Maghreb des films, des images pour mieux s’entendre | Ghania Khelifi
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Ghania Khelifi   
L’initiative est à mettre au compte de l’association Coup de Soleil qui a déjà à son actif l’organisation du Maghreb des livres dont la 15ème édition s’est tenue du 7 au 8 février. Le Maghreb des films s’articule, selon la présentation de Georges Morin, président de Coup de Soleil, en deux parties: une avant-première du 11 au 17 février puis une véritable première édition à l’automne sous la forme d’une quinzaine qui se renouvellera chaque année».

Soutenue par la mairie de Paris et de nombreux cinéastes maghrébins de France ou de «là-bas», la manifestation a révélé que la création, loin du système des productions pharaoniques, se porte bien. Sans sacrifier l’esthétique et le rêve, les thèmes de cette riche filmographie sont bien de notre temps et mettent à nu les archaïsmes des sociétés maghrébines d’une part, mais aussi les turpitudes des pays du Nord.

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«Ayrouwen» de Brahim Tsaki
Le Nord et le Sud; une problématique récurrente dans les films présentés. Le réalisateur Brahim Tsaki, Algérien résidant en France, dit à propos de son film Ayrouwen «je ne fais aucune référence à l’Algérie même si l’histoire se passe dans le Sahara. Ce film c’est la relation nord-sud, et je crois que nous au sud, nous ne devons plus attendre des gens du nord qu’ils nous dictent ce que nous devons faire». Sur fond d’une histoire d’amour «impossible parce que ce sont les plus belles» Tsaki aborde, à travers des personnages douteux qui enterrent en plein désert des déchets radioactifs, un thème rarement traité par le cinéma maghrébin, la pollution et les agressions contre l’environnement. Autre originalité de ce beau film en dépit de la modicité du budget de production, l’utilisation du targui, une langue berbère de l’Afrique du Nord.

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«Arezki l’indigène» de Djamel Bendeddouche
Djamel Bendeddouche lui aussi utilise le tamazight, le berbère kabyle dans son film Arezki l’indigène . L’épopée au siècle dernier de Arezki Béchir, bandit d’honneur et fils de l’un des pionniers de l’insurrection contre l’ordre colonial français, rappelle que ni le temps ni la puissance militaire ne peuvent résigner les peuples à l’injustice et la répression. Dans son enrobage humaniste romantique l’œuvre de Bendeddouche mérite le détour pour la prestation plus qu’honorable des acteurs et l’effort de reconstitution historique.

Maghreb des films, des images pour mieux s’entendre | Ghania KhelifiDans un tout autre registre, la réalisatrice franco marocaine Zakia Tahiri. Drôle, vif Number One est un long métrage mené tambour battant sur le rythme de la comédie. Le machisme mis à mal, les traditions chahutées et les démons conservateurs secoués; Madame Tahiri s’en donne à cœur joie et nous aussi dans cette fresque de la société marocaine d’aujourd’hui.

Maghreb des films, des images pour mieux s’entendre | Ghania KhelifiLe travail du tunisien Nouri Bouzid n’est plus à présenter. Nouri Bouzid avec son talent habituel dissèque, lui, le phénomène de l’intégrisme islamiste dans son Making of , en prise directe sur la société tunisienne traversée par les mêmes difficultés que ses voisins du Maghreb.
Dans les salles de banlieue ou à Paris, les spectateurs ont eu le privilège de débattre avec les réalisateurs et parfois avec les comédiens comme l’inénarrable Biyouna, des thématiques, des moyens de production et de toutes les anecdotes qui accompagnent le monde du cinéma. Une chose est sûre le Maghreb des Films est bien parti et accompagnera désormais son aîné le Maghreb des livres.

Ghania Khelifi
(23/02/2009)

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