«Pensées du Monde 2016 : quel avenir pour nos frontières ?»  | Mucem, Michel Foucher, Tzvetan Todorov, Fethi Benslama
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«Pensées du Monde 2016 : quel avenir pour nos frontières ?» poursuit les questionnements des deux premières éditions Civilisation et Barbarie» (accompagné par l’historien des idées Tzvetan Todorov en 2014) et «La Peur. Raisons et Déraisons» (accompagné par le psychanalyste et essayiste Fethi Benslama en 2015).

//Michel FoucherMichel FoucherCette nouvelle saison de conférences sera accompagnée par Michel Foucher, géographe et diplomate, essayiste et grand voyageur, ancien directeur du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, titulaire de la chaire Géopolitique appliquée du Collège d’études mondiales.

L’avenir des frontières ? Enjeu du présent...

La thématique des frontières rencontre plus que jamais une brûlante actualité : la question des migrants et des réfugiés en attente depuis des mois aux portes de l’Europe, en particulier l’afflux des réfugiés Syriens ; le remodelage des frontières Sykes-Picot au Moyen-Orient avec l’instauration du Califat de l’Etat islamique ; et bien sûr, les attentats tragiques de Paris qui questionnent les frontières ouvertes de l’espace européen, entraînant le risque de tous les replis...

De la frontière envisagée dans sa réalité géographique et géopolitique à la frontière plus impalpable et symbolique des langues et de la création artistique...n’est-ce pas là une réalité que se doit d’explorer un Musée des

« L’Europe et le monde qui commence à ses portes », par Michel Foucher

« Traverser les frontières m’aide à voir » : Michel Foucher a fait sienne, en géographe, cette phrase pour caractériser son éthique de vie et son imaginaire du monde. Entre l’homme de la rationalité géopolitique et le poète, une expérience commune : le besoin et le plaisir de passer de l’autre côté, de regarder au-delà ou d’un autre point de vue. La frontière est ainsi la ligne qui, en dessinant l’horizon, le borne et l’ouvre à la fois. Aussi loin qu’il se souvienne, Michel Foucher, né en banlieue parisienne en 1946, a su que le voyage serait son destin. Nourri de ses rêves d’enfant, il a choisi la géographie et, dans cette discipline, la question des frontières. Pourtant, précise-t-il souvent, « pour un géographe, il n’y a pas de frontière ». Entendez : nulle frontière n’est « naturelle », inscrite de toute éternité et pour toujours sur terre, dans le paysage, entre les nations. Cette idée de frontière naturelle, qui façonne pour une part le « modèle français » des frontières, a une histoire avant d’avoir une géographie : elle est née à l’époque révolutionnaire de 1789 dans l’euphorie scientiste et universaliste qui voulut définir les frontières inscrites dans la terre elle-même, ses montagnes, ses mers et ses fleuves. C’est donc bien plutôt à «l’invention des frontières» que Michel Foucher s’intéresse, car si l’idée symbolique ou le besoin de frontière est inscrit anthropologiquement dans la manière dont les hommes aménagent leur vie en société, leur tracé, lui, est institué par l’histoire et la politique... pour le meilleur et parfois pour le pire.

Il affirme cette position dès son premier ouvrage, L’Invention des frontières, paru en 1986, qui était sa thèse, consacrée essentiellement à l’Amérique latine (complétée et plusieurs fois republiée depuis sous le titre Fronts et Frontières). Et il s’impose très vite comme un spécialiste scrupuleusement documenté, maniant aussi bien la longue histoire des frontières que leur actualité la plus brûlante. Il était pionnier en 1986 à s’intéresser à ce sujet ; la chute du mur de Berlin trois ans plus tard l’a rendu incontournable et a affermi pour longtemps son travail. Car, aime-t-il à expliquer, ce moment de 1989, que tout Européen a vécu sous le mode de l’abolition des frontières – avec la destruction de celle, de fer, qui séparait alors le monde en deux depuis plus de quarante ans - a inauguré au contraire une «obsession des frontières» (pour reprendre le titre d’un de ses livres paru en 2007) qui a contribué à faire de la « question des frontières », sous toutes ses formes, le sujet crucial d’aujourd’hui. Ne serait-ce qu’en Europe, 14 000 km de frontières internationales ont été créées depuis 1989, note-t-il dans L’Obsession des frontières (2007) et 40 % de la population européenne vit dans des zones frontalières ou transfrontalières. A l’ère de la globalisation, se lie finalement aux frontières le destin problématique du modèle de l’Etat-nation hérité du XIXe siècle. En ce temps-là, l’Europe inventait le passeport avec l’objectif de contrôler et limiter les sorties de ses ressortissants ; sommes-nous, avec murs et barbelés, en train d’inventer un moyen d’empêcher les entrées ? Qu’est-ce alors qu’une bonne frontière, si ce n’est, comme le conseillait naguère Théo Klein à Ariel Sharon, le premier ministre israélien, « celle qui donne à chaque peuple le sentiment d’être libre chez soi, parce que, alors, la frontière peut-être un lieu de rencontre et de coopération plutôt qu’une ligne de confrontation ? ». Autant de questions et de convictions que défend inlassablement Michel Foucher.

 


 

Bibliographie

Frontières d’Afrique. Pour en finir avec un mythe (CNRS éditions, 2014)

La Bataille des cartes (Bourin éditeur 2010, édition sur IPad 2012)

L’obsession des frontières (Ed. Perrin, 2007, Tempus 2012)

L’Europe et l’avenir du monde (Ed. Odile Jacob, 2009)

Fronts et frontières, un tour du monde géopolitique (Fayard, dernière éd. 2004)

 

A voir

« L’Avenir des frontières », Conférence au Festival de Géographe de Saint-Dié, juin 2015 https://www.youtube.com/watch?v=1ILCFSsQ5eI

Le cycle « Pensées du Monde » donne lieu à une publication numérique sur le site internet du Mucem ainsi que sur le quotidien en ligne Mediapart qui en est partenaire. Les conférences sont enregistrées et filmées et peuvent être podcastées sur le site du Mucem.Découvrez la sélection d’ouvrages de la librairie du Mucem à l’issue de la rencontre.

Prochaines conférences : Rashid Khalidi (14 mars), Achille Mbembe (28 avril), Milad Doueihi (19 mai), Barbara Cassin (2 juin). [Voir le programme complet en pièce jointe].

 

Informations pratiques pour le public

Pour les rencontres gratuites : Entrée libre dans la limite des places disponibles.

www.mucem.org