16e Festival du 7e art à Damas… | Florence Ollivry
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Florence Ollivry   
«Le festival de Damas est à la fois intime et accueillant. Je constate cette année qu’il avance à grands pas vers sa reconnaissance sur la scène internationale»
Yves Boisset

16e Festival du 7e art à Damas… | Florence OllivryDu 1er au 11 novembre, le hall de l’hôtel Châm pétillait d’une belle énergie, à laquelle n’étaient sans doute pas étrangère la présence de quelques stars internationales: plusieurs «grands» du cinéma égyptien, Nour As-Sharif, Nadia Al Jundi, Ahmad Helmi, Mahmoud Abdelhaziz, et Nabila Obeid, d’illustres italiens, telle Claudia Cardinale ou Franco Nero. On pouvait également, dans le hall de l’hôtel Châm, saluer l’américain Richard Harrisson, la grecque Katarina Didaskalou ou croiser… Catherine Deneuve, en personne.
Si la 16e édition de ce festival de cinéma damascène a attiré autant de célébrités, ce succès s’explique notamment par le statut de Damas, nommée capitale arabe de la culture pour l’année 2008. Au cours du festival de cinéma, durant 11 jours, pas moins de 300 films du monde entier ont été projetés dans 8 salles de la capitale. La Collaboration entre le comité de Damas capitale arabe de la culture 2008 et l’Organisation Nationale du Cinéma (ONC) a notamment débouché sur la proposition d’une rétrospective sur le thème de «la ville dans le cinéma» avec «Mort à Venise», «Rome, ville ouverte», «Before Sunrise», «Chicago», «Sous le soleil de Toscane», «Miracolo a Milano», «Un divan à New York». C’est encore de cette collaboration qu’a découlé la programmation de 2 soirées de gala qui présentaient 2 films syriens, ayant la ville de Damas comme sujet : «Damas, le sourire de la tristesse» de Maher Kiddo et «7 minutes avant minuit» de Walid Houreib. «Les Trois singes», film turc de Nuri Ceylan ayant remporté à Cannes cet été le prix de la meilleure mise en scène, a ouvert le festival. Le film brésilien "Elite Squad" de José Padilha, lauréat de l’ours d'or 2008 du festival de Berlin, l’a clôturé.

Les organisateurs du festival nous avaient également préparé quelques rétrospectives de qualité : Ainsi, celle des films de Martin Scorsese (USA), d’Andreï Tarkovsky (Russie), de Zhang Yimou (Chine), ou d’Abdullâtif Abdulhamid (Syrie). On pouvait également revoir tous les films de Greta Garbo, de Fairuz, et enfin, de celui qui nous quitta le 27 juillet dernier, Youssef Chahine. D’autres rétrospectives françaises et suisses étaient proposées ainsi que des soirées russes et indiennes. Enfin, une rétrospective ayant pour thématique «La mer au cinéma» nous a permis de revoir «Les grands fonds», «Le vieil homme et la mer», «Jamais le dimanche», «Sphère», «Waterworld», «Une belle journée», «The Crimson Pirate», «Alvarez Kelly», «En pleine tempête Storm», «La mer intérieure»,

Le jury de la compétition «Longs métrages» était présidé par le français Yves Boisset (France), secondé du président du festival de Munich Andreas Strohl, de plusieurs actrices : Carmen Lebbos (Liban), Esther Ortega (Espagne), Dalia Al-Bouhairi (Egypte), ainsi que du réalisateur syrien Bassel Al-Khatib. En compétition, vingt-trois longs métrages en provenance de dix-neuf pays.

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Le trophée d’or a été décerné au réalisateur tchèque Jan Sverak pour son film «Les bouteilles consignées» et ce dernier a eu l’honneur de recevoir le trophée des mains de Catherine Deneuve. Le Trophée d’argent revint à Doris Doerrie (Allemagne) pour son film «Cherry Blossoms-Hanami» et le trophée de bronze au marocain Ahmed El Maanouni pour «Les Cœurs brûlés».
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Majid Majidi
Le jury décerna un prix spécial à l’iranien Majid Majidi pour «Le chant des moineaux». Le prix de la meilleure mise en scène fut décerné à Carlos Moreno (Colombie) pour «Dog eat Dog». Kristin Scott Thomas dans «Il y a longtemps que je t’aime» se vit remettre le prix d’interprétation féminine, Reza Najie dans «Le chant des moineaux» le prix d’interprétation masculine.
Le prix du meilleur film arabe fut décerné au réalisateur syrien, Abdellâtif Abdulhamid pour «Jours d’ennui» (Ayyam ad-dajar), qui raconte l’ennui de 4 gamins à la frontière israélienne, pendant la guerre, dans les années 50.
Le jury de la compétition «courts métrages», présidé par Ronald Trish, ancien directeur du festival de cinéma de Leipzig, a décerné son premier prix à un film chypriote pour «Instruction». Le trophée de bronze revint à Yannis Koussin, Algérie, pour son film « ‘khty» (Ma sœur) et le trophée de bronze fut décerné au serbe Miloš Pusic pour la «Berceuse pour un enfant de Serbie». Et le cinéma syrien fut à nouveau distingué par un prix spécial du jury, remis à Siwâr Zurkli pour «Missing»
Le cinéma syrien fut donc doublement décoré lors du festival et il convient de signaler la présence parmi les longs métrages en compétition de «Hassiba» du syrien Raymond Boutros. Notons que parmi les films en compétition, figuraient également deux films égyptiens très récents: «Le chasseur de colombes», d’Ismaël Mourad, dont c’était la première mondiale et «La recette secrète de Fawzia» de Magid Ahmad Ali.
Selon Joud Said, jeune réalisateur syrien, ce 16e festival de cinéma en Syrie est le meilleur. Il marque un réel progrès dans la qualité et la prise d’envergure du festival. Joud, après avoir obtenu un master de réalisation à Louis Lumière, en France, est revenu pour créer dans son pays d’origine. Il prépare actuellement son premier long métrage, qui sera une «histoire de guerre et d’amour syro-libanaise». L’an dernier, le festival de Damas lui décernait le trophée d’argent de la compétition «Courts métrages» pour son film «Monologue» (2007). Nous l’avons interrogé sur la santé du cinéma syrien et sur les conditions de création.
«Le cinéma syrien est encore peu développé et les étapes de création et de distribution posent encore un certain nombre de problèmes. Personnellement, je ressens davantage le poids de la censure sociale et religieuse, que celle des institutions du pays. Mais je constate ces dernières années un allègement considérable de la censure, que ce soit sur le plan des mœurs ou sur le plan politique. Il me semble que nous assistons depuis quelques années à une véritable ouverture sur le plan culturel cinématographique. Mon rêve, en tant que réalisateur, c’est bien évidemment l’abolition totale de la censure, qui permettra une liberté totale de création.»
Si la Syrie souhaite un jour décrocher des césars et prendre place sur la scène internationale en matière de création cinématographique, il est certain que l’une des conditions préalables sera de rendre aux artistes toute leur liberté de création, et au public, toute sa liberté d’interprétation. Aussi, on ne peut que souhaiter à la production syrienne d’être de plus en plus florissante…car cette éclosion cinématographique sera vraiment une bonne nouvelle pour le pays.
Un autre bienfait de Damas 2008 est d’avoir permis au festival qui avait lieu un an sur deux de devenir annuel. Aussi, rendez-vous en 2009 à Damas pour la 17e édition du festival annuel de Damas, avec nous l’espérons, de belles surprises…

Florence Ollivry
(29/11/2008)




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