Le Maghreb des livres, un mode alternatif de communication | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
Le Maghreb des livres, un mode alternatif de communication | Ghania KhelifiNöelle aurait voulu proposer le livre référence de l’égyptien Amin El Kacimi « L’émancipation de la femme en Egypte » au salon du Maghreb des livres. Mais voilà elle n’était pas au courant de cette manifestation. Rien aux journaux télévisés, rien dans la presse parisienne.
Nöelle Baladi est le produit d’un « mixage » familial irakien, syrien, égyptien et français. Depuis trente ans elle est traductrice agrée à Paris. Dans son salon d’attente, ses clients peuvent feuilleter et acheter pour quelques euros une traduction commentée du livre référence de l’égyptien Amin El Kacimi « L’émancipation de la femme en Egypte ».
Son éditeur trop modeste pour assurer la promotion de l’ouvrage s’apprêtait à l’envoyer au pilon. Nöelle a racheté le petit stock et tente de l’écouler auprès de ses clients. Nöelle aurait voulu le proposer au Maghreb des livres. Mais voilà elle n’était pas au courant de la manifestation. Rien aux journaux télévisés, rien dans la presse parisienne. Elle n’aura pas non plus de commentaires sur l’événement dans ces médias.
En dehors des radios spécialisées, il faut consulter les journaux en ligne dédiés à la communauté maghrébine ou de dimension euro-méditérranéene comme Babelmed , ou alors la presse locale des pays du Maghreb pour s’informer sur les deux jours du Salon.
Pourtant l’association Coup de Soleil, organisatrice de cette manifestation avec le soutien de la mairie de Paris, n’en est pas à son coup d’essai. Cette dernière édition (7-8 février 2009) était tout de même la quinzième ! Plus de 140 auteurs, 1000 nouveautés, près de 6000 visiteurs, des tables rondes, des débats passionnés et passionnants, des échanges directs avec des écrivains de renom, des rencontres émouvantes comme celle des lycéens et collégiens de Paris et du Pas-de-Calais avec le bédeiste Jacques Fernandez « Carnets d’Orient » et Yasmina Khadra autour du thème de la guerre d’Algérie ….bref des moments priviligiés qu’auraient peut-être appréciés nombre de parisiens français « de souche » ou d’origine immigrée.
En ces temps de trouble, c’était une précieuse opportunité d’écouter André Azoulay marocain et juif parler avec optimisme d’avenir euroméditerranéen, de paix possible au Proche Orient et d’Etat palestinien indépendant.
Le Maghreb des livres avec beaucoup moins de battage médiatique que ses pairs parisiens réussit à rassembler dans la convivialité juifs et arabes, militants de causes politiques opposées et de droits de l’homme, associations locales et organisations régionales, jeunes et moins jeunes venus non pas pour repartir avec un livre seulement mais pour écouter, dire toutes ces choses que la grande presse parisienne n’aborde jamais.
Pour l’instant, elle s’intéresse aux éditeurs maghrébins ou plus précisément à leur probable boycott du très couru Salon du livre de Paris prévu le13 mars prochain. Les éditeurs privés ou publics du monde arabe seraient absents dans leur majorité, selon les premiers échos sur le sujet, à cette grande messe du marketing éditorial dont l’invité d’honneur sera Israël. Il n’empêche que le succès du Magreb des livres a prouvé que les modes alternatifs de communication, les réseaux de la société civile marchent, et combien!

Ghania Khelifi
(23/02/2009)



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