Festival panafricain d’Alger 2009 | Halim Zenati
Festival panafricain d’Alger 2009 Imprimer
Halim Zenati   
Festival panafricain d’Alger 2009 | Halim Zenati44 pays participants: 8000 artistes. Des auteurs de théâtre et dramaturges, des écrivains, danseurs, musiciens, chanteurs, designers, plasticiens, photographes...ont participé à la manifestation.

Au programme: une rétrospective du cinéma africain, des pièces de théâtre au TNA d'Alger
(Théâtre National), une exposition collective de photographes africains au MAMA (Musée d'Art Moderne d'Alger), une exposition collective de designers ainsi qu'une autre de femmes africaines plasticiennes au palais des expositions d'Alger.

Pour la musique et la danse: 6 scènes à Alger, et plusieurs autres à Boumerdes, à Tizi Ouzou...

Impossible de gouter tout ce menu alléchant. Des choix s'imposent. Pour raison professionnelles, j'opte pour la musique, principalement celle de la grande esplanade du Mémorial des Martyrs (Ryad El Feth) , celle du théâtre de verdure du même lieu et à l'Auditorium de la Radio Algérienne, distant de 3 km.

L'ouverture du festival à eu lieu à «La Coupole », une salle de spectacle en forme de soucoupe volante sur les hauteurs d'Alger. Le chorégraphe Kamel Ouali, maitre d'oeuvre de la cérémonie séduit le public par son utilisation de tout l'espace, depuis les différentes portes d'entrée jusqu'aux gradins. Comme hors d'oeuvre et dessert du festival lors de cette ouverture: la diva algérienne Warda El Djazaïria, la cap-verdienne Césaria Evora et le maitre du M'balax Youssou N'Dour.

Dès le premier jour, 3 concerts par soir sur l'esplanade: mélange d'artistes algériens, de danses africaines et de grosses pointures de la scène musicale. Et ce, jusqu'a 2h du matin. Pendant 15 jours, les stars ont défilé pour le nombreux public algérien.

Manu Di Bango, toujours égal à lui-même: hilare, débonnaire et talentueux. Salif Keita, majestueux ainsi que Ray Lema qui lui, étant passé en première partie du chanteur Cheb Bilal, aurait pu bénéficier de plus de public. Youssou N'dour, en blanc; eblouissant. Dans le public, parmi les gens des medias, l'adjectif «Prince» revenait souvent. Kasav a enflammé le public. Leur plaisir de rejouer sur la même place 24 ans après (5 juillet 1985: fête de la jeunesse) était communicatif. Jocelyne Beroard, Georges Decimus et Jacob Devarieux plus énergique et déchainé que jamais. Amazigh Kateb, lui, jouait en terrain conquis: C'est une idole à Alger, ville où il a vécu et où il joue régulièrement. Nouvelle formation, dont 2 membres de l'ex Gnawa Diffusion et 1 DJ sampler et des nouveaux morceaux à paraître en CD au mois d'octobre 2009. Un concert de complicité entre le public et lui.

La palme du concert de feu du festival revient incontestablement à Khaled: L'immense place affichait complet (environ 10 000 personnes). Très difficile de se déplacer, les services de sécurité renforcés, même les cotés et l'arrière de la scène étaient bondés. Le «King» s'est donné complètement, enchainant pendant 2h et ½ les morceaux de son dernier album et ses succés, y compris son premier «Trig el lycée» à l'age de 17 ans.

Quelques déceptions: Alpha Blondy aux abonnés absents , Faudel médiocre, Raîna Raî pas au mieux de sa forme, Houria Aîchi et le groupe Hidjaz-Car, desservi par l'esplanade et qui aurait gagné à jouer dans une salle comme celle de l'Auditorium de La Radio Algerienne.

Auditorium qui a eu une programmation très jazzy avec Bernard Allisson dechainé et finissant sur un Medley de Voodoo Chile d'Hendrix et de Black Night de Deep Purple...
Patrick Bebey, le fils de Francis, le groupe de jazz egyptien 'Ifthikassat», une decouverte.
L'algérien Karim Ziad dans une fusion jazzo-gnawi avec Michel Allibo de «Sixun» et le marocain Màalem Hamid El Kasri.

L'avant-premiere d'un projet entre le saxophoniste américain Chico Freeman, le batteur maroco-sénégalais Mokhtar Samba et le guitariste algérien Djamel Laroussi
La magie, inattendu, est venue de rencontres et de «boeufs» impromptus; comme celle du pianiste cubain Omar Soza et le groupe Ahallil «Barka Foukani» de Timimoun. Omar Soza en pleurait d'émotion et jurait de ne plus faire de fusion avec des groupes autres que «Barka Foulani». Autre moment fort : celui offert par l'artiste sénégalais Tom Diakité qui au moment de laisser la place au groupe de musique gnawa «El Bilalia de Mascara» a fait un boeuf mémorable avec eux.

Une chose essentielle ressort de ce festival. Une question posée par tout le monde: Pourquoi ne pas programmer plutôt des manifestations plus modestes sous forme de biennale des différentes disciplines au lieu d'attendre encore 40 ans.

Autre lieux, autres disciplines. Le Musée d'Art Moderne d'Alger (MAMA) abrite une rétrospective du peintre algérien Mesli ainsi que 2 étages consacrés à la photographie africaine. Une judicieuse scénographie a mis en valeur le choix du commissaire d'exposition Nouredinne Ferroukhi: « Regard Africain », une exposition de 30 photographes africain montrant chacun leur vision de l'Afrique dont le Beninois Paul Kabiré et ses photos sur les fous errants de la capitale, la sénégalaise Elise Fitte Duval et ses photos sur le corps et la chorégraphie. Le sénégalais Baudouin Bikoko et ses doubles photos de Dakar prise dans le rétroviseur. L'algérien Karim Abdeslam et son Alger la »Mahroussa» (la bien gardée) sous forme de petites histoires courtes chacune dans un style différent.
L’exposition, à ne pas rater, se prolongera jusqu'en septembre.

Plus loin, dans la banlieue d'Alger au Palais des Expositions, se tiennent deux expositions collectives. La premiere, celle de 30 artistes femmes plasticiennes « Femmes Africaines » composée de peinture, dessin, installation in-situ, vidéo, d'une qualité totale avec, entre autres, Sit Habile Mloshwa d'Afrique du Sud, la franco-sénégalaise Aminata Djegal et l'algérienne Thilleli Rahmoun. Un agencement bien réussi qui rend le parcours très agréable.

A coté, l'exposition des designers africains, plus d'une trentaine dont l'ivoirien Jean Servais Soumian, le comorien Ravi Jetshan et le congolais Baudouin Bikoko mata propose une
production focalisée sur l'ameublement: Sofa, tables, lampadaires, luminaires, chaises....
Le plaisir est d’autant plus fort que les oeuvres exposées sont totalement inédites en Algérie, comme ailleurs, par manque de visibilité médiatique.

Les performances et les oeuvres de ces différentes disciplines ont concouru à prouver que l'Afrique est un véritable chaudron de création qui ne concerne pas exclusivement la musique.

Halim Zenati
(22/08/2009)

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