Contemporain,
19 bis avenue Abbé Tarroux, 34600 Bédarieux
Vernissage et rencontre avec Tahar Bekri et Augustin Le Gall le samedi 8 octobre 2011 à 18h30. Entrée libre.

Horaires :
Lundi 9h30 -12h
Mardi 14h -18h
Mercredi 9h30 -12h et 14h-18h
Vendredi 14h -18h
Samedi 9h30 -12h et 14h -18h

Contact : Delphine Soulié-Laporte,directrice Médiathèque Max Rouquette
19 bis avenue Abbé Tarroux 34600 Bédarieux
04 67 95 99 71
soulie-laporte@bedarieux.fr
http://www.bedarieux.fr