Aflam: Colonisations et Indépendances dans les cinémas arabes | Equipe d’Aflam
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  Aflam: Colonisations et Indépendances dans les cinémas arabes | Equipe d’Aflam Reléguée au musée de notre histoire ou limitée aux cercles de spécialistes pendant plusieurs décennies, l’époque de la colonisation et des indépendances est réapparue en force dans l’actualité et les médias. Expositions, colloques, publications, débats télévisés, documentaires et fictions sur ce sujet sont venus rappeler que les blessures de l’histoire sont loin d’être refermées.

Comme si la nécessité s’imposait aujourd’hui, de dire, d’entendre et de reconnaître ce qui, de part et d’autre, a laissé des marques dans les mémoires. Comme si le temps était venu d’écrire ensemble cette histoire.
De ce côté-ci de la Méditerranée, en France, après les films produits pour servir le discours du temps d’une colonisation guerrière qui voulait aussi s’afficher comme pacificatrice, il fallut attendre longtemps toute évocation de la guerre d’Algérie (si l’on excepte René Vautier et Jacques Demy, Yves Boisset …) C’est seulement en 2006 qu’Indigènes de Rachid Bouchareb, coproduction franco-algérienne, s’est intéressée à l’un des grands oublis de notre histoire en nous livrant le récit de ces Algériens et Marocains qui ont servi la France durant les guerres coloniales et les guerres mondiales, sans qu’aucune reconnaissance ne leur ait été rendue.

Pour Aflam, implanté à Marseille, naguère «port de l’empire colonial» et aujourd’hui l’un des grands pôles de l’immigration et des échanges commerciaux avec les pays du Maghreb et du Proche-Orient, l’idée de revisiter cette histoire à travers les œuvres des cinéastes arabes s’est tout naturellement imposée.

Dans les pays arabes, la naissance d’organismes de cinémas nationaux a souvent accompagné la naissance des indépendances, avec bien entendu des modalités différentes selon les pays. On ne peut guère comparer le cas de l’Egypte, producteur d’un cinéma original depuis les années 1920, et celui des pays du Maghreb, avec de notables différences entre eux, ou même d’autres pays du Machreq comme la Syrie ou l’Irak, où la production cinématographique, dans beaucoup de cas, était plus ou moins inexistante à la date des indépendances.

Dans le cas de ces pays, l’urgence à utiliser le cinéma pour affirmer des points de vue libérés de l’emprise coloniale a été le moment, parfois éphémère, d’une création cinématographique originale, politique et militante, loin de la propagande qui, plus tard, viendra parfois amoindrir les singularités de chacun de ces cinémas. Et c’est évidemment à la recherche de ces films que nous sommes allés avec une double préoccupation :
- à partir des films produits par les pays arabes, proposer une lecture de cette histoire récente sans oublier les relations avec l’histoire plus globale des empires en Méditerranée. D’où ces «quelques points de repères…» que nous proposons au public en introduction à notre programme;

- rendre compte de l’histoire contemporaine de cette région sans éluder les phénomènes coloniaux qui y demeurent ou réapparaissent, comme en Palestine ou en Irak.

Les obstacles ont cependant été nombreux dans la recherche d’une sélection significative de films de cette époque. Beaucoup de films, célébrés dans leur pays au moment de leur sortie et diffusés par les festivals et ciné-clubs du reste du monde, essentiellement dans un cercle de cinéphiles militants, ont été progressivement oubliés ou même écartés du fait des évolutions de l’histoire de leurs pays. Leurs copies sont aujourd’hui introuvables, ou encore, il n’existe pas de copies sous-titrées. Quant aux films permettant d’élargir le champ de la réflexion historique et politique sur cette période, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la période ottomane, ils sont extrêmement rares, et difficilement diffusables en raison de leur durée et dans le cadre d’une programmation d’une dizaine de films.

Très vite, il nous est donc apparu que nous ne saurions traiter ce sujet de manière exhaustive. Les films que nous avons pu réunir dans ce programme répondent néanmoins à l’ambition qui était la nôtre: contribuer au travail de mémoire sur cette période à travers le point de vue des cinéastes arabes, et raconter en même temps l’histoire de l’émergence d’une expression cinématographique originale.

Tout en exaltant les luttes de libération, ces cinéastes ont su dire aussi, de façon lucide et parfois acerbe, les erreurs de leurs propres gouvernements, la persistance de déséquilibres et d’inégalités sociales hérités des anciens systèmes ou générés par de nouveaux pouvoirs.

Cette première manifestation, surtout consacrée aux luttes pour l’indépendance, appelle une suite que nous nous promettons de proposer bientôt au public marseillais.


Aflam: Colonisations et Indépendances dans les cinémas arabes | Equipe d’Aflam ________________________________________________________________ Présentation du programme
Présenté en introduction à ce cycle de projection, Combien je vous aime, montage d’archives réalisé en 1985 par Azzedine Meddour, est un essai d’analyse de la politique coloniale de la France en Algérie, un regard acéré et ironique porté sur le discours politique de l’autre à travers les images produites, notamment, par les journaux télévisés français. Ce film restera en boîte pendant de nombreuses années après sa première diffusion…

Chroniques des années de braise de Mohamed Lakhdar Amina (1974) analyse les causes de l’échec de la colonisation très particulière qui liait l’Algérie à la France tandis que Tahia ya Didou de Mohamed Zinet - appelé aussi Alger insolite (1971), raconte une étrange déambulation dans la Casbah d’Alger de deux hommes liés par le souvenir terrible de la torture. Sejnane d’Abdellatif Ben Ammar met en parallèle avec une grande subtilité, l’assassinat politique de grévistes et l’assassinat symbolique d’une jeune fille contrainte au mariage, en Tunisie, à la veille de l’indépendance.

C’est sur la corruption des élites politiques égyptiennes par les Anglais que revient Youssef Chahine en 1969 avec La Terre, un hommage au courage des paysans égyptiens luttant pour leur survie. Un grand film, un peu oublié dans la filmographie prolixe de ce réalisateur qui, dix ans plus tôt, fasciné par la bataille menée en Algérie pour l’indépendance, avait réalisé Gamila, l’Algérienne.

La question de l’occupation de la Palestine par Israël depuis 1948 est centrale dans beaucoup de films produits dans la région, de l’Egypte à la Syrie et au Liban. Kafr Kassem (1974) en est un exemple, puisqu’il raconte les répercussions dramatiques de la nationalisation du Canal de Suez par Nasser en 1956, avec en représailles l’assassinat par les Israéliens des habitants d’un village palestinien.
Œuvre du libanais Bohrane Alaouié, ce film qui avait obtenu le Tanit d’or aux Journées Cinématographiques de Carthage en 1974 était une production syrienne, puisque tourné grâce au soutien de l’organisme étatique de ce pays qui, on le sait peu, a parfois contribué à l’époque, à l’émergence d’un cinéma arabe libre et engagé.

Présenté avant Kafr Kassem, Be quiet, court-métrage tourné en 2005 par Sameh Zoabi, jeune cinéaste, palestinien d’Israël, vient souligner le fait qu’en Palestine, la colonisation est toujours d’actualité.

Réalisé en 1992 par Mohamed Malas, cinéaste de la seconde génération des réalisateurs après les indépendances, La Nuit révèle avec force le traumatisme qui gangrène la société syrienne après l’occupation du Golan par les Israéliens.

Dans Noces en Galilée (1987) Michel Khleifi, cinéaste palestinien originaire de Nazareth, mieux connu du public, vivant depuis longtemps en Belgique, raconte comment, juste avant la première Intifada, le chef d’un village palestinien se voit contraint d'accepter la présence d'officiers israéliens durant le mariage de son fils.

Deux films se distinguent l’un par sa production, l’autre par la jeunesse et l’origine de son réalisateur.
Le Lion du désert (1980) de Mustapha Akkad est l’œuvre d’un réalisateur syrien tout à fait atypique vivant et travaillant aux Etats-Unis, mais extrêmement populaire dans les pays arabes pour avoir réalisé ce film à grand spectacle sur Omar Mukhtar, figure épique de l’opposition à l’occupant italien en Libye. Moins connu que l’émir Abdel Kader, ce personnage est devenu un emblème des luttes de libération à partir de ce film hollywoodien tourné principalement avec des acteurs américains et italiens. Le film est fréquemment diffusé dans les festivals et par les télévisions arabes.

Le Regard (2004) est le premier long-métrage de Nourredine Lakhmari, réalisateur d’origine marocaine vivant depuis 20 ans en Norvège. Construit en flash-back entre la réalité d’aujourd’hui et le passé, le film traite de la fin de l’occupation française au Maroc. Il témoigne de la nécessité pour la génération des enfants et petits-enfants de l’indépendance de défendre aujourd’hui la mémoire des leurs et de rappeler le racisme et la cruauté d’un occupant qui se disait «civilisé».
Par l’équipe d’Aflam
(16/04/2007)
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