Des amours de kiosques | Cristina Artoni
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Cristina Artoni   
Des amours de kiosques | Cristina ArtoniOn peut jeter un regard en coin. Ou regarder de plus haut, de manière à surplomber tout le reste. Mais une chose est sûre, la « mirada » sur Barcelone sera neuve. Inédite. Un effort auquel sont invités tous les citadins, les touristes ou les simples passants, par les concepteurs du festival Festival Lilliput, au programme dans la capitale catalane du 15 au 25 octobre. La perspective qui y dévoilera la Barcelone cachée par la hâte de nos trajets quotidiens sera esquissée grâce aux « quioscos de escalera », ces petits magasins accrochés aux édifices, probablement nés d’ anciennes loges de concierge. Des kiosques dans lesquels on vend les produits les plus disparates, mais où l’austérité n’existe pas, et où il faut impérativement faire preuve d’esprit. « Ce sont des structures, explique Patricia Ciriani, directrice du festival et organisatrice d’événements artistiques, qui bénéficient d’une dimension véritablement intime, même s’ils relèvent à la fois du public et du privé. Le kiosque est une architecture caractéristique de notre ville, une réminiscence des anciennes loges, et il constitue pratiquement le dernier lieu de vie en commun entre les voisins de bâtiments différents. »
Le festival Lilliput, afin justement de valoriser ces espaces petits, mais vitaux, veut mettre en évidence un patrimoine anthropologique urbain qui risque de disparaître. Les kiosques sont cependant en voie d’extinction -magasins toujours plus menacés par les nouvelles lois qui redessinent la ville depuis plus de dix ans. Entre les spéculations immobilières et les tours de passe-passe destinés à moderniser le centre d’un point de vue touristique, les kiosques risquent de rester broyés dans un double étau.
« Ce sont des espaces qui sont fermés sous les pressions de la Commune de Barcelone, continue Patricia, pour effacer ce que l’on considère comme des « irrégularités » des façades. Mais ces kiosques qui donnent vie aux bâtiments permettent de créer un échange, une rencontre entre les habitants. Un exemple de ces choses qui me semblent merveilleuses, c’est le kiosque du 16 Calle Llibreteria. Il s’agit d’un bar-café par lequel les habitants du bâtiment sont obligés de passer pour rentrer et sortir de leur appartement. La façon dont les locataires, qui se déplacent avec leurs chiens et leurs courses, se mélangent avec les clients du bar qui boivent un café est tellement naturelle qu’elle crée une ambiance agréable entre les gens. Cela prouve que les bars à la mode, si artificiels, ne sont pas nécessaires pour créer une vie commune harmonieuse entre les clients. »
Durant les dix jours du Festival, on conseillera, pour découvrir les kiosques, des parcours inédits à travers les rues de la ville, qui seront accompagnés de performances visuelles, musicales et de danse, réalisées par des artistes qui viennent de Barcelone, mais aussi de France, de Chine et du Brésil.
“ Nous avons repéré une centaine de kiosques, jusqu’à présent, précise Patricia, et au cours du Festival, on signalera ceux qui se trouvent dans le centre-ville, les Barrios Gotico et Raval ainsi que a Gracia.
Ce sont des phénomènes importants également du point de vue ethnologique. Le Festival se fixe en effet l’objectif de retrouver avec un regard artistique des espaces chargés de mémoire collective.Le Festival prend le témoin du travail de recensement commencé il y a quatre ans par l’Institut catalan d’Anthropologie, et rassemblé dans la publication effectuée en collaboration avec le CCCB de Barcelone : « Loges : entre espace public et espace privé ».
Armés de guides recensant les divers parcours et le programme des représentations organisées au cours du Festival, les participants pourront parcourir la ville pour en connaître les recoins cachés. Pour les familles avec enfants, il sera possible d’avoir des parcours personnalisés. Parmi les initiatives artistiques prévues, pour n’en citer que quelques-unes : une fête culinaire à la Rambla del Raval, ainsi qu’une session de danse et de musique électronique dans les installations architecturales exposées dans les espaces publics,
« Le programme, explique Patricia, consiste en dix jours d’exposition dans cinq kiosques qui sont normalement fermés, et qui ouvriront exprès pour l’occasion. Cinq artistes créeront une oeuvre dans chaque kiosque. Le musicien Miguel Conejeros retransmettra les sons qu’on entend tous les jours dans cet espace, des bruits de l’intérieur à ceux de l’extérieur. Une pratique qui rappelle les premiers happenings sonores de John Cage, à qui nous voulons rendre hommage le 22 octobre, jour de l’inauguration d’une rétrospective que le Musée d’Art Contemporain (MACBA) consacre à l’artiste. »

Ce ne sont que quelques-unes des initiatives prévues dans les dix jours du Festival. Le programme complet se trouve à l’adresse : http://festivallilliput.wordpress.com , où vous êtes invités à participer à la réalisation d’une archive universelle des kiosques qui existent dans le monde entier.


Cristina Artoni
Traduction de l’italien Marie Bossaert
(20/10/2009)

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