Made in Algeria, généalogie d'un territoire | MuCEM de Marseille, Zahia Zahmani, Jean-Yves Sarazin, Algérie Française, Cécile Degos
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Djalila Dechache   

//Un superbe catalogue broché de 240 pages (éd. Hazan) accompagne cette exposition. Un superbe catalogue broché de 240 pages (éd. Hazan) accompagne cette exposition. Une exposition sans nulle autre pareille est à l'affiche au MuCEM de Marseille. Elle réunit un ensemble de cartes, dessins, peintures, photographies, films et documents historiques, complété d’œuvres d'artistes contemporains. L'ensemble est composé de près de 200 pièces provenant de différents musées français et étrangers. Le Commissariat général est assuré par Zahia Zahmani, responsable à l'Institut National d'Histoire de l'Art et Jean-Yves Sarazin, Directeur du département des Cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France. La scénographie est l’œuvre de Cécile Degos.

//Reiner et Iosua Ottens, Nouvelle Carte du royaume d'Alger, divisée en toutes ses provinces, Amsterdam, vers 1750, carte gravée.Reiner et Iosua Ottens, Nouvelle Carte du royaume d'Alger, divisée en toutes ses provinces, Amsterdam, vers 1750, carte gravée.

C'est la première fois que cet ensemble de cartes originales est montré au public.

Le parcours de l'exposition se décline en 4 temps :

« Vue de loin », un territoire vu du large avant 1830 ; « Tracer le territoire », de la conquête à la colonisation après 1830  (colonisation de peuplement pourrait-on ajouter) ; puis « Capter l'Algérie », à la fin de l'Algérie Française ; et pour finir « Au plus près », la partie contemporaine après l'Indépendance obtenue en 1962.

Laisser parler les cartes est sans doute beaucoup plus puissant que de longs discours. Même si l'exposition se tient à la période coloniale (1830-1962) et n'évoque pas la guerre d'Algérie, il n’en demeure pas moins qu’une guerre de libération ne peut s'effacer aussi simplement. Elle est présente en creux dans l’exposition. Elle est présente dès le début de la colonisation par la résistance de l’Emir Abdelkader et ce durant 17 ans. Elle est présente par les noms français qui demeurent dans les villes d’Algérie et par les noms de généraux sur les boulevards extérieurs parisiens et ailleurs. Elle reste présente dans les yeux et dans « une forme d'inconscient collectif qui a du mal à surmonter une histoire coloniale » dit Zahia Zahmani ; en chaque algérien et en chaque français, il y a une blessure liée à cette histoire commune et complexe. Plus encore, on comprend mieux pourquoi au Maghreb, les Algériens sont ceux qui gardent les stigmates les plus profondes, les plus indélébiles et, qui plus est, sont transmises en silence de génération en génération.

Lorsque les français débarquent à Sidi-Ferruch en 1830, ils «  connaissent mal le territoire de la Régence ottomane ».Todd Shepard, contributeur au catalogue de l'exposition, raconte que « les commentateurs vont d'écrire l'Algérie comme une terre d'expansion. Il est vrai que l'Algérie a servi de laboratoire tant dans le domaine de l'agriculture, du tourisme, de l'architecture, des sciences et de la surveillance territoriale ». Sans oublier l'ethnologie et l'archéologie qui ont quadrillé le territoire de leur classification et dénomination.

En 1848 l’Algérie était française, divisée en trois départements : Oran, Alger et Constantine. Dès1882, l’ensemble du territoire était sous contrôle et pourrait-on dire, encarté au sens propre, nommé, délimité, détaillé, enregistré.

 

//Katia Kameli, l'œil se noie, document préparatoire pour la vidéo Le roman algérien, Alger2015, photographie, p180-181.Katia Kameli, l'œil se noie, document préparatoire pour la vidéo Le roman algérien, Alger2015, photographie, p180-181.

 

 

Au total, des cartes impressionnantes aux immensités sans limites, fantasmées, comme des terres nouvelles à conquérir au nom d'une civilisation à imposer, vierges où tout recommencer devient possible.

 

Le MuCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) s’est associé à l’INHA (Institut national d’histoire de l’art) et à la BnF (Bibliothèque nationale de France), le Musée de l’Armée, les Archives nationales d’outre-mer et les Archives du ministère des Affaires étrangères y ont contribué également en prêtant des documents jamais encore exposés. De même que Le Château de Versailles a sorti, pour la première fois, des tableaux de commandes passés jadis aux peintres.

 

Des œuvres contemporaines, pour la plupart inédites, sont également exposées. Elles proviennent d’artistes contemporains vivants : Louisa Babari, Mostafa Goudjil, Hellal Zoubir ou encore Hassan Ferhani et Gaston Revel. Le film de Zineb Sedira où l’on voit son père arpenter ses terres perdues est bouleversant et rappelle d’autres scènes qui se répètent ailleurs dans le monde.

 

Les textes de divers d'auteurs viennent nourrir l'exposition, citons Mohamed Dib, Nadira Laggoune, Hélène Blais, Fouad Soufi et Sylvie Thénault.

 

L'intérêt et le bien-fondé de cette exposition font qu'elle est propice au dialogue, à la rencontre, au partage. Aussi espère-t-on, après les chanceux qui ont pu la voir à Marseille (elle se hisse au premier rang en termes de fréquentation du public durant le week-end) qu'elle sera accueillie ailleurs aux quatre coins de France, du Maghreb... Car elle contribue vraiment à une meilleure connaissance du monde à la portée de tous.

 


 

Djalila Dechache

18/04/2016

 

MuCEM
Esplanade du J4, Marseille 2ème
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