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Méditerranée / FOCUS. Quatre photographes émergents au Liban
 
Diala Gemayel
Lara Tabet
La photographie, c’est un peu comme le chant : il n’y a pas d’âge pour commencer. Pour Tony Elieh et Lara Tabet, c’est sur le tard que l’intérêt a vraiment pris. «C’est en 2004 que mon voyage dans l’univers photographique a commencé», raconte cet amateur, par ailleurs cofondateur et bassiste du groupe libanais post-punk Scrambled Eggs. «Ma petite amie m’a offert un petit appareil digital dès qu’elle a su que je m’intéressais à cette nouvelle technologie. Quand il a commencé à montrer ses limites, j’ai reçu en cadeau mon actuel Canon 350D. J’ai lu, suivi quelques cours et je me suis orienté vers la photographie artistique, qui me plaît et reflète qui je suis vraiment».
Quant à Lara Tabet, pathologiste à l’hôpital américain de Beyrouth, elle s’est «d’abord intéressée au cinéma». «Avec La jetée de Chris Marker, j’ai eu le choc qu’une image fixe pouvait avoir autant d’ampleur tout en étant pour moi plus quotidienne. J’avais besoin d’un déclic et il est venu. En 2004, je partais un mois pour l’Éthiopie. J’ai emporté le petit Kodak de ma mère et j ai pris des photos partout où j’allais. Le résultat (clichés surexposés, couleurs désaturées) était assez fidèle à ce que j’avais vu là-bas.
Tanya Traboulsi a «toujours pris des photos, de tout, de tout le monde, d’objets, de moments, pendant mes voyages». Cependant, ce n’est que depuis quelques années que cette Libano-Autrichienne vit entièrement de sa passion. «Jusque là, cela ne m’avait pas effleuré l’esprit, mais quelques bonnes rencontres m’ont poussée là où je suis. La photo est devenue mon métier et elle remplit ma vie jour et nuit».
Précoce aussi, Gilles Khoury. «À six ans, j’ai fait mon premier portrait avec une Nikon F3 qui appartenait à ma tante photographe. Mon geste était instinctif». Le futur ingénieur en informatique se souvient : «Tout a vraiment commencé à 15 ans, quand j’ai fait de l’humanitaire dans un bidonville de Beyrouth. Les habitants m’ont fasciné, ils étaient atypiques, inhabituels et terre à terre ; ils en devenaient beaux. À l’époque, j’ai attrapé le premier appareil photo qui m’est tombé sous la main, un petit Sony Cybershot, et le déclic s’est fait».

Tony Elieh
Liberté de format et de pellicule

Tous les quatre gardent une trace forte de leur premier appareil photo. Les années passant et leur savoir-faire se développant parallèlement à leur univers personnel, les «fétiches» apparaissent : Tony Elieh rêve de pouvoir s’offrir le Canon 5D, Lara Tabet partage ses envies entre son Pentax argentique, avec un objectif 28-80 mm, et un Polaroid sx-70. Tanya Traboulsi et Gilles Khoury partagent la même passion pour la marque Lomography : Holga pour la première et Diana F+ pour le second.
Ils ont en commun de se laisser la liberté de choix entre la couleur et le noir et blanc : «Suivant le cadre et la composition de la photo, je décide à la dernière minute» (Tony Elieh) ; «Le noir et blanc fait ressortir l’humain, et, quand l’esthétique le demande, capturer la couleur» (Lara Tabet) ; «Tout dépend de ce que je photographie, de l’atmosphère surtout» (Tanya Trabousli) ; «C’est le moment, le sujet et mon état d’esprit qui
décident à chaque fois» (Gilles Khoury).

Tanya Traboulsi
Liban toujours, Liban malgré tout…

Pour tous, être photographe, c’est une réalité : pour Tony Elieh, c’est avant tout «exprimer l’intimité du sujet et ce que cela représente plutôt que l’objet lui-même» ; pour Lara Tabet, «l’élan» reste le moteur, «l’attente qu’une pellicule soit terminée et l’excitation de voir le résultat» ; Tanya Traboulsi espère voir ses désirs «exaucés : travailler et voyager» ; enfin, Gilles Khoury dit : «Mon seul désir est de suivre mon appareil, qu’il me guide,
qu’il m’emmène, ici et ailleurs, qu’il soit mon flair et mon œil».

L’enthousiasme a quelque peu tendance à s’étioler lorsque leur est posée la question de leur situation de photographe au Liban. Tanya Traboulsi, la seule professionnelle, répond d’emblée : «Ici, les opportunités sont limitées, avec très peu de respect pour le travail, qui est peu payé. Mais le pays fournit une énorme quantité de sujets» ; Gilles Khoury ressent la même ambivalence : «La diversité et le kitsch des paysages libanais sont tout ce que je recherche dans mes photos. Mais d’un autre côté, être photographe professionnel au Liban me semble être une utopie : pas assez de débouchés, de reconnaissance ou d’opportunités de travail». Tony Elieh et Lara Tabet sont d’un autre avis : pour le photographe musicien, «le Liban a tant de diversité, de contrastes, Beyrouth, son beau chaos…C’est ce que j’essaie toujours de montrer» ; et pour la photographe pathologiste, «être photographe dans mon pays, c’est intégrer ou refuser une réalité socioculturelle lourde de connotations».

Gilles Khoury
Plus que la parole, chacun de leur site ou leur blog exprime ce qu’ils ont à dire à travers l’objectif : Tanya Traboulsi, qui vient d’ajouter son nom et son savoir-faire à l’agence autrichienne Anzenberger, travaille sur «un reportage photographique sur la scène musicale libanaise underground». Tony Elieh garde le secret sur «un projet qui pourrait être bientôt exécuté»; quant à Gilles Khoury, après avoir remporté l’AUB Contest Photography en novembre 2008, relève «le pari difficile et contraignant», depuis mars dernier, de publier sur son blog une photo par jour. Il prépare «pour bientôt» sa première exposition. Enfin Lara Tabet a elle aussi ouvert son blog il y a quelques mois ; elle a «trois projets en cours de réalisation et d’exécution», qui prendraient la forme d’un livre ou d’une exposition…


http://www.tanyatraboulsi.com
http:// tonyelieh.redbubble.com
http://g-onthespot.blogspot.com
http://www.laratabet.wordpress.com
http://happinesssearcher.blogspot.com

Diala Gemayel
(22/08/2009)
Ils sont nés entre 1976 et 1990, ils vivent au Liban. Professionnels ou amateurs, la photographie est pour eux un prisme de vie fondamental. Rencontre avec Tanya Traboulsi, Lara Tabet, Gilles Khoury et Tony Elieh.
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