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Méditerranée / Littérature / Mahmoud Darwich, Entretiens sur la poésie
 
 
L’avantage des livres d’entretien, c’est qu’ils n’ont ni véritable début, ni vraie fin. On les lit, les laisse et les reprends à loisir. Sans jamais s’en lasser, comme avec ces «Entretiens sur la poésie» publiés en octobre 2006 chez Actes Sud, et qui avaient initialement été publiés en cinq parties en 2005 dans le quotidien arabe de Londres Al Hayât.

Mahmoud Darwich y confie ses réflexions sur son œuvre et sur l’écriture poétique. Poète engagé dans la politique, Palestinien déraciné, il ne manque pas non plus de nous livrer quelques réflexions sur la patrie palestinienne et ses relations avec les Israéliens. D’un entretien à l’autre, le grand poète palestinien apparaît partagé enter son métier d’écrivain et l’appel de la politique auquel il a cédé puisqu’il a été plusieurs années durant membre du Comité Exécutif de l’OLP. Il a également écrit plusieurs discours de Yasser Arafat.

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Extraits

L’angoisse de la page blanche:

«Quand vous écrivez, vous êtes absolument seul, et personne ne vous aide. Et c’est tant mieux car si vous êtes aidé, vous n’existez plus. Mille poètes habitent chacun de nous. Un poète ne commence jamais de rien, du blanc, mais risque d’y aboutir. En écriture, le blanc n’existe pas. (…° Nul texte poétique n’appartient qu’à celui qui l’a écrit, étant donné que nous portons forcément certains traits, même minimes, de poètes que nous avons lus. Ces traces ne doivent cependant pas faire disparaître nos propres traits. (…) Pour moi, la vraie question, et la plus difficile, reste la suivante: Où, sur la page blanche, ai-je ajouté du nouveau? C’est que al véritable poésie est tellement rare!»

La poésie et le roman:

« Non, en dépit de ma passion pour le roman (je n’ai pas pensé écrire un roman). J’envie les romanciers parce que leur monde est plus vaste que le nôtre. Le roman est en mesure d’assimiler tous les domaines du savoir, toute l’expérience humaine individuelle et collective. Il absorbe les autres genres littéraires, y compris la poésie, et en profite. (…) Dernièrement, un roman arabe m’a agréablement surpris: c’est L’immeuble Yacoubian de l’Egyptien Alaa al-Aswâni. Ce qui m’a plu dans ce roman, c’est qu’il n’a pas eu besoin d’un langage littéraire très élaboré. L’expérience humaine qu’il raconte est suffisamment riche pour l’en dispenser.»

Le retour en Galilée du nord (après la création de l’Etat d’Israël):

«Nous avons vécu dès lors à Deir al-Assad. On nous désignait par le mot ‘réfugiés’, et comme nous nous étions absents lors du recensement et que nous sommes rentrés illégalement, nous avons beaucoup peiné pour obtenir des carets de résident. Une nouvelle appellation nous a été attribuée: ‘les présents-absents’! C'est-à-dire que nous étions présents physiquement mais absents juridiquement. Nos terres ont été confisquées et nous sommes devenus des réfugiés.»

La patrie après l’exil:

«Mes sentiments sont confus, et ma langue aussi. A Ramallah, je ne me sens aps vraiment dans ma patrie mais une grande prison élevée sur la terre de ma patrie. C’est comme si je ne m’étais pas libéré de l’exil. Celui qui, en exil, portait en lui la patrie se sent aujourd’hui en exil tout en vivant dans sa patrie. Les frontières sont très floues. La liberté est très féroce et très belle. (…) Le plus important est de ne pas laisser tomber la patrie ni de nos mains ni de notre imagination. Nous avons affronté de nombreuses tentatives de nous exclure de ce pays. Les Israéliens ne construisent pas le mur pour nous séparer d’eux mais de nous-mêmes.»

La maison:

«La maison, c’est être seul avec moi-même. C’est aussi les livres, la musique et le papier blanc. La maison est en quelque sorte une chambre d’écoute de ce que nous avons de plus profond, une tentative aussi d’investir le temps de façon efficace. En dépassant la soixantaine, on a l’impression qu’il ne reste plus beaucoup d’années à vivre.»

Le rapport à la littérature israélienne:

«Certains romanciers arabes ont refusé d’être traduits en hébreu. Apparemment, ils ne veulent pas être lus par les Israéliens, et ces derniers ne semblent pas pressés de les lire. Le fossé entre les deux parties est tel qu’on continue de chaque côté à aborder la littérature de l’autre avec l’idée de ‘connaître l’ennemi’. Nous n’arrivons pas encore à nous lire innocemment, c'est-à-dire pour le plaisir du texte. Les conditions historiques ne le permettent pas.»

Le poète-citoyen palestinien:

«Je suis un citoyen palestinien qui vit en Palestine et qui subit ce que subissent les autres citoyens palestiniens: l’occupation, l’encerclement, la solitude, imposés par Israël. Je défends notre droit à une vie meilleure, sur un territoire plus large, et à rêver à des choses qui paraissent inatteignables, telles que la justice, la liberté et la paix. (…) Tout ce que nous voyons chez nous et autour de nous suscite à la fois la tristesse et la colère. Les Israéliens sont en train de prolonger la Nakba. Ils veulent qu’elle se renouvelle et se reproduise comme si la guerre de 1948 – et ils le disent – n’était pas terminée.»
Rédaction Babelmed
(14/03/2007)
L’avantage des livres d’entretien, c’est qu’ils n’ont ni véritable début, ni vraie fin. On les lit, les laisse et les reprends à loisir. Dans ces «Entretiens sur la poésie» récemment publiés chez Actes Sud, Mahmoud Darwich confie ses réflexions sur son œuvre et sur l’écriture poétique. Poète engagé dans la politique, Palestinien déraciné, il ne manque pas non plus de nous livrer quelques réflexions sur la patrie palestinienne et ses relations avec les Israéliens.
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